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A Anna, le visage d'un ange.

3 Janvier 2013 , Rédigé par c laurans

Il est né en un temps où pourrissait la terre quand elle se gavait de cadavres d’enfants, que sur les chemins qui mènent à Cythère Aphrodite pleurait la mort de ses amants, quand l’homme vert de grisé haineux et revanchard ayant chaussé ses bottes boutonné sa capote s’approchait, en chevauchant son char tout ébloui et fier du discours du despote, du petit village où craquait le verglas et qui assistait impuissant au départ des jeunes villageois quittant leurs fermes sûres pour s’avancer au devant de la mort pour que sonne le glas de leur jeune existence fraîche comme  une épure, ne se retournant pas sur leurs femmes leurs mères leurs fiancées leurs sœurs  qui les voyaient d’un œil compatissant partir se battre ailleurs dans un val de verdure en  priant que l’enfant si fragile l’époux si aimant reviennent au pays sans une meurtrissure, comme celle qui accablait ceux qui entouraient le lit de sa mère où couvait le drame car personne ne pouvait la soulager et encore moins la guérir, extraire de ses entrailles brûlées au fer rouge le mal qui rongeait les heures de sa vie éphémère, qui raccourcissait à chaque douleur le temps qu’elle aurait pu passer sur la terre à chérir son enfant qui vagissait dans le petit berceau d’osier que l’on avait posé tout près de la gueule du four du boulanger recouvert de blanche farine qui cachait aux yeux de tous son visage blafard semblable au crépuscule laiteux d’une sombre journée d’hiver qui n’en finissait pas de traîner sa cohorte de pans de vie tragiques quand tapie dans un coin sombre de la gloriette simplement éclairée par le feu de bois qu’entretenait le mitron pour cuire le pain, la faucheuse immobile  attendait son heure pour cueillir cette âme dont le souffle avait de plus en plus de peine à franchir les lèvres sèches et craquelées alors que se pinçaient les narines sur un air chaud portant les odeurs nourricières du froment qui cuisait sous la voûte de pierre du vieux four mais qui n'apportait pas la nourriture terrestre qui pouvait encore sauver ce corps qui se décomposait au vu de tous et que roulaient les yeux au fond des orbites, des yeux qui peu à peu se vidaient de toute étincelle de vie et qui semblaient regarder plus loin, beaucoup plus loin que le mur qui faisait face au lit et où dansaient les ombres de la parentèle effondrée de son inutilité à soulager la frêle silhouette si légère qu’elle ne parvenait pas à creuser le matelas de plumes et à travers de laquelle on pouvait suivre le sang qui parcourait encore au ralenti les veines bleues, un ralenti funeste que chacun retenant son souffle espérait ne pas voir s’arrêter en refusant l’évidence qu’une fille ne peut pas mourir qu’on aspire à la voir s’asseoir dans son lit de souffrance et tendre les bras pour qu’on lui donne la petite chose enveloppée de langes et qui pleure de faim parce qu’il aspire à téter le sein d’Anna, et le père effondré qui refuse l’évidence se saisit de l’enfant puis le tend vers les bras qui ne se lèveront plus jamais car le souffle de la vie a déserté les lèvres, alors sans un regard pour l’enfant vagissant il se débarrasse du colis de dentelles qui a cessé de pleurer comme pour respecter l’envol de l’âme de la défunte et de sa vie l’oubliera tout entier.  

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