Un voyage pas comme les autres.
C'est comme un dernier voyage!
Je suis là, allongé sur le dos.
Le brancard saute avec régularité sur les joints de dilatation et je les sens dans mes reins douloureux. Toujours le même spectacle à mes yeux écarquillés par l'angoisse : un plafond immaculé de plaques blanches d'isolant, toutes identiques mais où l'esprit, pour se distraire, se plaît à déceler un joint d'épaisseur, de couleur différentes, plus large, plus sombre, creux... Et toujours le clong, clong des roues caoutchoutées qui sautent sur les joints réguliers du sol en PVC. Les bruits étouffés qui parviennent à mes oreilles sont ceux qu'entend un aveugle. Je sais, qu'à ma gauche, une porte s'ouvre - j'en vois la sommité qui pivote - je sens le souffle d'un chariot qui croise le mien et perçois le chuintement des roues qui s'approche puis s'éloigne, j'en aperçois furtivement la potence à laquelle est accrochée une poche de liquide transparent qui clapote. Des voix s'interpellent, plutôt des chuchotements ou carrément de bruyantes manifestations de civilités, qui se répondent et, parfois, fugitivement, une tête, un buste qui vient à ma rencontre, se penchent un peu et disparaissent aussi vite qu’ils étaient apparus. Au fur et à mesure de la progression de notre équipage, l'attelage minotaure s'isole dans les couloirs de plus en plus déserts. Les bras musclés, nerveux, agiles du brancardier, par de savantes pressions et de poussettes anticipées, envoient mes pieds dans la bonne direction tout en me la dérobant. Je les suis, comment faire autrement ? Et puis le plafond change d'aspect. On entre dans les entrailles de l'immeuble. Les voix se sont tues, seul les roulements des brancards se croisent et se répondent comme en écho.
L'air se fait un peu plus vif. j'ai froid. Mes pieds nus qui dépassent du drap hâtivement jeté au-dessus de mon corps figé, sentent les premiers, la morsure du froid qui, peu à peu, progresse le long de mon corps et l'emprisonne.
Un dernier virage, un dernier sursaut du brancard et c'est l'immobilité dans une pièce sombre où sont garés les brancards des candidats au passage au bloc. On pose une couverture chauffant sur mes pieds. je ne veux plus penser à reine. j'entends "on va venir vous chercher". Je comprends que c'est la fin vu voyage. j'attends!