Gaz de schiste : une bulle qui pourrait puer !
Au-delà de tous les arguments développés depuis des mois et sur lesquels je ne reviendrai pas, il est intéressant de regarder la pertinence de l’exploitation des huile et gaz de schiste pour que nos décideurs comprennent qu'il est temps d'avoir un vrai débat pour ne pas continuer à subir les experts qui nous annoncent la nouvelle ruée vers l'or.
Il y a un grand point d’interrogation, déjà, sur les réserves qui risquent d’avoir été surévaluées pour attirer les capitaux – deux consultants américains déclarent dans Petroleum Rewiev, que les déclarations des compagnies pétrolières coïncident bizarrement avec les nouvelles règles de la Securities and Exchange Commission, l’organisme fédéral de contrôle des marchés financiers, qui autorise les compagnies à chiffrer les volumes des réserves comme bon leur semble, sans vérification - mais il y a, peut-être, une menace encore plus sûre et qui en serait la conséquence, c’est que les déclarations rocambolesques sur les gisements d’emplois créés, le faible coût de l’énergie, l’auto suffisance énergétique, pourraient déboucher sur une bulle qui occasionnerait, lors de son éclatement, une explosion du chômage, une crise de l’approvisionnement, une envolée des prix…
L’exemple américain, le plus ancien pour servir de base de discussion, apporte quelques arguments. S’il est vrai que cela a entraîné la création de plusieurs centaines de milliers d’emplois et a offert une énergie abondante et bon marché, on peut se poser la question de savoir ce qu’il en adviendra s’il s’avérait que les réserves ont été mensongèrement surévaluées. Et si l’exploitation devait être plus coûteuse et moins facile que prévu ? A ce titre, dans la revue NATURE, un ancien conseiller scientifique du gouvernement britannique souligne que les rendements, au terme de la première année, diminuent de 60 à 90%, ce qui oblige les opérateurs à forer de nombreux puits pour maintenir le niveau de production mais pas seulement et, plus grave, pour rembourser les capitaux empruntés ! (Le site d’Eagle Ford au Texas, considéré comme la mère de tous les champs d’huile de schiste présente une baisse annuelle de production de 42% l’an, ce qui oblige à forer 1000 puits par an soit une dépense de 10 à 12 milliards de dollars l’an. Or la baisse des prix du gaz naturel aggrave le bilan de ces entreprises dont certaines comme Exxon Mobil sont dans le rouge, comme Chesapeake Energy qui a d’ores et déjà vendu une partie de ses actifs, champs gaziers et pipelines pour honorer les traites de ses créanciers, car pour se financer, les compagnies ont emprunté des sommes astronomiques à des conditions complexes et exigeantes).
La bulle gazière serait-elle déjà trop gonflée ? En d’autres termes, on pourrait assister à des faillites retentissantes, des destructions d’emplois et le scénario catastrophe : une impossibilité matérielle d’exiger de ces entreprises de dépolluer les terrains, de démanteler les installations, de dédommager les créanciers. Nous n’avons pas la mémoire si courte que nous aurions oublié que c’est nous qui avons renfloué les banques en 2009 et que nous ne sommes pas prêts à renflouer des entreprises pétrolières pour soi-disant sauver les emplois menacés !
Il faut donc cesser de présenter le gaz de schiste comme la panacée et s’orienter vers un transfert des financements pour cette exploitation vers le développement des énergies renouvelables.
cf Monde Diplomatique mars 2013