La Bourse aux légumes ?
Ecrire, tous les jours ou presque, même si c'est mon passe-temps favori et que je ne suis pas professionnel de la chose, prend parfois des allures d'exploit surtout quand certains sujets sont tabous et si j'observe une retenue bien compréhensible sur ce qui touche à l'intime, encore que l'écriture dévoile souvent plus que je ne le souhaite.
J'ouvre mon journal aujourd'hui et je lis que les légumes sont en crise, mais pas seuls, avec les fruits. Et là, je me dis, quels légumes ?
Quelques lignes plus bas, un titre attire mon attention car il revient, ces temps-ci, comme un leitmotiv macabre : "Afghanistan - un 74° soldat français tué!" Pas une "grosse légume" juste un petit lieutenant après le caporal-chef de Besançon, il y a deux jours et comme dirait quelqu'un "c'est d'autant plus inacceptable que c'est en période de ramadan!". S'en suivent les condoléances traditionnelles à la famille et la justification politique qui est une insulte supplémentaire :" ces opérations récentes bien que meurtrières n'entament pas la résolution de la France et traduisent l'intensité de combats désespérés des insurgés !" Comme le Président nous a annoncé un retrait des troupes, il faut bien qu'une grosse légume de l’Élysée nous explique, comme justification, que les combats des insurgés sont désespérés alors que tout porte à croire que ce sont les insurgés qui maîtrisent la situation et que notre retraite est inévitable. Quant à la France, on est heureux d'apprendre que sa résolution n'est pas entamée mais je rappelle que faire la guerre à un peuple souverain n'est en rien une bonne résolution et que ça n'a rien à voir avec la décision d'arrêter de fumer ou de ne plus dire de gros mots! Depuis des mois, l'opposition parlementaire demande un débat sur la guerre en Afghanistan, on peut y joindre la présence des troupes françaises sur les nombreux champs extérieurs et sa pertinence, sans que le pouvoir englué, dans des relations colonialistes avec les pays africains, l'accepte.
Mais revenons aux fruits et légumes, un sujet plus léger, car il n'y a pas encore mort d'homme mais qui sait...Alors, suivez-moi, passons au langage codifié de ce début de millénaire ; nous sommes sur la planète futile et factice et, par la magie des mots, transportons-nous dans le drame et la mort.
"Nous sommes entrés dans une crise sans précédent."
"En 2009, nous avions touché le fond, mais 2011 est bien pire"
"Les cours se sont effondrés de moitié du jour au lendemain, et ils n'ont jamais trouvé leurs cours initiaux"
"Une partie de la concurrence européenne ne joue pas le même jeu que nous"
"Nous réclamerons un plan d 'harmonisation européen et un plan d'urgence pour ceux qui ont jeté l'éponge, cette année, pour les autres, il faut de la visibilité, une stratégie à long terme."
Nous sommes bien sur la planète des fruits et légumes et ces déclarations sont celles de responsables agricoles. De quoi avoir le vague à l'âme et c'est là que mon introduction prend toute sa signification.
Une fois enregistré le fait que le langage s'est uniformisé et qu'on parle de la carotte comme des subprimes, des cours du potiron comme des cours de la bourse, de plan d'urgence pour sauver le concombre comme pour sauver les banques, la seule différence notoire c'est que les légumes n'ont pas encore atteint leur point G de l'organisation ou que le G20 est aux fraises, que la stratégie de nos ministres de l'agriculture européenne semble aussi néfaste pour les exploitants agricoles que les algues vertes de Bretagne le sont pour les sangliers, il faut cependant se dire que derrière tout ça il y a des hommes et des femmes, des vies de labeur. Tandis que derrière les opérations boursières il n'y a que profiteurs, vendeurs de vent, piranhas de la richesse produite et que le temps est venu pour que les conséquences aboutissent, après les destructions d'emplois, aux mêmes catastrophes : ce sont des hommes et des femmes, enfants et petits-enfants du monde, qui vont en être les victimes non consentantes, mais leur demande t-on leur avis ? En Syrie ? Non, à Benghazi ? Pas plus, en Tunisie ? Tu plaisantes, en Haïti ou en Afrique ? La question ne se pose même pas !
Mangeurs de concombres et pourfendeurs de politiques liberticides et inhumaines unissez-vous et, au delà du langage, entreprenez des actions et, plus que de vous indigner, faites la révolution.
Pourquoi cette deuxième personne de l'impératif ? Parce que les jeunes doivent prendre en main leur destin, moi je me contente juste de les aider par ma réflexion et surtout de ne pas les gêner par mes jugements..