H comme Haïti
La communauté internationale se retrouve à Haïti et on est frappé par le grand « barnum » humanitaire !
Un rappel de l’histoire de cette île caraïbe remettra en mémoire, s'il en est besoin, qu’elle fait partie de l’histoire des nations qui, aujourd’hui, se précipitent à son secours après des siècles de pillage et de désintérêt coupable.
L’histoire de cette partie du monde nous est connue, en Europe, depuis l’époque des grandes découvertes qui furent toutes accompagnées de spoliations des terres autochtones, de massacres des populations, de conversions religieuses imposées et de pillage des ressources.
Ces expéditions qui contribueront à amener l’opulence dans les pays conquérants tels que le Portugal, l’Espagne, la France, les pays anglo-saxons, aboutissent, aussi, à appauvrir ces contrées et à fragiliser les peuples opprimés qui subissent, en plus de la perte de leur liberté, les ravages des épidémies, l’esclavage et la loi du plus fort.
À l'origine, l'île, baptisée Espanola par Colomb et organisée en colonie par Bartoloméo Colomb, était peuplée par les Arawaks et les Caraïbes. Les colons soumirent les indigènes à des travaux forcés afin d'extraire l'or des mines. La péninsule ibérique du XVI° siècle bénéficiera économiquement des expéditions d’Alvarado au Guatémala, de Pizarro au Pérou coupables d’avoir contribué à la disparition des cultures et des populations Mayas et Incas. Si l’or, « l’Eldorado », était le prétexte, les militaires, le bras armé, le clergé catholique était la caution morale et la christianisation, un des buts à atteindre pour faire des peuples autochtones, de « bons sujets de leurs majestés ». Il faut, ici, rappeler le rôle actif de Bartoloméo de Las Casas, un des acteurs de la Controverse de Valladolid, contre l’esclavagisme. Ce prêtre dominicain fut, avant d’être ordonné prêtre en Haïti, propriétaire d’une « encomienda » - terres indigènes avec les habitants qui y sont rattachés pour exploiter ces terres- où, après avoir été un digne représentant du roi d'Espagne, il découvre l’injustice faite aux Indigènes ce qui le conduira à rédiger un plan de réformes où il prône, entre autres actions, la réglementation du travail, la fin des travaux forcés, mais aussi, seule ombre au tableau: de prendre des Noirs comme esclaves pour compenser la mortalité des indigènes. Il reviendra, brièvement à Haïti, mais trop tard car, en quelques années les indiens furent décimés, une civilisation éradiquée et on généralisa la déportation d’ une population d’esclaves venus d’Afrique. Le « Nouveau Monde » se construisait sur une tragédie qui hante, aujourd’hui encore et pour très longtemps sûrement, les mémoires. La partie occidentale de l’île mise en coupe réglée et tout l'or possible transporté en Espagne, les Espagnols y trouvèrent moins d’intérêt et leur efforts se concentrèrent, plutôt, sur la partie orientale, laissant la place, vers 1545, aux flibustiers et boucaniers français qui, s’étant établis sur l’Île de la Tortue au Nord, contestaient la suprématie espagnole sur cette partie de l’île. La France riche et politiquement puissante investit massivement dans l'importation d'esclaves et le développement des plantations sous l’impulsion de Colbert. Par le traité de Ryswick en 1697, la France prend possession de la partie occidentale de l’île qui devient Saint Domingue et les Espagnols conservent la partie orientale, Hispaniola.
C’est à partir de cette époque que fut appliqué le Code Noir qui règlemente l’esclavage des Noirs et fait la richesse de villes comme Nantes, Bordeaux, La Rochelle, le Havre où d’immenses fortunes se bâtissent ainsi que dans les ports européens, en Hollande, Angleterre, Portugal grace au commerce triangulaire –Europe-Afrique-Caraïbes- mais sans que ces fortunes ne soient réinvesties dans les commerces nationaux.
Les plantations de canne à sucre vont contribuer à déforester toute cette partie de l’île et va se faire jour une langue particulière, le créole.
Les idées de la Révolution française gagnèrent Saint-Domingue où 700 000 esclaves noirs sont encadrés par, seulement, 30 000 blancs. Ce sont les planteurs blancs qui, les premiers, adhèrent aux idées de la Révolution, alors qu’en réaction, les mûlatres choisissent la royauté et que les créoles sont plus attirés par une indépendance.
Toussaint-Louverture, un Noir, prend la tête de la rébellion avec Dessalines, Christophe et Pétiont.
La Convention proclame la liberté des esclaves en 1794 et Toussaint est nommé gouverneur de l’île. Mais la menace du rétablissement de l'esclavage par Napoléon amena Toussaint-Louverture à reprendre les armes contre la France et après une guerre d’usure, il est capturé et amené en France où on le fit mourir à petit feu. Avec l'aide des Britanniques et des Espagnols, la longue guerre de libération de Saint-Domingue aboutit à la capitulation de l'armée française le 19 novembre 1803, décimée par la fièvre jaune et faisant plus de 55 000 morts. Guerre inutile, coûteuse, à l’issue de laquelle la France exigea 150 millions de francs-or en réparation, ruinant l’île, pour longtemps.
Dessalines, un lieutenant de Toussaint, se fit nommer empereur en 1804, sous le nom de Jacques Ier. C’est le début d’une vie politique cahotique où, entre 1804 et 1957, 29 chefs de l’Etat sur 36 seront assassinés.
Ce n’est qu’en 1822, que le président haïtien Jean-Pierre Boyer réussit l’union en annexant la partie orientale de l'île et cela perdurera jusqu’en 1844. En 1849, Faustin Soulouque, un Noir, se proclama empereur (Faustin Ier) d'Haïti et se lança dans une sévère répression contre les Mulâtres; il régna en despote sur le pays pendant dix ans, avant d’être renversé, en 1859, par le Mulâtre Nicolas Geffrard, qui restaura la République et gouverna le pays jusqu’en 1867. Après avoir été mis au ban des nations, Haïti fut progressivement reconnu par la France, puis par le Saint-Siège et les États-Unis qui allaient devenir, à partir de 1906 le nouvel occupant.
Les occupants se remplacent mais les méthodes restent ! Les Etats-Unis occuperont l’île pendant 20 ans, économiquement en construisant des voies ferrées pour mettre les terres en valeur ( au passage notons que, pendant cette période qui va de 1906 à 1915, les paysans sont expropriés et les terres confisquées) puis militairement. L’occupation ne va pas sans drame et l’insurrection des « cocas » contre les américains va faire 15 000 morts. En Haïti, les morts ne se comptent plus et les exécutions de « rebelles » sont monnaie courante ! En août 1934, les États-Unis quittèrent Haïti. La fin de l’occupation, aggravée par la crise économique mondiale, encouragea les velléités dictatoriales des dirigeants locaux qui de coup d’état en coup d’état conduisirent la majorité noire à porter Duvalier au pouvoir en 1957.
Dès son accession au pouvoir Duvallier va se montrer répressif, dictatorial et employer des méthodes marginales avec sa garde prétorienne « les tontons macoutes ». Incompétence, répression, instabilité vont marquer ces années noires où le pays va continuer de s’appauvrir.
La communauté internationale permit à Aristide, le curé des pauvres, d’être élu démocratiquement en 1990 mais il fut renversé par la junte militaire de Cédras.
Refugié aux Etats-Unis, il reviendra en 1994 sur l’intervention des troupes américaines. En 1995, Préval le remplace à la tête du pays où il reviendra, une troisième fois en 2000. Il démissionnera en 2004 alors qu’arrive une force internationale de l’ONU composée d’Américains, de Français, de Canadiens et de caraïbéens.
Malheureusement, Haïti est resté l'un des pays les plus pauvres du monde et une partie importante de sa population survit dans des conditions précaires. Ce pays est si pauvre et si démuni de ressources naturelles et en citoyens instruits ou formés qu'il apparaît très difficile de voir pointer quelque progrès que ce soit.
Et c’est alors que survient le séisme du mardi 12 janvier à 21h53 GMT, magnitude 7 sur l’échelle de Richter et que s’écrit une nouvelle tragédie pour cette partie du monde condamnée, semble t-il, au désespoir !