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Interview imaginaire du Président...

4 Avril 2010

 Il pleut! Il pleut! Mais ma plume se trempe dans l'encre noire de l'interview...

                                                                Moi,

Pourquoi toutes ces lois ? Burka, sécurité (la cinquième en sept ans), justice, retraites, armée, taxe carbone…

                                                           Le Président,      

Ce sont mes promesses de campagne. Que diront nos petits enfants sur notre façon de gérer et sur la Terre que nous leur avons laissée ?

                                                                Moi,

Faut-il sacrifier, aux hasards de lois prises dans l’urgence ou sans consensus, le bonheur de la génération présente pour le bonheur de la future ?

                                                           Le Président,

C’est mon devoir, j’ai été élu pour cela.

                                                                Moi,

Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres.

                                                           Le Président,

De la nature, non, mais du suffrage universel, si.

                                                                Moi,

Avec vingt-huit pour cent d’opinions favorables ?

                                                           Le Président,

On fait, en république, des majorités avec moins que cela.

                                                                Moi,    

Si la république a établi quelque autorité, c’est avec le consentement de ceux qui s’y sont soumis par contrat entre eux et celui à qui ils ont déféré cette autorité. Mais si la majorité dit, haut et fort, jusques et y compris dans vos rangs, qu’elle ne consent plus, celui qui s’arroge cette autorité ne devient-il pas prince, ou tyran ?

                                                           Le Président,        

La puissance qui vient du consentement des peuples suppose nécessairement des conditions qui en rendent l’usage légitime, utile à la société, avantageux à la république.

                                                                Moi,   

Et vous pensez que votre action y contribue ?

                                                           Le Président,

Pardi, prenez la réforme des retraites, n’est-ce pas le type même de la loi légitime ? La réforme des collectivités locales n’est-elle pas utile à la société ? Le bouclier fiscal n’est-il pas avantageux pour la république ?

                                                                Moi, 

Si tel est le cas, alors ce n’est pas visible pour tous, car enfin, écoutez les voix qui montent du peuple, le mécontentement qu’expriment de plus en plus d’élus, justement sur toutes ces réformes que vous venez de citer, admettez votre défaite aux élections régionales.

                                                           Le Président,    

Il ne faut pas tout confondre ; je dispose d’un pouvoir avec le consentement de la nation pour cinq ans indépendamment du choix de ma propre personne car les électeurs ont choisi un président et son programme.

                                                                Moi,    

Sauf que le gouvernement de la France n’est pas un bien particulier, mais un bien public, qui par conséquent ne peut jamais être enlevé au peuple, à qui seul il appartient essentiellement et en pleine propriété.

                                                           Le Président,   

Cependant il m’appartient de gouverner l’Etat qui m’a choisi pour cela.

                                                                Moi,                                                                   

Je croyais que sous la cinquième république et pour le bien de tous la constitution avait prévu un premier ministre auquel était dévolu ce rôle ?

                                                           Le Président, 

Celui qui porte la couronne peut bien s’en décharger s’il le veut, seulement s’il le veut.

                                                                Moi, 

A votre bon plaisir ?

                                                           Le Président,

Que nenni, observez les tracas que l’on me fait lorsque je décide d’en céder une part au prince Jean, ou quand je souhaite nommer un ami à la présidence de France-Télévisison ou encore quand je choisis des thuriféraires à des postes de responsabilité !

                                                                Moi,

 

Cela est juste car vous ne pouvez remettre votre couronne et l’autorité publique qui sont des biens dont le corps de la nation est propriétaire, et dont vous êtes usufruitier, ministre et dépositaire. Pour quelle raison obscure bloquez-vous les discussions sur la réforme des retraites ?

                                                           Le Président,    

J’ai promis une réforme en profondeur et en temps compté, j’annoncerai bientôt, la suppression du bouclier fiscal – mes amis ont assez profité de mes largesses et ont pris leurs dispositions, regardez, même Jonnhy n’a pas rapatrié sa fortune en France comme il me l’avait promis lorsque je lui avais signé un contrat de trois cent mille euros pour quelques chansons bramées sous la tour Eiffel pour un quatorze juillet qui ne fera pas date- et je mettrai les syndicats en fâcheuse posture devant leurs troupes réduites !

                                                                Moi,

Vous allez supprimer le bouclier ? La nouvelle va faire grand bruit ! Avez-vous encore quelques scoops aussi explosifs dans la manche ? Par exemple sur les sans-papiers ?

                                                           Le Président,

IL faut les renvoyer chez eux ! Nous n’avons pas le droit de priver les pays d’origine d’un grand nombre de leurs citoyens qui portent à leurs ennemis, des arts, des talents et des ressources. Il est des Français qui ne cessent de geindre sur les mal logés et les sans-papiers, et diantre, les renvoyer chez eux permettra à tous ceux-là de retrouver calme et sérénité.                             

N’est-ce pas un des vôtres qui disait que l’on ne pouvait accueillir toute la misère du monde ?

                                                                Moi,  

Vous ne trouvez pas que vous poussez le bouchon un peu loin ?

                                                           Le Président,

Pas du tout, il est de la plus grande importance de conserver la liberté de circuler qui est le droit commun de l’univers à condition de le faire avec des papiers et un portefeuille bien garni. Demandez à mon ami Obama, si aux Etat-Unis que vous prenez souvent en exemple, il n’en va pas de même ?

                                                                Moi,

Encore une chose Monsieur le Président, quelle attitude face aux « dérapages » de messieurs Guillon et Zemmour ?

                                                           Le Président,

Ils m’amusent ! Pour moi, un homme qui a des mœurs est respectable et s’il exprime des idées il me convient mieux que le courtisan qui rampe, ou que celui qui profite de l’indulgence publique et s’en nourrit !

                                                                Moi,     

Pardon mais quid, alors, de ce gendarme qui correspond à ce portrait et qui vient d’être radié par sa hiérarchie ?

                                                           Le Président,

Alors là je vais être clair, un gendarme, un militaire, un flic, y doivent fermer leur gueule ! C’est la règle !

                                                                Moi,

Ouf ! Là, je vous retrouve, président ! Vous m’avez, un instant, fort inquiété ; je ne vous reconnaissais plus.

                                                           Le Président,     

Ah ! Ah ! Hi !Hi ! Rassurez-vous, j’ai plusieurs cordes à mon arc, mon amoureuse me les tend. Si la raison gouvernait les hommes, si elle avait sur les chefs des nations l’empire qui leur est dû, on ne les verrait pas se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre, ils ne développeraient point cet acharnement à détruire ce qui est beau.

                                                                Moi,

Alors là Président je reste sans voix et la plume m’en tombe !

                                                           Le Président,

Ce sera le mot de la fin.

 

C.Laurans  «  A la manière de Diderot l’Encyclopédiste ! »

 

 

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