Léo, un des enfants du monde.
Rien ne vaut la vie d’un enfant et tout ce que l’on pourra dire ou écrire, lorsqu’ on a attenté à sa vie ne pourra qu’ajouter à l’horreur, à l’immense douleur d’un sourire, d’une douceur de peau, de l’innocence perdus …
Aucun mot n’est trop fou ni trop grand ni trop beau
Quand il est pour Léo
Il dira mon amour et ma grande affection
Pour ce petit poupon
Et quand l’enfant paraît, en tous points de ce monde, petit africain, petit indien, petit chinois, petit américain, petit européen, il est de droit enfant du monde et le droit du sol est celui où il vit, et où il vit, il est Dieu…
Trois dizaines d’années et autant de printemps
Ai-je attendu qu’apparaisse l’enfant
O mon enfant la vie dans tous ses errements
La vie qui passait comme coule un torrent
Tumultueuse et vide dans mon isolement
N’a pas pu empêcher l’ultime ravissement
J’ai consacré une grande partie de ma vie aux enfants des autres et, aujourd’hui, mon souhait le plus cher est que chacun d’eux puisse penser à moi avec le regard qu’à eu Léo, hier, en me regardant…
Je vois tes blonds cheveux et ton regard si tendre
J’entends déjà ta voix ou me semble l’entendre
Et toi tu me souris déjà prêt à comprendre
Qu’à un regard de toi je suis prêt à me rendre
De sa position factice que nous lui faisons prendre, assis et bien calé dans les coussins qui servent de coquille à son corps encore mou qui change tous les jours, il lance ses bras en avant, agite ses jambes, tout son corps rugissant prêt à se jeter dans la tourmente de la vie. Il brasse l’air devant lui n’embrassant que le vide et ses petits doigts tendus ne demandent qu’à saisir un avenir qui se dérobe…
Et tu lances tes bras à l’assaut conquérant
Un avenir à l’horizon tremblant
Que tu poursuis d’un pas indifférent
Et que les jours et les heures passant
Ajoutent à ton envie un air exubérant
Et Léo isolé dans son monde merveilleux tripote ses jouets, en change, puis les jette. Il revient sur l’un d’eux pour le jeter plus loin et reste interdit sur un bruit, un son, une lumière. Puis comme s’il prenait conscience qu’il n’est plus tout seul, il me fixe de ses yeux grands ouverts et lucides, de ses yeux qui n’ont vu que le beau : le sein de sa maman, le sourire de ses parents…Que se passe t-il alors, derrière ce regard qui m’interroge, ce regard qui arrête le temps, fige l’instantané bonheur qu’on voudrait que jamais il ne cesse ?
Tu joues indifférent à tout ce qui t’entoure
Et soudain tu t’arrêtes me fixant sans détour
Quel royaume inconnu ton esprit laboure
Et derrière cet air quel morceau de bravoure
Portes-tu le secret que tout seul tu savoures ?
Léo. Le vent dira Léo quand il passera dans les feuilles des arbres, la pluie dira Léo quand elle piquera la surface immobile du lac, le soleil dira Léo quand il se lèvera au-dessus de la Caudane et qu’il se couchera sur la Sainte Victoire, jusqu’aux anges qui diront Léo, là-haut !