Bilan, 2013! ?
Notre société de l’image, du paraître, de l’image POUR paraître, notre société individualiste, nombriliste, narcissique va proposer, jusqu’à l’écœurement, les ratés, les bêtisiers de la sphère médiatique imbue, qui s’auto-félicite, s’auto-promeut, se délecte, à chaque fin d’année, de la connerie qu’elle génère pendant les douze mois précédents.
Notre presse magazine, qui s’est autoproclamée, quatrième pouvoir qui incarnerait la société publique face à l’état tout en servant, pour la plupart, du fait de leur dépendance à la publicité ou aux actionnaires, le cinquième pouvoir, celui du fric-roi, va faire ses choux gras et ses Unes avec les bilans qu’ils assaisonneront à la sauce maison, justifiant ainsi leurs appartenances idéologiques.
Le sixième pouvoir – celui qui s’est exprimé, trop brièvement pendant les Printemps arabes, ou qui se fait jour en Thaïlande, en Ukraine et ailleurs - qui paraît si fragile face au mastodonte du pouvoir quel qu’il soit quand il n’est pas manipulé ou récupéré par tous ceux qui ont intérêt à ce que le processus avorte , peine à faire sa place dans la lutte pour plus de liberté, de solidarité et de démocratie.
Mais, ce qui aura marqué ces années de crise banquière, économique et sociale, c’est cette propension que nous avons de faire oublier notre maîtrise politique en nous instituant le héraut de la démocratie. En 1991, la France refusait de se laisser entraîner dans une guerre en Irak. On sait maintenant, avec certitude, que l’intervention anglo-américaine s’est révélée catastrophique pour ce pays dévasté par et abandonné dans un état bien plus dramatique qu’il n’était. Après leurs échecs en Afghanistan où rien n’est réglé et où le pouvoir mis en place est devenu leur plus sûr contempteur, les Américains et leur président-Prix Nobel de la Paix semblent vouloir se désengager de leur rôle de gendarme du monde et le gaz et le pétrole de schiste aidant, d’être moins intéressés par l’avenir des pays producteurs de pétrole. Alors la place encore chaude attend de nouveaux Zorro. Et c’est la France qui a décidé, semble t il de jouer ce rôle. Justification officielle « ils nous l’ont demandé ! ». En Lybie, Sarkozy engage l’armée française et laisse dans une situation catastrophique le pays livré aux tribus et milices armées. Puis c’est le deuxième président socialiste – les socialistes, dans l’histoire ont, chaque fois déclaré une guerre lorsqu’ils étaient au pouvoir – qui intervient au Mali pour « éradiquer le terrorisme » pas moins ! Et aujourd’hui c’est la République Centrafricaine – françafricaine pourrait-on dire – qui est la cible parce que, nous dit-on « si on laisse la centre Afrique tomber aux mains des terroristes, c’est une grande partie de l’Afrique qui est en danger.»
Nous avons une propension à croire que nous sommes les gardiens de la démocratie alors que nous avons une longue tradition de colonialisme ; et depuis le mal est notre hantise et nous pensons nous en libérer par l’obsession du bien et du spin doctor, du volontaire ONG, du politique qui veut se faire remarquer, du donneur de leçon d’anti racisme, chacun se précipite sur la ligne de départ de la course à l’attachement de la démocratie, de la liberté … Et ainsi, les guerres qui nous opposent bloc soviétique contre l’occident, communistes contre capitalistes, riches contre pauvres, musulmans contre catholiques, nous les finissons dans des pays où nous avons soutenu les dictateurs de tous poils et armé les factions de tous horizons. Si bien qu’on ne sait plus qui est qui, qui défend quoi et, dès lors, il arrive que nos propres armes se retournent contre nous. Qui peut encore nous demander d’écouter et de croire tous ceux qui nous ont trompé et se sont trompés si souvent dans leurs décisions de faciliter l’arrivée au pouvoir de tel ou tel qui s’est révélé, ensuite, n’être qu’un dictateur de pacotille utilisant son pouvoir pour s’enrichir dans le cas le moins grave ou pour martyriser son peuple dans le cas le plus grave ? Ne soyons pas étonnés que le combat des résistants afghans dans leurs montagnes reculées, des révolutionnaires tchétchènes, des rebelles touaregs qui veulent leur indépendance, des salafistes d’Ançar Dine qui veulent imposer la charia, se terminent dans les rues de nos banlieues. Qui peut encore s’étonner que l’Iran souhaite fabriquer sa propre bombe atomique quand, pendant des années, ceux-là même qui le lui interdisent, n’ont cessé de leur en donner la possibilité sous des prétextes les plus divers mais qui sont tous, au bout du compte, une lutte pour l’hégémonie financière et la consolidation du libéralisme.
Je sais que rien n’est simple et l’Ukraine en est un exemple : qui trouve t on dans la rue à Kiev ? Une population qui se revendique intellectuelle, catholique et européenne. Et à Donetsk, à l’Est ? Une population, non moins importante, qui se revendique industrieuse, paysanne, russophone et orthodoxe. Je pense que l’Union Européenne gère ses frontières comme une grande surface ses gondoles et ses produits d’appel. Imposer à des pays dont l’histoire est riche et ancienne, dont les langues, les mœurs, les expériences sont si différentes, les mêmes règles, les mêmes définitions de la moral, montre la limite de l’exercice sinon que l’on ne suive, comme but , un marché gigantesque au service de la finance.