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Comment ça va en France ?

31 Janvier 2015 , Rédigé par c laurans

Je me souviens de la France de ma jeunesse. On déjeunait en famille autour de la grande table après la messe ou après la distribution de l’Huma-Dimanche dans les cages d’escaliers. Les adultes refaisaient le monde, les enfants écoutaient ou n’avaient qu’une idée en tête, celle d’avoir l’autorisation de se lever de table pour aller jouer avec leurs petites cousines qui prenaient soin de ne pas montrer leur petite culotte, mais il ne serait jamais venu à l’idée de l’un d’eux de se mêler à la conversation. Pour le faire il fallait avoir appris, compris, été guidé, initié, instruit des choses de la vie. Cela peut paraître ringard, pré-soixantuitard, démodé mais, au moins on avait des repères et on connaissait, très tôt, les limites à ne pas franchir. C’est vrai qu’à cette époque là, Monsieur, on disait bonjour, on laissait sa place dans le bus à la vielle dame ou à la future maman et on ne balançait pas la porte dans la figure de celle ou celui qui vous suivait…Je sais, ça fait terrrriblement démodé, cul-cul la praline mais c’était comme ça et cela avait du bon.

Aujourd’hui on est confronté à la parole nauséeuse d’un enfant de huit ans qui devrait plus s’intéresser à ses Légo qu’à la défense du terrorisme et on est abasourdi de voir s’étendre, sur les ondes et les réseaux sociaux, une hystérie collective. Tout le monde a son opinion sur le sujet mais la seule question qui vaille est de savoir quelle importance donner à la parole d’un enfant. Je ne peux pas croire, pour ma part, que dans ce cas précis, l’enseignant ait demandé à l’élève de dire « je suis Charlie » sinon il faut qu’il relise d’urgence la lettre de Jules Ferry aux instituteurs sans perdre son esprit critique en la resituant dans son contexte historique.

Si parfois vous étiez embarrassé pour savoir jusqu’où il vous est permis d’aller dans votre enseignement moral, voici une règle pratique à laquelle vous pourrez vous tenir. Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s’il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu’il vous entendrait dire. Si oui, abstenez-vous de le dire ; sinon, parlez hardiment : car ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas votre propre sagesse ; c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité »)

D’où vient cette évolution que l’on ne peut approuver, même dans l’optique d’une plus grande responsabilité de l’individu, d’une plus grande liberté du citoyen, sinon en grande partie de la perte de ces repères ?

  • Ces familles qui ont abandonné, l’ont-elles jamais eue, l’autorité que donne la responsabilité de transmettre les valeurs humanistes à leurs enfants.
  • Ces enseignants que l’on a, au fil des réformes, dévalorisés au point que l’on a perdu de vue que leur rôle est de transmettre, d’expliquer, de faire progresser les élèves à eux confiés pour les soumettre à des réformes, que l’on a placés sous la surveillance sourcilleuse et maladroite ou inapte de parents. Dans « des quartiers en difficulté » on a abandonné les enseignants sans formation et on voudrait qu’ils prennent en compte le monde dans lequel ils enseignent et qui est le lieu de l’inégalité quand l’école doit être celui de l’égalité des chances.
  • Ces hommes politiques qui ont perdu toute autorité sur le débat public par leurs comportements, leurs guerres intestines, ne peuvent plus être des modèles surtout si on y ajoute, chez certains, leur allégeance au marché et leur désir exacerbé de préserver leur bout de gras car leur réélection prime sur toute autre considération.
  • Ces religions qui structuraient la vie en société et qui se sont déconsidérées dans leur extrémisme et qui n’ont jamais abandonné le combat contre l’infidèle au point que tout un chacun est l’infidèle de l’autre.
  • Ces syndicats qui ne représentent plus qu'une faible minorité de travailleurs et qui devraient se poser la question de leur existence.

Je regarde la France de ma vieillesse et je suis inquiet pour celle qui s’annonce.

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