Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le 31 décembre au soir, à la verdière.

2 Janvier 2016 , Rédigé par c laurans

Le brouhaha des voix grignotait le silence qui pesait sur la colline. Par petits groupes, l’humanité joyeuse piétinait sur la draille et envahissait, petit à petit, la plateforme où crépitait un feu de planches.

Les groupes se formaient, se défaisaient, sans cesse agrandis par les nouveaux pèlerins modernes.

Les escarbilles montaient dans le ciel qui s’assombrissait et la forêt alentour s’animait de gigantesques ombres mouvantes.

Du haut de son socle de pierre, une voix claire et haute zébra les cieux constellés.

« Je suis venue vous parler du ciel. Je suis venue vous parler de mon fils… »

Mais les conversations allaient bon train, personne n’écoutait, préférant se perdre dans les banalités qui font l’ordinaire de notre civilisation moderne.

- Notre Dame, ils ne vous écoutent pas !

- Je sais, mon enfant, mais l’idée que je puisse parler ainsi dans le désert encore longtemps m’est étrangère. Je suis certaine que les temps bénis où j’étais vénérée, reviendront même si la prise de conscience des brebis égarées se fait attendre.

« …Palamède…don…aux villageois… »

  • Notre Dame, il parle de nous !
  • Chut, écoutons.

« …Vin chaud…bout de l’an…vœux… »

  • Notre Dame, vous frissonnez, vous avez froid ?
  • Non, non mon enfant, juste un peu de déception après un espoir illusoire.

Le petit garçon regarda à ses pieds. Trois jeunes adolescentes venaient d’arriver au pied du socle. Sans un regard aux trois personnages figés dans leur impuissance de bronze, elles s’assirent dans l’herbe. Et, soudain leurs visages s’éclairèrent.

  • Notre Dame, regardez, leur visage s’auréole. La grâce descend sur ces jeunes filles. C’est inespéré et merveilleux, souffla le petit garçon.
  • Cela n’a rien de merveilleux, dit la petite fille, juste la lumière artificielle de leurs i.pad.
  • C’est l’homme nouveau, la fin du vieil homme et l’incarnation du libéralisme.
  • Comment peut-on s’incarner autrement qu’en le Christ ?
  • Ça, mon cœur, c’est le vide moral qu’à atteint notre civilisation. Les idées chrétiennes sont devenues folles. Le communisme qui pensait nous remplacer s’est effondré et on tourne en rond comme la souris dans un labyrinthe.
  • Oh, regardez, un grand-père et ses deux petits enfants ! Qu’ils sont mignons et innocents.

« Gramper, regarde la crèche ! Regarde les guirlandes du rond-point. C’est beau Gramper. »

« Oh oui, c’est beau toutes ces lumières et derrière chaque fenêtre éclairée, une vie, des vies, des gens qui aiment, des papas qui cuisinent, des mamans qui décorent la table du réveillon, des enfants comme vous qui jouent, lisent, se disputent… »

  • Mais Notre Dame, quelle crèche, où voient-ils une crèche ? Où est l’étable, le petit Jésus, la vache et l’âne, et Joseph et vous ?
  • C’est la tradition en Provence. Santons d’argile ont pris beaucoup de place et dans de nombreux esprits, la crèche c’est un village imaginaire de meunier, forgeron, aiguiseur et qui sait, bientôt, de robots ! Savez-vous que dans certaines villes, la crèche est devenue objet de discorde et de haine !
  • Mais que se passe t il ? Ils allument des flambeaux. Est-ce une procession, Notre Dame ?
  • Ne regardez pas, tournez le dos c’est une procession païenne. Dieu y est absent, ils ne pensent qu’au ragoût de ce soir, aux cotillons…
  • Cela me met l’eau à la bouche, tout ça, Notre Dame.
  • Voulez-vous vous taire, petit dévergondé !
  • En attendant ce sont leurs papilles qui vont se dévergonder !
  • Tais-toi, tu fais de la peine à Notre Dame et tu sais que manger pour le plaisir est un pêché ! Ripailler est se perdre !
  • Et après ça tu t’étonnes que de plus en plus de personnes se détournent de nous et de notre mère ! Moi je vais descendre de ce piédestal et rejoindre ce grand-père et ces petits enfants.
  • Ttttt ! Tu ne bouges pas d’ici, notre rôle est de tenir cette côte coûte que coûte.

Le petit garçon rêve au pain blanc, à la mandarine juteuse, aux amandes croquantes, aux figues sucrées tandis que les pèlerins s’éloignent, l’esprit déjà occupé par le réveillon tout proche. Flambeaux et lanternes ont laissé la place à l’obscurité qui envahit, peu à peu, le sommet de la colline, pour un an, au moins.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article