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L'enseignement en 2016 vu par un instit du siècle dernier

17 Juillet 2016 , Rédigé par c laurans

C’est un article d’un magazine qui faisait un bilan du concours du CAPES 2016* (certificat d’APTITUDE des professeurs de l’enseignement secondaire) qui m’a inspiré ce texte nostalgique.

Je suis le dernier des mohicans d’une république enseignante, de « la république comme pédagogie, de la république scolaire », un vestige du siècle dernier.

Un maître d’école qui, n’étant pas passé par le creuset de la formation royale – je devrais dire républicaine tant de nombreux fils et filles de paysans, d’ouvriers, d’employés y trouvèrent l’ascenseur social, culturel et humain - qu’était l’Ecole Normale et qui devait suivre pendant deux années des cours pendant ses congés scolaires, subir le feu de la réalité dans une classe qui était, le plus souvent, la classe que les titulaires avaient délaissée, plancher sur des devoirs sur table ayant pour sujet LA pédagogie et passer un examen théorique et pratique pour avoir accès à une année de stage avant d’être titularisé sur un poste dans un quartier défavorisé ou une école rurale qui était dévalorisée au milieu du siècle dernier où le bâton de maréchal s’obtenait dans une école « en ville ».

Un maître d’école qui a vu ses collègues logés à la même enseigne, devenir professeur de Collège après avoir enseigné comme lui, un ou deux ans dans un CEG et présenté à un « jury » un mémoire sur un sujet au choix !

Un maître d’école qui a vu des amis d’enfance, maçon, ajusteur accéder à la fonction de professeur de collège technique et finir leur carrière comme professeurs certifiés !

Un maître d’école devenu directeur d’école qui a vu arriver comme adjointes des collègues qui ayant élevé trois enfants et, la quarantaine bien sonnée, décidaient de venir enseigner pour le plus grand profit d’un état recruteur incapable de former de jeunes enseignants.

Un maître d’école qui vit passer les ministres de l’éducation comme les vaches regardent passer le TGV – elles s’habituent à le voir défiler devant leur champ sans comprendre à quoi ça sert – avec chacun sa réforme à appliquer à la rentrée, son dada à imposer comme prioritaire, son gourou à écouter sans moufter.

Un maître d’école qui a vu disparaître, petit à petit, les critères du mérite et du travail sous couvert de travail en équipe qui dilue les responsabilités, l’évaluation personnelle qui abolit toute chance de se confronter à la réalité, le remplacement des notes par les lettres utilisées comme des notes mais sans le côté traumatisant pour les pauvres petites têtes blondes ou brunes.

Un maître d’école qui a assisté à des tas d’expériences pédagogiques sans qu’elles soient jamais évaluées ou, plus grave, qui n’ayant pas montré leur plus grande efficacité, n’ont pas été abandonnées par leurs thuriféraires ou se sont étiolées en sacrifiant des générations d’élèves. Expérimentations couvertes par la hiérarchie qui ne s’intéressait qu’à la mise en place sans se préoccuper de ce qu’elles devenaient. On a inventé la pédagogie de l'évitement : les notes gênent, on les supprime, l'orthographe est défaillante, on la réforme, l'étude des classiques demande un vocabulaire élaboré, on part du vécu de l'écolier autant dire de rien pour ceux qui ont un bagage linguistique insuffisant, on n'apprend plus par cœur et la mémoire fout le camp, on veut 80% de réussite aux examens, on baisse les critères de sélection ou on demande aux correcteurs de corriger les erreurs, et pardon d'oublier tous les exemples de cette gale qui gangrène l'école mais, malheureusement la liste est trop longue et, pour certains lecteurs, encore la manifestation d'un esprit dérangé ou grincheux...Que celle ou celui qui n'a pas collaboré à cette pédagogie de l'évitement me jette la première pierre.

Un maître d’école qui pleure en relisant ses rapports d’inspection (5 en 30 ans de carrière), qui fut accusé de « faire le lit de Procuste » par l’un, de « favoriser un enseignement élitiste » par l’autre.

Un citoyen qui ne croit plus à l’école laïque qu’il a défendue, bec et ongles et qui n’a pas réussi à promouvoir les plus défavorisés, mieux, qui a contribué à vider les grandes écoles des quelques élèves méritants issus du peuple. Une école laïque qui bafouille devant le voile islamique, qui s’écrase devant des comportements de voyous, qui se perd tous les jours un peu plus !

*En 2016, le Capes de mathématiques offrait 1 440 postes, on n’a pu embaucher que 1 134 candidats, en Anglais 1 055 pour 1 225 postes, en lettres modernes 1 079 pour 1 316 postes, en Allemand 149 pour 345 postes, en Lettres classiques 68 pour 230 postes !!!

Que les candidats au Capes ne soient pas assez nombreux pour que se dégage un pourcentage de réussite dépassant les prévisions les plus optimistes et qui permettrait de recruter une élite d’enseignants est déjà un problème pour l’avenir de l’école française mais que la solution choisie pour combler le manque soit celle trouvée par le Ministère dépasse l’entendement et explique l’état de déliquescence de notre école de la république.

Pour mettre un prof face à des élèves à la rentrée, le Ministère dans sa grande logique de démolition a trouvé la solution : il, le Ministère- va contacter tous les recalés pour leur proposer un poste de contractuel. Pas de quoi hurler, ceux qui n’ont pas été jugés apte à enseigner, le feront tout de même avec la bénédiction du Ministre ! Le sabordage n’a plus de limite.

Est-ce utile d’ajouter que les contractuels, qui ne toucheront pas le chômage en juillet 2017, seront mieux payés (environ 500 euros brut /mois !). Peut-être appelle-t-on cela le retour du mérite.

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