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A Bayonne et à Dakar, j'y étais !

5 Mars 2012 , Rédigé par C

J'y étais !

J'y étais, chaque fois !

Quand le Président se déplace je suis toujours présent.

J'étais à Bayonne.

En arrivant dans la rue bondée de monde, le Président demanda au chauffeur de la 508 de s'arrêter. Il se tourna vers moi et me dit, sans me regarder : « et les enfants des écoles, où sont-ils ? Et les drapeaux qui devait les distribuer ? Si je ne m'occupe pas de tout, ça foire !»

 

Je le regardais, un peu égaré et lui répondis que c'était un déplacement de candidat et que la cellule riposte m'avait donné la consigne de ne pas mobiliser les militants, de cacher le sigle UMP s'il y en avait – au passage je trouve les tee-shirts « les jeunes avec Sarkozy » du plus mauvais goût . C'est Rosso-Debord qui les a choisi ? - et que, de plus, c'étaient les vacances scolaires et que ceux qui programmaient les déplacements pourraient faire un peu plus attention.

 

Il était déjà très en colère quand il descendit de la voiture. Marc, Pierrot et Gino l'entourèrent de leurs carrures impressionnantes qui le faisaient paraître encore plus petit, plus fragile. Je redoutais qu'il dût, encore plus que d'habitude, montrer les dents et faire des déclarations tonitruantes. Je me penchais vers lui, comme il repoussait un jeune téméraire qui lui criait au visage « Hollande président », pour lui dire  « non, non M. le Président, pas de casse-toi pauv'con aujourd'hui !» Le regard qu'il me lança me glaça. « Tu crois quoi, pauv' con, que je sais pas ce que ça m'a coûté, non ! » et sur ce, il se lança dans la rue, le sourire un peu crispé.

 

Aux « Sarkozy président », se mêlaient de plus en plus de « Nicolas dégage» mais sans le pauv'con et en langue basque ce qui fait, qu'au début on a cru que c'étaient des nôtres qui criaient. L'ambiance était bon enfant jusqu'à ce que des tracts venus d'on ne sait où – peut-être lancés d'une fenêtre au-dessus du cortège, plurent, transformant la rue commerçante en Cinquième avenue. Le président était aux anges ! Jusqu'à ce qu'il lise un des tracts qui s'échoua sur le dos de Marc et qui attira son regard. Il se tourna vers MAM et lui demanda de traduire. Elle était blanche et ses lèvres laissaient échapper une litanie de mots dans lesquels le Président crû comprendre ETA ou Batera. Il était livide quand il hurla « donnez le droit de vote aux étrangers, voilà le résultat ». J'eus beaucoup de mal à lui expliquer, vu le bruit, les bousculades, la panique, que les Basques n'étaient pas des étrangers mais qu'ils étaient chez eux, il n'en démordait pas. « Quand les Basques voteront, tous les enfants des cantines mangeront des piquillos au piment d'espelette ! Fais-moi penser d'annoncer que, dorénavant, tous les piments seront étiquetés !»

 

Les bousculades aidant et la rue s'étrécissant, nous dûmes nous réfugier au bar du Palais, rue d'Espagne.

 

J’y étais !

Il est cinq heures, Paris s’éveille,

Il est cinq heures, on n’a pas sommeil !

 

La soirée chez Carla a été une réussite. Elle avait invité, comme tous les samedis soirs, des copains. Il y avait Christophe, Didier mais aussi Bruce, Eric, Kevin, Mick et Farida, Rachida…Tous les continents étaient représentés et tout ce petit monde parlait anglais et cela avait fini par agacer le Président qui m’enjoignit de le suivre, au petit matin, en laissant tout ce petit monde cuver.

 

En arrivant à l’Elysée, il était d’humeur frondeuse. La vue du portail du palais lui faisait toujours cet effet et il prenait grand plaisir à faire le tour de la cour pour retarder son entrée dans le hall comme s’il voulait marquer qu’il fallait gagner le droit d’y pénétrer. Il salua le premier huissier encore endormi par un tonitruant « Je suis pour le vote des étrangers aux municipales ! » qui laissa l’autre de marbre car on connaissait les changements de pied du président et surtout, surtout, qu’il n’était que cinq heures du mat ! Il m’encouragea à aller plus vite dans les couloirs déserts. Arrivés au premier, il lança un  « Je suis pour le vote des étrangers » à une technicienne de surface qui traînait une serpillère derrière elle sur un parquet ciré. La jeune congolaise sourit croyant à une boutade qui lui était destinée. « Chiche » pensa t-elle. Mais déjà le président pénétrait dans le bureau de son conseiller particulier en criant « Je suis pour le vote ». Le Conseiller répondit par un « Bonne journée monsieur le président » et il se replongea dans son sommeil, la tête posée sur ses bras croisés sur une montagne de dossiers.

 

Le président se tourna vers moi et posant son index sur ses lèvres closes il ouvrit la porte du bureau de sa « plume ». Le regard thyroïdien d’Henri se posa sur nous et s’égara sur la porte fenêtre entrouverte sur le jardin sombre en entendant le président dire « Je suis ! »

« Laissons-le tranquille, me dit-il, il écrit mon discours de Dakar.

Le « je suis » du président s’immisça dans les neurones d’Henri. « Je suis, être ou ne pas être, l’Homme africain est-il entré dans l’histoire, la vie vaut-elle d’être vécue, est-il durablement accablé par son destin ? S’il y est entré, il n’y est pas assez entré, personne ne peut le nier ! Je crois là que je tiens mon fil rouge, le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu. »

Le président revint dans le bureau d’Henri.

« Henri, je suis le meilleur, non ?

-          Bien sûr, Nicolas.

-          Je suis meilleur que Hollande, non ?

-          Aucune comparaison !

-          Je suis meilleur qu’Obama ?

-          ….

-          Non ?

-          ….

-          Tu réponds pas ?

-          Je réfléchissais…

-          Ben réfléchis un peu moins et écrit-moi un beau discours avec plein de noms célèbres, de citations que j’aime, et dépêche-toi parce qu’il faut que je sois à la maison à 11 heures, ma Carlita fait la balance pour Taratata et je ne veux pas manquer ça ! 

-          Ah, encore un truc, il est pour le vote des étrangers Hollande ?

-          Sûr !

-          Ah, bon !»

  

Le président fit demi-tour, il s’enferma dans son bureau, décrocha son téléphone et hurla « Brice, réveille-toi bordel, réuni tout de suite la cellule riposte et passe la consigne, de suite, oui de suite : je suis contre le vote des étrangers pour les municipales, pour l’étiquetage de la viande halal, la fermeture des cantines et des piscines communautaires, le non remplacement systématique d’un fonctionnaire sur deux, la suppression du bouclier fiscal… »

Une petite voix endormie essaya de placer un :

« ça va Nico ?

-          Oui, pourquoi ?

-          Non, comme ça !

-          Grouille ! Mobilise tout le monde et répétez partout que je suis le candidat du peuple de France.

-          Oui Nico.

-          Mais te rendors pas, sinon je te les fais couper !

-          Oh, nooooooooooonnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn !

 

 

J’y étais !

J’y étais encore !

 

Le soleil se levait sur les héros de 2012 ! Les ministres déménageaient leurs bureaux. Les socialistes dans les starting-blocks piétinaient dans leurs voitures banalisées, moteur tournant, à l’entrée de tous les ministères. Une nouvelle ère commençait. Pourvu que l’ère n’erre !

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