La France est-elle xénophobe ?
Tous les peuples nationaux, à des degrés divers, sont xénophobes. La France n’échappe pas à cette tendance ancienne, durable et largement répandue dans les provinces, jusque dans les conseils municipaux de nos petites communes rurales où des représentants élus ont énormément de mal à accepter, en leur for intérieur, qu’un Marseillais qui a acquis un de leur terrain pour y construire la maison qu’il va habiter considère et revendique les mêmes droits.
Déjà, il y a deux mille cinq cents ans, tous ceux qui n’étaient pas romains étaient des « barbares » même si leur degré de civilisation ignoré pouvait égaler ou dépasser celui du « civilisé ».
Les racines chrétiennes, si largement mises en avant par un pan entier de la sphère politique, plutôt de droite et d’extrême droite mais aussi par une frange de plus en plus grande de cette gauche ex-communiste dont la tradition et l’ambition internationalistes ont été dévoyées par un alignement sur l’Union Soviétique issue de peuples russes nourris au sein de l’église orthodoxe qui a su si bien résister à trois quarts de siècle de « communisme ».
La xénophobie, on la retrouve dans la fermeture des frontières, la protection du travail national au XIX°, le « consommons français », mais plus grave, dans le racisme, l’antisémitisme. Pendant plusieurs décennies, après la fin de la deuxième guerre mondiale, on a défendu une France qui fut collaborationniste avec le nazisme en nous expliquant qu’il ne fallait pas oublier la France résistante.
Cela flattait l’orgueil national, cela devait contribuer à rassembler une population déchirée par des traitrises, des actions de justiciers à la Libération, les dénonciateurs… Mon père qui résista, humblement, dans les FTP (Francs-tireurs et partisans- communistes) dénonçait, déjà, ces résistants de la « dernière heure », les plus prompts à se mettre en avant pour récupérer quelque honneur qu’ils n’avaient rien fait pour garder en certaines circonstances. Mais, depuis que les documents de cette époque sont consultables, depuis que les autres pays ont ouvert leurs archives, depuis que la parole s’est libérée et grâce au travail de quelques historiens, on sait que même pas UN % de la population française peut être considérée comme ayant résisté à la collaboration.
La France est un pays xénophobe, tous les beaux discours n’y changeront rien. Elle change, simplement, de bouc émissaire : le Hongrois, l’Italien (le babi) – dans notre belle région provençale, ils furent massacrés par dizaines à Aigues-Mortes où embarqua St Louis pour la croisade. (Il n’y a pas de lien de cause à effet mais la coïncidence est troublante.)
Aujourd’hui, le bouc émissaire est l’arabe, le musulman, l’islam, on ne sait plus trop bien tant l’amalgame est facile. Cela empêche d’avoir un regard lucide sur la situation actuelle qui ne peut que dégénérer si on s’obstine à laisser aux églises dans leur œcuménisme, à un parti politique, aux réseaux sociaux et aux discussions de bistrots les actions à conduire pour trouver la solution du bien vivre ensemble.
Raymond Devos, dans un de ses sketchs disait « j’ai un ami xénophobe. Il déteste à tel point les étrangers que lorsqu’il va dans leur pays, il ne peut pas se supporter »,
Moi j’ai un ami laïque. Il a de plus en plus de mal à s’en vanter tant il est devenu difficile de croire que la laïcité puisse s’épanouir dans un monde de plus en plus individualiste. Peut-elle cohabiter avec les paroles du Livre, l’obligation d’avoir un chef et une hiérarchie, l’expression débridée des réseaux sociaux, l’absence de responsabilité et l’irrespect