La taxe des 75%, suite mais pas fin !
Le monstre du Loch Ness vient de trouver en la taxe de 75%, un successeur médiatique.
Je ne suis pas sûr que lhistoire de la taxe soit aussi glorieuse que celle de son illustre prédécesseur.
Un soir, dans une salle surchauffée, un candidat à l’élection présidentielle, touché par je ne sais quel éclair de lucidité, annonce une taxe EXCEPTIONNELLE de 75% sur le revenu AU-DESSUS de UN MILLION d’EUROS (pour les gens de mon âge, prompts, encore aujourd’hui à traduire cela en francs, la somme paraît si énorme – 6,50 millions de francs, 650 millions de centimes) ! Et des auditeurs se regardent étonnés, certains se pincent, d’autres rigolent à gorges déployées, quelques-uns, à droite, comprennent qu’ils viennent de perdre l’élection et les « normaux » s’étranglent devant tant de connerie pour les uns ou tant de courage pour les autres.
Quelques temps après, une douzaine de « sages » ou présumé tels, la sagesse n’étant plus ce qu’elle était, réunis dans un bureau surchauffé, ont assez de lucidité pour faire remarquer que le droit français taxe les citoyens non individuellement mais par foyer fiscal et déclare la taxe anti constitutionnelle ! Ils justifient ainsi leur grande sagesse qui en a bien besoin tant toutes leurs décisions ne sont pas toutes justifiées par de clairs motifs constitutionnels.
Le gouvernement se met alors au travail, les journalistes se renseignent, les opposants se félicitent et les 75% font l’actualité, le buzz dit-on maintenant. « Cela ne rapporte rien, les riches vont s’exiler, le budget français y perdra… » On aurait du mal à citer tous les commentaires avertis de tous les spécialistes de la question mais l’histoire n’est pas finie.
Le projet de loi sort enfin et c’est la stupéfaction. Issue de cerveaux surchauffés, la solution la plus grotesque crée l’événement. La taxe des 75% serait payée, non plus par un contribuable, ni par foyer fiscal mais par les entreprises rétribuant les contribuables au-dessus du million. C’est un véritable choc, peut-être même le fameux choc de simplification dont le président de la république est devenu le héraut ou le héros, au choix.
Puis le premier avril, jour du poisson, la nouvelle tombe. Elle a une odeur de poisson avarié. En effet, un des responsables du football professionnel annonce que « les clubs de foot étant des PME ne seront pas soumis à la taxe ». L’hôtel Matignon ne souhaitant pas faire de commentaire un premier avril, jour férié consacré à la famille, la nouvelle se répand comme traînée de poudre chez les grands mandarins de la médecine, les grands avocats, les professions libérables qui se sentent lésés car eux devront payer la fameuse taxe. On apprend qu’elle devrait rapporter 500 millions d’euros par an mais que n’a-t-on pas entendu déjà sur le rapport de cette taxe ?
Après avoir pensé que cette taxe était logique en temps de crise, elle commence à m’agacer prodigieusement. Si on en parlait un peu moins et qu'on la fasse une bonne fois pour toutes ? J’ai du mal à voir la démocratie sous cet angle trivial. J’ai du mal à constater l’incapacité des gens qui ont la prétention de nous gouverner. J’ai du mal à imaginer le travail ministériel et les cheminements des raisonnements dans les crânes d’œufs qui les conseillent. Et j’ai une proposition : si on créait une commission de gros salaires pour y réfléchir et enterrer le projet ?J'ai du mal à continuer à faire confiance à cette presse qui réagit avant que les nouvelles soient vérifiées, mare qu'elle pense à faire du fric avant d'informer ? Et j'ai une nouvelle proposition : que les journalistes créent une commission pour réfléchir à la déontologie de leur métier qui a bien besoin de 'être redéfinie.