Ils arrivent de loin comme tous les migrants...
Un frais parfum sortait des pâquerettes en fleurs
Outre le volet clos que je poussais serein,
J’entendis, dans le clos, comme un sanglot, un pleur
Qui sourdait d’une gorge révélant un chagrin.
Cédant sous la poussée, laissant entrer le jour,
La persienne s’ouvrit sur le triste destin
D’une femme prostrée, débordante d’amour
Qui berçait le corps nu d’un petit chérubin.
Ils arrivaient de loin, comme tous les migrants
Car l’horreur de la guerre, les combats meurtriers,
Les avait fait partir, fuyant devant le drame
D’un pays mis à sang par de féroces guerriers.
A travers l’océan, dans des esquifs pourris
Ils avaient navigué, subit maintes tempêtes,
Souffert de la famine, de la dysenterie
Pendant des jours, des nuits, tassés comme des bêtes.
Ils avaient débarqué au pays espéré
Ne parlant pas la langue, les yeux écarquillés.
Foulant le sol du port, se croyant arrivés
Ils se trouvèrent vite, tous et toutes, enfermés.
Car ce havre de paix ne tin pas ses promesses
Son enfant affaibli, malnutri et fiévreux,
Du souffle maternel, ne sent plus la caresse.
Il a cessé de vivre et a fermé les yeux.
Assise éplorée, au milieu de ces fleurs
A deux pas de chez moi, débordante de fiel,
Une mère rompue avec la rage au cœur,
Hurle son désespoir et insulte le ciel.