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A un ami qui me veut du bien...

28 Décembre 2010 , Rédigé par C

Je rapporterai, ici, la conversation singulière que j’eus, un jour, avec un de mes contradicteurs.

       Après que je lui eus, explicitement fait comprendre que, pour moi, l’écriture était une façon de combattre, de m’indigner souvent, comme le dit très justement Stéphane Hessel dans un remarquable petit opuscule, ma façon de ne pas rester immobile, muet devant la vie, il me répondit qu’écrire ne servait à rien et qu’il fallait agir ; il ne précisait pas ce que, dans son esprit, signifiait agir mais je me doute qu’il voulait dire, par là, faire des actions physiques remarquables comme participer aux Restos du cœur en distribuant des boites de conserves et des packs de lait aux personnes nécessiteuses ou bien soigner des gens en difficulté si on est infirmier ou médecin, ou bien aider les petites vieilles à traverser une rue, en ville, mais aussi, parler avec son voisin isolé, écrire à sa vieille cousine seule dans une maison à la campagne, ou dans un appartement en ville…

 

Je lui dis alors que je trouvais que la vie était bien compliquée et l’engagement bien difficile;

-         Oui, dit l’homme, c’est comme un labyrinthe et nous comme des hamsters essayant d’en sortir…

-         Ah, répondis-je, laissez là votre labyrinthe…

-         C’est comme une meule de foin où l’on chercherait son aiguille…

-         Qu’ai-je à faire de votre aiguille et de votre foin, le coupais-je…

-         C’est donc comme un champ de bataille dont le sol…

-         Stop ! Je vous arrête, la vie est comme elle est, l’engagement comme il est sans que vous n’y ajoutiez votre charabia bêlant ; pourquoi chercher des comparaisons alors qu’il suffit que l’on en parle, froidement, et votre faconde est embrouillamini, dépense d’énergie inutile…

-         Que faut-il dire pour vous plaire ? Reprit-il, un peu amer…

-         Il ne s’agit point de me plaire, je veux qu’on m’instruise, qu’on m’explique, que l’on ne s’en tienne pas à une condamnation de ma façon d’agir, que l’on m’apporte des preuves que l’action vaut plus que des écrits ou des paroles…Et d’abord, dites-moi combien avez-vous de bonnes actions à votre actif…

-         J’en ai quarante-trois ! Et, tous les jours j’en ai de nouvelles et malgré cela je trouve qu’avec mes quarante-trois bonnes actions, mon engagement dans trois associations et, en assumant en plus, l’entretien du ménage, j’ai encore le temps de m’ennuyer en regardant mon épouse…

-         Je le conçois fort bien car, pour ma part, j’écris sur tous les sujets d’actualité, je fais des vers comme je respire et, palsambleu, ne m’ennuie jamais ; cependant il me reste toujours je ne sais quel désir vague de n’avoir pas fait assez, je ne sais quelle inquiétude de n’être pas assez lu, ou mal compris et je sais que je suis peu de chose, loin de l’être parfait et me pose, sans cesse des questions ; mais vous , vous en posez-vous ? Pardonnez mon indélicatesse mais vous me donnez l’impression d’être de ces gens qui n’aient plus de désirs que de réels besoins et plus de besoins que de satisfactions, en un mot comme en mille, vous me faites penser au Saturnien de Voltaire dont je serai le Micromégas !…

-         Micromégas ? Saturnien ? Auriez-vous la civilité de m’informer sur leurs identités sinon sur leurs origines ?

-         Micromégas est un PetitGrand originaire d’une planète gravitant autour de l’étoile Sirius et qui a été condamné à un bannissement de huit cents ans pour avoir écrit des choses « fort curieuses » mais d’une grande audace philosophique ce qui l’éloigne de moi qui n’écrit que des choses « fort sérieuses » mais d’une piètre qualité philosophique mais n’est pas Micromégas qui veut, ni, vous en conviendrez, encore moins, Voltaire !... Ce qui me plait en lui c’est que c’est un voyageur du temps et qu’il a vu des mortels au-dessous de nous et d’autres forts supérieurs et, à ce titre, il servirait d’utile pédagogue à ceux d’entre nous qui s’imaginent supérieurs et qu’un peu d’humilité siérait.

-         Voulez-vous dire que rien n’est grand ni petit, et que tout est ce qu’il doit être ?

-         Je veux dire que celui qui écrit n’est pas un nain à côté de celui qui agit, selon votre définition toujours à énoncer, et que l’ouvrier vaut bien l’ingénieur ; le fonctionnaire, l’entrepreneur ; le pauvre, le riche ; la belle, la laide ; le gros, le maigre !

Tous sont des êtres pensants et tous sont différents mais tous se ressemblent par l’idée que l’on se fait de la dignité humaine.  

 

A peine avais-je prononcé cette phrase catégorique que je la regrettais et, observant mon interlocuteur, je sus, par un éclair éblouissant ma conscience aveuglée d’impénitent râleur, qu’il se voyait toujours au-dessus de moi et moi au-dessous de lui mais je ne fis rien pour l’en distraire.

 

CL

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