Démocratie hypocrite.
En 2008, la révision de la Constitution voulue par M.Sarkozy revalorisait le rôle du parlement en prévoyant le partage de l’ordre du jour entre l’Assemblée et le Gouvernement. C’est donc en commission que se préparent des textes de loi qui arrivent au parlement bien ficelés par des cabinets conseils privés qui comptent dans leurs rangs d’anciens parlementaires, d’anciens ministres devenus avocats d’affaires, par la grâce d’un décret paru juste avant les législatives de 2012 et qui recueillit l’assentiment de tous les élus de gauche comme de droite, qui ne plaident pas – en seraient-ils d’ailleurs capables – mais qui relaient les intérêts privés d’entreprises ou de particuliers qui les rétribuent après leur carrière politique.
Qu’est-ce qui a permis cette dérive démocratique ? Comment expliquer que les élus aient laissé échapper la maîtrise du pouvoir législatif que leur avait délégué le suffrage universel ?
On peut faire un état des lieux assez simple.
Les lois nationales sont, en grande partie, la transcription de lois européennes qui sont soumises, depuis longtemps et très officiellement, à des lobbys qui ont « table ouverte » au parlement européen.
Les parlementaires qui ont plusieurs mandats n’ont pas le temps nécessaire pour s’impliquer sérieusement dans l’élaboration des lois.
Les parlementaires n’ont pas toujours les compétences suffisantes pour résoudre toutes les questions fondamentales qui se posent lors de la rédaction d’une loi et n’anticipent pas les effets collatéraux négatifs qui guettent toute rédaction incomplète, imprécise…
Les grands commis de l’Etat, issus de l’ENA – école créée par De Gaulle parce qu’il avait constaté l’incurie des fonctionnaires de l’Etat – vilipendés depuis des lustres pour leur esprit de corps n’ont plus la confiance des élus – alors qu’ils ont celle des marchés qui les désignent à la tête de grandes entreprises – et qu’ils avaient – mais peut-on dire qu’ils l’ont encore – une culture de l’intérêt général.
Le « pantouflage » ne cesse de s’amplifier et ceci dans tous les partis.
Les parlementaires qui veulent se faire remarquer à moindre frais sont signataires d’amendements livrés « clefs en mains » par des cabinets-conseils privés payés par des particuliers intéressés par le désir de s’approprier les lois à leur avantage.
Le gouvernement, aussi, fait appel à ces cabinets-conseils. Deux exemples significatifs et récents : c’est M.Copé qui était ministre et collaborateur dans le cabinet français Gide-Loyrette-Nouel ou la banque Lazard, qui n’apparaît pas comme une structure respectant particulièrement l’éthique en distribuant en pleine crise des bonus énormes à ses dirigeants, conseille le gouvernement pour la création d’une banque publique d’investissement.
Pendant que le conseil privé se généralise, l’expertise publique s’amenuise ne serait-ce que du fait que l’administration s’affaiblit par des politiques – RGPP – de suppression de postes.
Le Conseil Economique Social et Environnemental qui ne donne qu’un avis consultatif, encore une feuille du millefeuille mis en place pour se faire plaisir et donner l’impression de démocratie.
D’où mon indignation de vivre dans un système aussi hypocrite qui brandit, sans cesse, l’étendard de la démocratie pour cacher la vérité d’un système corrompu qui contribue à l’abstention aux élections ou à se réfugier dans les extrêmes.