Un réveillon bon marché.
Depuis plusieurs jours, chefs étoilés, critiques gastronomiques à la mode, diététiciens écrivains, se succèdent, se répandent devrais-je dire, sur toutes les ondes sirupeuses pour nous expliquer qu’on peut faire un repas de réveillon à moindre coût.
Après nous avoir poussé à manger du saumon trafiqué aux hormones, du foie gras de canards gavés de farines animales, dans les années 80, pour nous faire croire que nous pouvions, nous aussi, ripailler comme les riches et aller fumer un cigare fait de résidus de feuilles de tabac cubain dans nos fauteuils en skaï de Mr Canapé imitant à merveille, quoique collants au cul, pour des yeux aveuglés et des cerveaux manipulés, le cuir des beaux salons, on nous conseille, aujourd’hui de laisser tomber tout cela et de réveillonner dans la simplicité des restos du cœur.
Pour me situer, tout de suite, je suis aussi pour la simplicité, la nature, l’extrême utilité des irremplaçables restos du cœur eu égard au fait que notre société est incapable d’assurer à tous le droit à s’alimenter (mais ce n’est pas le sujet, aujourd’hui) mais quand j’entends que le meilleur dessert, en hiver, de la part d’un critique gastronomique à la mine arrondie, c’est une orange coupée en deux avec un soupçon de cannelle, car c’est un fruit d’hiver ou qu’en entrée « vous savez, une soupe de moules – de bouchot et achetées chez un petit producteur que vous connaissez et avec lequel vous pouvez discuter du produit et créer un lien – c’est ce qui a de plus savoureux… », je ne peux m’empêcher de me demander si on ne se fout pas un peu de nous.
Certains diront que ce coup de gueule est bien infantile et que noël est une fête! Que c’est le moment de lâcher un peu de lest et de ne penser qu’à réussir le réveillon avec une demie mandarine de saison, une pomme de terre au four et des sardines parce que « voyez-vous, on peut faire un plat remarquable avec une sardine taillée au couteau avec crème de saumonette et caviar - mais vous pouvez vous passer de caviar et mettre des olives noires pour la couleur – » mais je pense que cela reste plus difficile à vivre que de se retrouver, pour ce moment exceptionnel dans l’année, là où les femmes sont belles et… jeunes, les hommes distingués et…riches, où l’on n’entend que des compliments, des paroles stimulantes, des propos enjôleurs et où ne redoute pas pendant tout le repas de voir arriver l’addition. Sauf, peut être si on vous sert des sardines en entrée et des oranges au dessert ! Plus difficile à vivre si on est en grève à Roissy ou à Lyon.
Pour ceux qui réveillonnent tranquillement chez eux en famille, c’est mon cas, il reste la télévision, et ses programmes brillants avec M.Sébastien, Cadéloro, Baffie et Ci°.
Joyeuses fêtes à toutes et à tous, cette année encore les oranges sont bien juteuses et sucrées. Qui sait ce qu’elles seront l’an prochain.