Quatre sur six !
La confrontation télévisée banalisée par les règles consensuelles n'a pas réussi à me convaincre que les socialistes sont les mieux placés pour changer la société française. Seul Arnaud Montebourg fit preuve de sincérité et dévoila quelques idées neuves, en particulier l'incontournable changement de république.
Plus que quatre disais-je. Même si chacun d'eux a toute légitimité de se trouver dans la course à l'investiture socialiste, il faut éliminer d'entrée Mr Baylet et pour une raison évidente, c'est que les primaires doivent désigner le candidat socialiste et pas le candidat unique de la gauche or, Mr Baylet a précisé, d'entrée de jeu, qu'il n'était pas socialiste. C'est, le premier maillon faible.
Pour le second éliminé, il a, lui aussi choisi de s'exclure du débat mais il a fallu attendre la fin de la confrontation pour le savoir. DSK a fait encore une victime, et cette fois c'est un homme. Manuel Valls qui répondait à une question sur le possible ou probable retour en politique de son mentor, expliquait que les directions qu'avait donné DSK comme Directeur Général du FMI sur l'économie et la politique étaient les bonnes. Qu'il fallait donc se satisfaire d'un libéralisme contrôlé - contrôlé comment et par qui, that is the question - dans une mondialisation dont il ne précise pas les règles.
Pour rester dans le jeu, à mes yeux, il aurait dû dire qu'il est nécessaire de refuser une mondialisation western. Qu'une dose de protectionnisme est nécessaire, pendant un moratoire sur les règles internationales régissant le commerce, pour trouver le bon fonctionnement sur les échanges prenant en compte, pour une mondialisation équitable, les conditions de travail, la protection sociale, l'écologie.
On a compris que Mr Valls n'a aucune chance de recueillir les votes de la majorité des votants et on est convaincu qu'il est honnête et fidèle et qu'il se ralliera au candidat désigné, ce qui en fait, paradoxalement peut-être, le second maillon faible.
Le problème français majeur c'est la politique menée depuis quarante ans. Les banques n'ont pas la légitimité pour nous imposer une politique et ce sont les dirigeants du pays qui se sont mis, tous seuls, dans cette situation. Le bilan financier des banques est au niveau de 4 à 5 fois le PIB annuel de la France. Dire qu'on va les mettre sous tutelle en faisant entrer dans leur conseil d'administration un représentant de l'état, les syndicats et des utilisateurs comme l'a fait Arnaud Montebourg ne me convainc absolument pas. Il faut avoir le courage de nationaliser celles qui ne sont pas des "casino" c'est-à-dire les banques de dépôt ou les établissements de crédit séparés des banques d'affaires qui jouent avec notre argent, encaissent les bénéfices et nous font payer les déficits.
Cela aurait pu faire de lui un des maillons faibles mais, son discours novateur, ses idées précises et leur exposé concis, son regard fixé vers une ligne d'horizon qui préfigure un avenir différent, son exigence de probité, l'exonèrent et le font rester, à mes yeux, dans la course.
Ségolène Royal ne m'a pas paru convaincue d'avoir envie d'y aller. La défaite de 2007 a laissé des traces et cette femme courageuse, qui a pris des coups surtout de la part de ceux qui auraient dû être ses amis, ses soutiens, n'a plus envie de jouer le premier rôle. Son autorité dans sa région lui a fait prendre conscience qu'à ce niveau elle peut apporter plus qu'à la tête de l'état et cette attitude est respectable. Les élus locaux ont plus ma sympathie que les élus nationaux, chacun de mes lecteurs l'aura déjà remarqué. C'est ce qui pourrait en faire le troisième maillon faible mais cette femme a du ressort, elle peut encore étonner et retrouver sa combativité qu'elle n'a pas su ou pu montrer, hier soir.
Restent Hollande et Aubry les deux éléphants.
Aubry sûre d'elle qui a coupé le cordon ombilical avec papa Delors et qui est, semble t-il, décidée à y aller. Mais que de promesses et si peu de charisme que je n'ai aucune envie d'y aller avec elle. Cela sent la naphtaline, le pastel dans les gris.
Hollande, il est amusant et sympathique avec son régime amaigrissant et son nouveau look mais je n'arrive pas à me mettre dans le crâne qu'il peut jouer un rôle national.
Ces deux sont ceux, d'après les sondages, qui ont le plus de chance de se retrouver au deuxième tour des primaires et l'un d'eux, le battu du second tour de la présidentielle.