Gaz de schiste, suite et non fin.
Avec l’extraction du gaz de schiste on est face à un enjeu géopolitique considérable qui rend le sujet sensible et la mobilisation des collectifs d’autant plus importante.
La Pologne qui a fait le choix de fracturer son sous-sol veut ainsi, à terme et rapidement, s’affranchir du monopole du géant russe Gazprom en créant, au passage, de nombreux emplois (on ne parle que des bénéfices supposés). L’histoire récente de l’exploitation est intéressante. De nombreuses compagnies nord-américaines se sont précipitées sur les gisements polonais et les ont surestimés. Depuis le départ du géant gazier ExxonMobil qui ne trouve pas commercialement rentables ces gisements, cinq groupes nationaux, où le Trésor Public détient des participations, ont signé un accord d’exploitation. La Pologne présente le visage d’un pays agricole où les chevaux tirent les charrues au pied des puits de forages. Selon le premier ministre « en 2035 ce ne seront plus les Russes qui feront la loi mais nous qui poserons nos conditions » Alléluia ! S’il reste encore des Polonais en Pologne ! Les premiers opposants commencent à s’organiser. Mme Rivasi, députée européenne et opposante à l’extraction, a rencontré des Polonais qui lui disent qu’avec l’argent que cela rapportera on pourra résoudre les problèmes de pollution. On se trouve devant une marchandisation des esprits. Tout s’achète et l’argent résout tous les problèmes. Cependant on peut redouter que la Pologne ne soit pas le seul théâtre expérimental en Europe car en Ukraine il semblerait que les autorités soient très bien disposées pour accueillir des compagnies étrangères, exclusivement nord-américaines qui maîtrisent la technique de la fracturation hydraulique (je n’ai pas dit qu’ils en maîtrisent les conséquences, juste la technique !)
Les enjeux géopolitiques à court terme sont prioritaires mais la Pologne comme l’Ukraine font partie de l’UE et par conséquent il est urgent que la commission pour l’énergie de la communauté européenne prenne les décisions qui s’imposent pour réglementer l’exploitation du gaz de schiste comme elle le fait pour l’épaisseur du papier hygiénique ou de la pasteurisation des fromages ! Il est vrai que l’enjeu n’est pas le même. On imagine aisément que les lobbys s’organisent pour que les conditions d’exploitation soient précisées et sécurisées en Europe pour que les investisseurs y viennent avec des clauses confortables.
Les réserves sont considérables, tous les pays ont des taux de chômage importants, la demande d’électricité croissante, l’indépendance énergétique peut-être assurée pour plusieurs décennies, autant de « bonnes raisons » pour que les autorités prêtent une oreille attentive à ceux qui claironnent que la fracturation hydraulique maîtrisée ne comporte aucun danger pour les populations ou les autres qui font le forcing pour obtenir des permis de forages en mer en arguant du fait qu’ils présentent plus de garanties puisque leur technique est ancienne et sûre (c’est vite oublier les pollutions de plateformes off-shores).
Nous avons entendu les déclarations des candidats pendant la campagne électorale et nous attendons beaucoup du nouveau pouvoir sauf que, malheureusement, il y a parfois loin des promesses aux actes et que ce ne serait pas la première fois que l’on ne mettrait pas « l’intérêt supérieur de la nation » au-dessus des considérations morales et humaines.
Le Code minier doit être réformé pour tenir compte de nouvelles données qu’implique la fracturation hydraulique, nous savons que cela ne se fait en un jour cependant nous devons être vigilants et ne pas faire confiance à un pouvoir politique si souvent dompté par les marchés. L’AIE, Agence Internationale de l’Energie, qui est un « organe autonome qui œuvre pour la production d’une énergie sûre et accessible propose des études d’experts, des statistiques, des analyses et des recommandations indépendantes », est favorable à cette forme d’exploitation ! Les statistiques, les experts, l’indépendance les mots clés pour camoufler tous les « bons sentiments » !
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