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L'Europe ? quelle Europe ?

23 Septembre 2011 , Rédigé par C

La réunion des ministres des finances européens n'a encore servi à rien ou, plus exactement, elle a démontré de façon dramatique l'incapacité des nations européennes à s'entendre et confirmé de manière irréfutable la gageure qu'il y a de construire une Europe unie et solidaire.

 

Les raisons en sont complexes mais cela peut s'expliquer, très simplement, par l'extrême diversité des peuples qui la composent et les héritages culturels et historiques qui font que les oppositions passées avaient, non seulement, des raisons profondes mais qu'elles ne sont, toujours pas, confondues dans une vision commune de l'avenir.

 

L'ouverture, l'élargissement de l'Europe décidés pour construire un grand marché, un grand ensemble dont la cohérence est réduite à des accords économiques qui n'ont pas évité le dumping social pervertissant l'idée d'une Europe humaniste, montre ses limites et, peut-être sa plus grande erreur.

 

Au XIX° siècle; Adam Smith prônait l'égoïsme comme le meilleur garant de l'intérêt général "ce n'est pas la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu'ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas  à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n'est pas de nos besoins que nous leur parlons, c'est toujours de leurs avantages." Il a fait largement école et, aujourd'hui encore, ils sont nombreux ceux qui pensent comme lui ou, pour le moins, qui agissent comme cela. La Bible libérale était née, elle allait faire les ravages que l'on sait.

 

C'est la Grande-Bretagne qui se désolidarise aujourd'hui des pays qui sont en difficulté qui, la première dès 1846, choisit le libre-échange et voici ce que pensait Richard Cobden, industriel à Manchester :" Je vois dans le principe du libre échange une force qui agira dans le monde moral à l'image de la gravitation dans l'univers physique : il rapprochera les hommes, il abattra les antagonismes de race, de croyance, de langue, il nous unira tous par les liens de la paix perpétuelle." 

En fait le libre-échange a rapproché les grandes fortunes, exacerbé le racisme, imposé ou presque la langue anglaise. La seule chose que l'on peut admettre, mais pour combien de temps encore, c'est la paix en Europe mais rien n'est perpétuellement acquis.  Ce "mouvement" faisait suite à l'échec de la Quadruple Alliance à contrôler les peuples européens et son refus des nationalités. La vague révolutionnaire de 1830 va couper l'Europe en deux ; l'ouest du Rhin où la vieille aristocratie foncière s'incline devant la haute bourgeoisie des banquiers, manufacturiers et fonctionnaires en France, en Angleterre, en Belgique qui confisquent, aux peuples, leur révolution ; à l'est du Rhin où toutes les révolutions sont écrasées et les anciennes élites russes et autrichiennes conservent leur prédominance.

 

Il est difficile de réduire l'histoire de l'Europe pendant ces années 1840-1850 à quelques considérations pour expliquer le libéralisme et l'importance des mouvements nationaux mais le survol de cette décennie puis le tournant du siècle qui vit naître le socialisme et l'enracinement social des nationalités, partout en Europe, aide à comprendre que dès 1870 l'Europe n'est plus la même avec la domination de la nouvelle puissance des trois empereurs d'Allemagne, de Russie et d'Autriche-Hongrie.

 

Par un raccourci que les historiens ne peuvent se permettre mais que je puis faire, moi, je pense qu'il y a tous les ingrédients pour comprendre pourquoi les hommes de bonne volonté qui eurent pour ambition de construire une Europe nouvelle commencèrent par le marché commun. Tant il est vrai que l'argent n'a pas d'odeur ni de nationalité et que déjà, les "élites" ont compris que seul l'intérêt prime. L'internationale libérale a ceci de différent des autres "alliances", c'est qu'elle n'a pas d'institutions reconnues, qu'il n'y a pas d'organisme international pour la contrôler, pas de transparence et quand, surgissent des instances mondiales OMC, FMI …elles appartiennent au sérail et donc sont au service de l'internationale libérale.

 

Et nous en revenons à cette réunion polonaise des ministres des finances où quelques nations, l'allemande, la suédoise, l'anglaise, entre autres, protègent leur nationalisme et, méprisant leur engagement d'une Europe unie, lâchent la Grèce et, par avance, envoient le message qu'il en sera de même pour les autres pays du sud qu'elles appellent les PIGS – cochons en Anglais.

 

Si la politique commune n'existe pas, les soldats français, anglais, et quelques autres qui ne veulent pas être en reste, libérés des guerres coloniales, vont combattre en Libye sous le drapeau des pétroliers et des entreprises de construction.

 

S'obstiner dans la voie d'une Europe élargie, hétéroclite, où prolifèrent les nationalismes, les racistes, où monte l'extrême droite qui fait son beurre sur les différences qui s'exacerbent au lieu de s'effacer – je ris quand j'entends, comme un leitmotiv que l'on trompette comme pour conjurer le mauvais sort, que l'on s'enrichit de nos différences. C'est le syndrome de l'autruche. De l'obstination à ne pas voir la réalité en face naît la confusion et perdure la tromperie. Et si l'amour que nous avons pour notre nation, nos institutions, nos modèles occidentaux ne nous inspirait plus que déception, dégoût  ou indignation ou pire, résignation quand on constate ce que tout cela est devenu !

 

 

Les petites réunions à grand spectacle où courent nos ministres ne m'amusent pas, la noblesse serait de laisser la place quand on a lamentablement échoué et de reconnaître qu'il est urgent d'inventer un autre modèle de société.

 

 

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