Grèves : au bout de dialogues de sourds...
Ainsi va la France ! « Fille de l’église, patrie des Droits de l’Homme, donneuse de leçons de démocratie, fière de Victor Hugo et de son équipe de France de football… » réputée chez les anglo-saxons pour ses grèves à répétition !
Justement, les dernières grèves, celles des cheminots et celle des intermittents donnent une image contrastée et intéressante du traitement médiatique et politique d’une action de défense des intérêts – particulier pour les intermittents, général pour les cheminots. Évacuons, c’est mon choix, le problème de fond, tant sont compliqués les statuts et régimes mis en cause dans les deux cas et la somme de désinformation inhérente à la multiplication des médias et à la prétention de plus en plus de gens de se prendre pour des spécialistes alors qu’ils se contentent de commenter les dépêches des agences de presse quand ce ne sont pas les reprises non contrôlées de « petites phrases ». Le MEDEF droit dans ses bottes quand il s’agit de diminuer les droits des travailleurs est aux avant-postes et a même demandé la suppression pure et simple du régime spécial des intermittents. Comme une partie de la droite qui n’a pas encore digéré la révolution de 1789 et mai 68 et s’obstine à défaire ce que le CNR a construit, nombreux sont ceux qui veulent envoyer dans les poubelles de l’histoire ce régime spécial adopté en 1936 pour protéger les artisans, les petites mains, des professions libérales qui intervenaient ponctuellement dans les tournages de films. La direction de la SNCF a même habillé ses employés non-grévistes avec des gilets rouges quand il s’agissait de « jaunes » briseurs de grève dont le but était de rendre la grève moins douloureuse, moins visible, moins efficace car, que cela plaise ou non, cela reste la seule possibilité de se faire entendre quand on a affaire à des partenaires qui décident de votre sort, de votre avenir.
Sur le traitement médiatique, on a vite compris que les cheminots étaient présentés, par tous les médias, comme des empêcheurs de voyager, des preneurs d’otages, « talibans » a même osé un ministre de Sarkozy, jadis empêtré dans des « affaires », ou a parlé d’une minorité cégétiste qui faisait la loi – il me semblait qu’un ancien président de la république s’était vanté, qu’avec lui, on ne s’apercevrait plus qu’il y aurait grève ! – et les reportages tournaient presque tous autour des mécontents irascibles qui sont beaucoup plus utiles, pour les journalistes des chaînes d’information en continu, presque jamais aux syndiqués grévistes. En revanche, on a vite compris aussi, que les micros tendus aux grévistes intermittents du spectacle leur permettaient de faire connaître leurs revendications dans de nombreuses émissions télé, interpellant la ministre de la culture sans qu’elle ait la possibilité de répondre et évitant de demander leur avis aux festivaliers qui se voyaient privés de leur festival favori ou leur imposant un cours d’instruction civique en profitant des tribunes que leur donne leur exposition médiatique en été. On a critiqué les cheminots qui font grève pour les départs en vacances ou pendant les épreuves du bac ; où entend-on des critiques sur la grève des intermittents juste au début des festivals estivaux ?
Si on fait un tour d’Europe, on verra qu’il s’agit là d’une exception française. L’uniformisation des régimes dans les 28 pays n’est pas pour tout de suite et le système français est bien le plus avantageux de tous les pays et les heureux bénéficiaires ne veulent en rien devenir comme leurs homologues italiens ou allemands. Ce que l’on retiendra de tous ces déballages c’est que le régime des intermittents entretient l’inégalité et engendre la précarité et que ceux qui en profitent sont les gros employeurs de l’audiovisuel et qu’il est plus difficile de s’attaquer à eux qui signent des CDD à la pelle qu’aux organisateurs de spectacles vivants.