La crise est une impasse !
La crise est une lézarde dans l’édifice des certitudes d’une société dont les fondations craquent, se fissurent et mettent en danger l’ensemble. Que vaut une Europe qui ne peut plus, si l’on en croit une déclaration d’un député européen, financer le programme Erasmus ?
Et si la crise était le révélateur d’une impasse – mot que nous devons à Voltaire qui était choqué par le mot cul-de-sac – ce qui est le cas des pays endettés qui voient leur dette s’aggraver structurellement –mot très à la mode – puisque c’est la manière même dont on arrange les choses qui est en cause.
Pour s’extirper de ce temps de crise et de la désespérance des consciences, certains experts nous expliquent qu’il faut retrouver l’espoir, la confiance à l’avenir et que pour ce faire, il faut redonner confiance aux marchés. Si le leitmotiv agace, tout aussi agaçante est l’idée qu’il suffirait, lorsque vous venez de perdre votre travail, de changer de pouvoir au sommet de l’état pour résoudre les problèmes. Il se trouve que cet espoir ne résiste pas à deux mois d’exercice de ce pouvoir. Les discours politiques, surtout en campagne électorale sont toujours empreints de gravité, de sérieux, de vision de l’avenir et les périls qui nous guettent, si nous ne sommes pas convaincus sont grands, les causes simples – la faute aux autres, l’utilisation éhontée souvent du bouc-émissaire -, les solutions évidentes – y a qu’à – et la solution manifeste – votez pour moi -!
Pour Camus, l’espoir qui permet à l’homme d’esquiver la dureté du présent face à l’absurdité du monde, est une illusion contre laquelle il faut lutter en résistant, j’ajouterai en s’indignant et en manifestant son indignation d’une manière ou d’une autre. Je sais des personnages qui philosophent l’après-midi sur des sujets d’école et qui ne cèdent pas à ce qu’ils considèrent comme un défaut rédhibitoire, celui de « faire de la politique ». Quand les avions de ligne se firent exploser dans les tours jumelles de Manhattan, quand les banquiers-voyous jouèrent l’argent des autres à la roulette, quand les riches se désolidarisèrent du reste de la population, quand, même, le sport qui fut longtemps l’emblème du geste gratuit croula sous les scandales, il eût fallu une « Cité de Dieu » qui donne un sens à l’histoire et qui explique que l’histoire s’est écrite par paliers successifs et s’est renforcée lors de crises. C’est ce qu’ont compris les dirigeants chinois qui basent leur stratégie sur trois piliers : le dix-neuvième siècle fut, pour la Chine et le peuple chinois, le siècle de l’humiliation, le XX° celui de la reconquête et le XXI° sera celui de la revanche.
Ils ont choisi de traiter l’espoir comme une vengeance sur le passé et professent que l’histoire d’un peuple peut transformer le monde, changer la vie, créer un homme nouveau, une humanité meilleure. Il ne faut pas attendre, ne pas remettre à plus tard la satisfaction de ses besoins et tout est bon pour satisfaire ses désirs. En comparaison, la protection des ressources naturelles, de l’atmosphère, le bien-être de la population, tout doit céder devant le développement d’une société qui n’a comme idée en tête que de dominer le monde.
Nous sommes tous des chinois ! D’où mon titre : nous sommes dans une impasse.