Le fric plus fort que la mort...
Après deux reportages télévisé, l’un sur LCP, l’autre sur Arte, tous deux assez inégaux mais tous deux terrifiants, on se rend mieux compte, le soir au coin du feu, alors que les conditions sont réunies pour passer une soirée agréable après une belle journée printanière, de l’importance de l’argent sur le monde et surtout, l’emprise du fric, non seulement sur notre vie quotidienne, ça nous l’avions bien remarqué mais aussi, et plus gravement sur la mort !
Je vais essayer d’exprimer ce que nous avons ressenti devant le spectacle du « débat » organisé à Kiev par Arte.
D’abord le film de Halleux, « Tchernobyl 4ever » mêlant le passé et le présent, le réel et le virtuel, posant beaucoup de questions sans apporter les réponses que l’on attend et qui ne viennent jamais, peut-être parce que personne, oui personne ne les a !
Un débat déprimant, scandaleusement ronronnant et sur lequel je n’ajouterai pas un mot, tant il est vrai que ce genre d’exercice est vain tant la parole partagée est faussée par la conception même du débat qui, parce qu’il se veut honnêtement objectif, donne la parole aux pour et aux contre. Heureusement, allez-vous dire ! Pas sûr, car que valent les interrogations de ceux qui cherchent à savoir, à comprendre face à la compétence affichée, la morgue même du spécialiste qui sait et affirme et vous exécute d’un avis catégorique indiscutable ?
Donc revenons au sujet qui m’intéresse, c'est-à-dire le fric face à la mort programmée. Car il s’agit bien de mort programmée que celle des liquidateurs irradiés, brûlés, détruits sans qu’on leur dise ce qu’ils risquaient **, celle des habitants qui restèrent plusieurs heures sur le site sans se douter du danger que les autorités elles-mêmes ne connaissaient qu’imparfaitement et qu’avec beaucoup de retard*** et qui sont malades, handicapés et meurent dans l’indifférence générale, et aujourd’hui celle des surveillants du sarcophage qui se délite au bout de vingt ans alors qu’il était prévu qu’il tienne trente ans.
Mais si la mort rode, et c’est là que je voulais en venir, l’argent, le fric est bien présent. On ne sait, absolument pas ce qui se trame dans les abysses du réacteur et personne ne peut dire qu’une explosion ne se prépare pas. Il a été décidé de construire un autre sarcophage gigantesque qui recouvrira l’ancien, ainsi on pense juguler la bête qui couve dans les cendres du réacteur mais quid du sarcophage en question si une explosion se produit ? Personne ne peut le dire, l’essentiel étant pour Bouygues, Vinci et Aréva tirent les marrons du feu et fasse du fric en construisant le nouveau sarcophage.****. C’est la tour de Babel revisitée. Entassons les sarcophages jusqu’à ce que tout pète !
Ma conviction est que choisir de ne pas sortir, le plus rapidement possible, du nucléaire ne peut s’expliquer que par des considérations économiques, de vils calculs de profits et je le « leur » accorde, une mauvaise appréciation des risques obnubilés qu’ « ils » sont pas les super profits qu’engendre la construction de ces centrales vouées à tuer sûrement les générations futures.
La Bourse à Tokyo est en train de spéculer sur la reconstruction du nord du Japon.
Elle monte, elle monte ! Que fera t-elle lorsqu’on se rendra compte que toute une région, peut-être un pays sera devenu inhabitable ?
Une dernière chose. Un jeu vidéo fait fureur en Ukraine sur les nettoyeurs ! Pénible que de voir ce jeune garçon subjugué par le spectacle de l’horreur. Pourquoi le petit-fils de celui qui eut la responsabilité de la construction du premier sarcophage, le surveille t-il ? Parce que, dit-il, je n’ai pas trouvé de travail ailleurs alors je suis revenu ici. Et avec sa combinaison, sa cagoule, son masque c’est un pauvre squelette vivant qui se déplace dans cet environnement pourri.
Français, Françaises, la France est le pays le plus nucléarisé du monde ! Beau palmarès mais aussi, énorme responsabilité humaine, face au reste du monde !
Il reste une possibilité pour aller vers un arrêt du nucléaire, c'est la nationalisation totale de l'industrie nucléaire pour que cela échappe aux investisseurs privés. S'"ils" ne peuvent plus se sucrer sur l'atome, "ils" iront voir ailleurs.
**(Gorbatchev dit, dans le film, que le sacrifice de ces 600 000 victimes de l’atome était nécessaire pour sauver l’Europe d’une explosion catastrophique qui l’eût ravagée, rien que ça !). On apprend, dans ce film, que l’OMS et l’AIEA ont interrompu les études épidémiologiques ce qui ne peut être fait par l’Ukraine qui n’en a pas les moyens et qui s’en accommode peut-être bien.
*** Alors on a dit, je m’en souviens, que c’était parce que en Union Soviétique tout était rouillé et que cela n’arriverait jamais en France ou dans un pays développé. On avait oublié un peu vite que Three Mile Island s’était aux USA mais il est vrai que ce n’était « qu’un accident de niveau 5 » (pour mémoire Fukushima est noté, largement sous-noté : 7) !
****C’est lors d’un G7 que la France a convaincu ses partenaires de construire ce nouveau sarcophage (cachons ce machin que nous ne saurions voir) ! Mais le Japon qui faisait partie du fameux G7 va avoir d’autres occupations que de s’occuper de Tchernobyl, il aura fort à faire avec les réacteurs de Fukushima qui n’ont pas fini de nous « surprendre ».
Tchernobyl a inspiré quelques reflexions à mon ami Jean. Je vous les livre, in extenso, elles méritent d'être lues et commentées.
« Tchernobyl, nous a fait passer tout près d’un holocauste nucléaire, il avait été évalué à 10% le risque d’une explosion nucléaire qui aurait rendu une grande partie de l’Europe inhabitable.
Vous me direz si vous pensez qu’il est raisonnable de prendre de tels risques pour fabriquer de l’électricité ; serions-nous des morts vivants
si la radioactivité n’avait jamais été découverte ?
Aujourd’hui, on est obligé de réinvestir des sommes titanesques pour faire une nouvelle protection autour de la centrale car celle faite il y a 30 ans est obsolète et fuit à nouveau comme un panier.
Il en ira de même au japon et partout dans le monde où il y aura de nouveaux accidents nucléaires.
Profitons en pour parler un peu de la privatisation des secteurs clés de l’industrie :
Les états devront dans l’avenir proche être partie prenante dans les entreprises clés de la gestion des pays : les banques, les laboratoires pharmaceutiques, les entreprises de production d’énergie…
Il faudra inventer un nouveau type d’entreprises citoyennes où le profit n’est pas le seul critère de gestion ; ce type de société existe déjà.
Les banques : les patrons des grandes banques ne sont pas des fleurs bleues, leur job est de faire du fric, c’est dans la logique même de l’entreprise, mais ça ne colle pas avec l’intérêt général.
Les labos pharmaceutiques : Ils n’ont pas à faire les bénéfices éhontés qu’ils font sur le dos de la santé publique, on doit pouvoir investir massivement dans la recherche, ils doivent avoir une éthique qui leur manque le plus souvent (Servier).
La production d’énergie : Nous voici de retour devant les problèmes du pétrole et du nucléaire ; en privatisant le nucléaire, on va au casse pipe ; c’est une entreprise trop dangereuse pour être mise entre les mains du tout libéral ; il n’est pas pensable de demander à des entreprises privées d’inciter leurs clients à moins de consommation et donc à moins de chiffre d’affaires ; et pourtant les économies d’énergies seront indispensables.
En France entre 1980 et 2010 nous avons doublé notre consommation d’électricité ; or pour supprimer les deux tiers du parc nucléaire français, il faudrait retrouver des niveaux de consommation plus raisonnables (après tout en 1980, nous n’étions déjà pas si malheureux et la technologie a permis entre temps beaucoup d’économies).
Problème, ça n’est pas possible dans le contexte de nos entreprises actuelles ; en effet EDF serait vite en faillite s’il fallait envisager qu’elle vende moins d’électricité ; et c’est la qu’on voit où le bas blesse.
EDF n’a en fait qu’un seul souci, faire des bénéfices, c’est dans la logique de toute entreprise ; il y a donc un non sens qui nécessite une autre approche de la gestion de ce type d’entreprise.
En France, nous avons augmenté notre consommation d’électricité de 423% en 46 ans ; nous sommes passés de 4000 kwh/an/hab en 1980 à 7500 en 2010, parce que EDF, contre vents et marées et en faisant semblant de vouloir nous faire faire des économies d’énergie, n’a cessé de nous faire consommer plus (ne vaudrait-il pas mieux isoler correctement les constructions que de faire de la pub pour la climatisation).
Les ampoules basse consommation ont mis 20 ans à arriver sur le marché français, alors qu’on avait inondé le marché en Martinique ou en Guadeloupe où il n’y a pas de nucléaire.
On peut rendre les communes autonomes pour leurs besoins en électricité, comme en Allemagne, on peut cesser d’éclairer inutilement des immeubles entiers, on peut vivre en meilleure santé dans des appartements chauffés à 20° au lieu de 25°.
Tout cela est possible, mais pas avec le modèle de nos entreprises d’aujourd’hui.
L’avenir passe forcément par un changement radical de la société humaine et ce n’est certainement pas la politique du tout libéral qui sera le modèle de demain. »
Jean Lefèvre