Des hommes et des dieux, Beauvois, Tibhirine.
Ce film qui défraya la chronique, Grand Prix du Festival de Cannes 2010, salué par la critique presque unanime, je m’étais promis d’aller le voir sans me précipiter, séance tenante, dans une salle obscure.
Hier, enfin, j’ai pu aller voir ce chef d’œuvre annoncé, peut-être trop annoncé et qui m’a déçu.
Eliminons, dès l’abord, les très mauvaises conditions dans lesquelles nous avons assisté à la projection d’une copie abîmée (rayures et couleurs passées), dans une salle inadaptée, mal insonorisée, bruyante du fait d’une soufflerie de chauffage et de la mauvaise qualité de la sono installée.
Parlons donc du film !
Il est, bien entendu impossible de séparer la fiction de Beauvois de l’histoire dramatique qui se joua dans un monastère de l’Atlas, pour sept moines trappistes. J’avais été, comme tout le monde, choqué par l’assassinat mystérieux de ces hommes et les récupérations politiques que l’on en fit ! L’horreur s’ajoutait à l’horreur ; une fois de plus les idées tuaient ou, plus exactement, des hommes tuaient au nom d’idées qu’ils dévoyaient, pliaient à leur convenance, déformaient pour justifier leur crime ; l’histoire n’est qu’une succession de trahisons d’idées belles mises au service d’intérêts particuliers.
Ce qui plût au public, est-ce cette vie qui alterne la prière, la vie en communauté, le travail ?
Est-il subjugué par cette vie monastique si éloignée des turpitudes, des énervements, des soucis de celle qu’il vit au quotidien ? Une société de chômeurs fragilisés par l’avenir, une société de scandales, face à la sérénité, le recueillement d’hommes arc-boutés sur leur spiritualité qui les protège jusqu’au sacrifice de leur vie qui est l’aboutissement logique de leur foi.
C’est, en tout cas ce que propose Beauvois et c’est ce qui, moi, m’a ennuyé.
Un montage de diapositives, (je n’ai pas de culture cinématographique - j’entends déjà certains dire que cela se voit mais qu’importe – et ne peux donc dire si c’est du Dreyer, du Fellini ou du Rohmer) certainement belles, même si la qualité de la projection ne nous a pas permis de nous en faire une idée juste, un film lent (je sais, je sais c’est exprès) mais qui me donne le sentiment de l’inutile : en effet, pourquoi ce sentiment que le personnage le plus important, celui qui sort de la grisaille est celui de Luc ?
Pour ma part je n’ai vu que lui. Christian est pétri d’orgueil, les autres sont tenaillés par le doute, la peur et la honte et seul Luc sort du lot. N’est-ce pas par sa fonction justement ? De quoi a besoin cette population, sinon d’un médecin des corps et pas de médecins des âmes !
Beauvois filme des moines qui ne sont pas des martyrs mais des humains fidèles à leurs vœux, enfermés dans leur dogme, isolés dans la solitude pascalienne, condamnés à leur finitude. S’ils restent, malgré la menace qui pèse sur eux, c’est qu’ils ont une bonne raison de le faire et bien je n’ai pas trouvé dans les arguments développés que Beauvois faisait le nécessaire pour m’en convaincre et j’espère que les réflexions des moines massacrés furent bien plus élevées et bien plus profondes ; en quelque sorte le film ne m’a pas convaincu de la justesse et de l’utilité de cette communauté.
Il y a, aussi, dans ce film, des moments que, par simplicité, je qualifierai de forts, ce qui ne veut pas dire exemplaires à mes yeux :
La poignée de main du terroriste à Christian, le symbole de noël, deux frères en religion qui se reconnaissent au travers d’un verset du Coran, un peu surjoué dans « l’attente intenable » de Christian, va-t-il la serrer cette main tendue, oui ? Ouf ! Les fondamentalistes de deux religions en guerre, irréconciliables, qui se serrent la main mais qui, une fois le dos tourné, retournent à leur fatwa, leur excommunication, leurs crimes. La dernière phrase de l’imam qui, pendant la fête musulmane, glorifie la victoire d’Allah sur les armées d’infidèles n’est pas innocente.
Les chants religieux qui s’élèvent contre le survol du monastère par l’hélicoptère de l’armée algérienne ; la victoire du spirituel sur le matériel, le triomphe de la paix contre la guerre et son bras armé, le sacrifice de soi-même pour l'exemplarité de l'amour du prochain contre la conquête des esprits par la violence. Luc, le vrai, n’a-t-il pas écrit : « La peur c’est le manque de foi, la foi transforme la peur en confiance », chantons donc à se rompre la glotte et faisons fuir la peur qui nous tenaille.
La Cène, les moines réunis pour un repas et Luc, encore lui, toujours lui, qui arrive avec deux bouteilles de vin rouge. Le symbole est évident, le sang du Christ, la communion, le dernier repas des disciples avec Jésus présent dans le cœur de ces hommes qui lui ont donné leur vie et qui ont accepté de mourir plutôt que de déserter. Des hommes qui ont donné leur vie et qui sont déjà morts pour la société. Je dois reconnaître que « la mort du cygne » de Tchaïkovski envoie le bouchon un peu loin mais nous sommes au cinéma, n’est ce pas ? Pour ma part je cherche encore le symbole dans le choix de cette musique ; si vous savez, vous pouvez toujours me le faire savoir, je vous en remercie par avance.
Ceci dit, ces moines qui semblent animés par une foi profonde, un amour de Dieu et de leurs prochains ne comprennent pas toujours ce qu’ils font là et à quoi servira leur martyre, j’en veux pour preuve l’échange entre frère Luc (encore !!!) et un autre moine :
- Christian a bien parlé
- Ah, parce que tu as compris quelque chose à ce qu’il a dit, répliqua Luc avec un petit sourire,
- Va te faire foutre … ( NDA : De mémoire)
Ce sera ma conclusion après une dernière remarque sur le titre "Des hommes et des dieux"
Avouerai-je que j'ai trouvé le peuple algérien absent sauf si on a voulu que les terroristes le représentent et d'ailleurs que dit Christian : Dieu nous a donné à ce peuple parce qu'il aime le peuple algérien mais, nous, aimons-nous vraiment ce peuple?Un film sur les hommes? Pas sûr! Un film sur dieu et les hommes de dieu, sûrement.
CL