11 novembre 1940 et 11 novembre 2010
Voyez comme l’histoire reste encore à écrire ! Les peuples l’écrivent quand ils parlent et c’est ce qui se passe, en ce moment, avec le livre témoignage d’Evelyne Sullerot « Nous avions 15 ans en 1940 » et les commémorations du 11 novembre 2010.
Combien de Français ont eu connaissance de ce premier acte de résistance ? Près de 2 500 lycéens manifestent à Paris, sur la tombe du soldat inconnu, et font un pied de nez à l’occupant et à la collaboration. Ils manifestent ce 11 novembre 1940 pour conjurer, la défaite de leurs pères qui ont dû baisser les armes sans combattre à cause d’une hiérarchie militaire incapable et prétentieuse et d’hommes politiques sans honneur, le désarroi de leurs mères que l’armistice a soulagées parce qu’il lui rendait un fils, un époux, un frère, la débâcle qui jetait sur la route des fuyards humiliés. Ces jeunes désorientés souvent, apeurés peut-être, embrigadés parfois, déjà à l’âge d’homme malgré leur jeunesse, avec leur fougue, cette lumière qui éclaire et auréole cet adolescent exemple, vont montrer le chemin. Beaucoup d’entre eux sont déjà imprégnés de l’idéal communiste tandis que d’autres sont mus par l’humanisme chrétien et par l’engagement derrière de Gaulle mais tous pensent à leurs études, à passer leur brevet ou leur bac. Ils sortent des lycées qui sont devenus, par la grâce de Pétain et des collaborateurs, une fabrique d’embrigadement où tout ce qui représente le symbole de la république est interdit : ils ne doivent pas saluer le drapeau, pas s’habiller en bleu, blanc, rouge, ne pas s’assembler à plus de trois sur la voie publique, ne pas courir dans la rue mais chanter la gloire du Maréchal.
Aujourd’hui, ces adolescents, murés depuis dans leur mutisme, parlent. Ils témoignent « avant de mourir » et prennent la parole pour le devoir de mémoire et cela donne un livre puissant à mettre au programme d’histoire des lycées. La plaque que le Président de la République dévoilera ce matin leur rend un hommage tardif et l’histoire passée percute l’histoire présente. En effet, on se contentera d’évoquer des faits et des paroles et chacun se fera son opinion :
- il y a quelques jours encore les hommes et les femmes politiques du parti majoritaire poussaient des cris d’orfraie lorsqu’ils évoquaient la présence, parmi les manifestants, de lycéens et d’étudiants.
- les mêmes leur conseillaient de rentrer sagement chez eux avec condescendance.
- Toujours les mêmes faisaient part de leur désapprobation outrée en condamnant la prise de position de Ségolène Royal en la défigurant (madame Royal n’a jamais demandé, aux jeunes, de descendre dans la rue, elle leur a seulement conseillé de le faire dans le calme car nous savons bien que la seule façon de discréditer les jeunes c’est de les faire passer pour des délinquants dès la maternelle ou pour des petits sauvageons !)
- Ce matin, dans une interview dans le Parisien, un de ces jeunes qui avait 18 ans en 40, termine son interview par la phrase : «Nous avons risqué notre peau pour le pays et permettre à nos jeunes d’avoir la liberté de manifester pour leur retraite. Mais défiler à 18 ans pour sa retraite, c’est un peu nul ! » J’ai entendu, sur France Culture, la réaction de madame Sullerot qui a dit qu’elle ne pensait pas que les jeunes de 2010 manifestaient seulement pour leur retraite mais parce qu’ils se retrouvent devant un avenir sombre. Qui respecte les jeunes ?
- Après Guy Moquet, les lycéens du 11 novembre 40, qui? la prochaine fois que le pouvoir aura besoin d’un certificat de bonne conduite.
Zoroastre a dit que : « Les premiers fondements de toute l’histoire sont les récits des pères aux enfants, transmis ensuite d’une génération à une autre » ! Quels fondements et quelle histoire pour les enfants issus de l’immigration a qui les pères ont dit, quand ils l’ont fait, comment ils ont été maltraités par la France, quels fondements et quelle histoire pour les enfants dont les pères sont chômeurs de longue durée privés de leur dignité par une société avide et injuste ? Quels fondements et quelle histoire les pères de ce début du troisième millénaire pourront-ils donner et dire à leurs enfants quand la Terre crèvera sous la Pollution des âmes, des sols, des fleuves et de l’air ?
C