Entretien avec un quidam aphilosophe
Monsieur, quelle est votre définition de l'humanisme ?
Ce sont les devoirs et les droits vis-à-vis de tout être humain. Devoir de ne pas tuer, de ne pas violer, de ne pas torturer … et droit à ne pas être humilié, ne pas être opprimé, ne pas être asservi, c'est-à-dire respecter les droits fondamentaux de l'être humain.
Pourquoi l'humanisme est-il si difficile à trouver dans les strates élevées de l'état ?
Il est difficile de trouver de l'altruisme dans certains milieux parce qu'il n'y a aucune traçabilité. Une personne peut dire quelque chose aujourd'hui et son contraire le lendemain. De plus, si la vox populi demande plus de transparence, l'élite monte au créneau pour la menacer de mettre la démocratie en danger et de favoriser le populisme.
Et puis l'humanisme ne fait peut-être pas partie des principales occupations d'un cheptel prompt à favoriser les intérêts particuliers au détriment de l'intérêt général.
Justement, l'intérêt général est-il compatible avec l'intérêt particulier ?
L'intérêt général est central en politique, surtout parce qu'il justifie l'existence des services publics, des actions publiques ; le problème est que cette notion a tendance à être remplacée par l'addition des intérêts particuliers des lobbies puissants. Difficile de trouver une parcelle d'humanisme dans l'action des lobbies, heureusement que quelques associations veillent au grain et se préoccupent de lutter contre le sexisme, le racisme, l'homophobie...
Où l'humanisme trouve t-il un terrain favorable pour se développer ?
Il semblerait, car les études sont encore en cours, qu'il ait plus de difficulté à se développer en milieu favorisé, plus simplement, il a beaucoup de mal à s'exprimer dans des couches de la population qui, par leur absence d'empathie et les conditions vie quotidienne à mille lieues de la condition des gens en difficulté, ont oublié (mais l'ont elles, un jour su) la solidarité, la fraternité. Comme une bactérie qui se développe mieux dans un milieu approprié, l'humanisme se développe mieux chez ceux qui sont en contact avec la pauvreté, l'indigence, la pénurie et se rencontre peu dans les couches supérieures de la société où il est plus banalement ignoré.
N'assiste t-on pas à une mutation qui aggrave la situation ?
Le mot mutation fait peur mais tout mute. Le problème réside dans le fait que la mutation s'explique par l'adaptation à l'environnement et, concernant l'humanisme, l'environnement est celui de l'argent-roi, un environnement peu compatible avec l'altruisme. L'origine est un mouvement culturel européen qui s'est développé à la Renaissance renouant ainsi avec la culture gréco-latine, et, comme nous sommes à l'heure de la mondialisation, il mute plutôt vers un égoïsme, un communautarisme et des extrémismes dangereux.
L'humanisme se trouve juste au mauvais moment, au mauvais endroit mais cela peut changer et nous pourrons retrouver, un jour cet élan propre aux gens « normaux ».
A quoi peut-on s'attendre maintenant ?
Je ne suis pas très confiant dans la nature humaine. Tenez, prenez le cas de ces hommes politiques qui sont choqués, outrés par l'aide que l'état apporte aux plus faibles et qui représente un pipi de chat comparé au fleuve des aides aux grands céréaliers, aux banquiers, aux patrons délocalisateurs. Les mêmes qui ne bronchent pas quand l'un des leurs touche un salaire mensuel de prof de fac* (11 RSA) sans mettre les pieds à la fac, ou qui trouvent justifiés et normaux les retraites faramineuses, les parachutes dorés, les salaires indécents !
Sans commentaire...
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60 000 euros pour 192 heures de présence par an, en fac, pour un enseignant-chercheur,
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0 euro pour 260 heures de travail d'intérêt général par an, pour un titulaire du RSA,
Une dernière question, la transmission humaine est-elle possible ?
Je crois que, aussi longtemps que les disparités seront si grandes, la possibilité d'une transmission de l'homme à l'homme et, notez que je ne parle pas de la transmission de l'homme à la femme, me paraît du domaine de l'utopie la plus grande. Il faut une quantité importante de germes pour rendre une épidémie probable, il faudrait donc une très grande quantité d'empathie pour avoir une chance que la transmission humaine se réalise, nous n'en prenons pas le chemin.
Propos recueillis par Lovaitre et Tailorve.