Digression de fin d'année.
Quand on ne peut plus entendre le chant du coq du poulailler voisin sans avoir envie de l’occire,
ou la cloche de l’église sans pétitionner auprès du maire pour la rendre muette,
Que le « sip » ou le « chick » de la grive n’encourage certains Tartarin qu’à la tuer pour la transformer en salmis,
Que le chant des cigales énerve ou bien qu’on ne l’entend plus,
Que le sublime coucher de soleil, en hiver, sur la montagne Sainte Victoire passe inaperçu à l’heure où la télé s’allume,
Que le troupeau de moutons s’annonçant par le son des sonnailles des béliers repus qui entre au mas soit juste un empêcheur de circuler plus vite sur nos petites routes,
Que nous trouvons qu’il fait trop chaud ou trop froid, qu’il pleut trop ou pas assez,
Que l’autre est nécessairement l’étranger et que tout ce qui est étranger inspire, au minimum, la méfiance,
Que le vide de la vie encourage à l’abandon de l’exigence,
Alors c’est bien triste vie et affligeante fortune.
Et en ville, comment vit-on ?
Je ne sais pas, j’ai quitté la ville depuis quinze ans.
Quand on pense que l’Europe nous protège de la guerre,
Que tous ses peuples forment une communauté paisible,
Que le peuple est une entité,
Que l’avenir appartient encore aux audacieux quand l’argent fige et corrompt,
Que le troupeau est à la recherche d’un messie,
Que le citoyen se console dans l’espérance que le politique est de faire miroiter le rêve,
Qu’il ne faut pas penser, dire ou écrire que l’islam est un danger dans sa conception moderne,
Alors il est temps de méditer cette phrase de Billy Wilder : « Les [juifs] pessimistes ont fini à Hollywood et les optimistes à Auschwitz ».
Et nos élites, y réfléchissent-elles vraiment ?
On ne le sait pas, elles ont quitté la conscience depuis longtemps.