La peur en démocratie.
Les démocraties européennes vivent dans la peur et la démocratie française, sur laquelle j’ose, par provocation mais aussi par une interrogation légitimée par le fait que rien n’est acquis définitivement, nous questionner pour en connaître le degré de résistance, la démocratie française donc, a peur.
Les exemples abondent et, ces dernières années, se multiplient et leur « sortie » s’accélère. Je veux parler de la peur de l’autre, de la peur de l’avenir.
Dans toute l’Europe monte un fort courant d’extrême droite qui n’a plus peur, lui de s’afficher, comme tel. Il rejette l’immigré quel qu’il soit mais surtout s’il est arabe, noir, musulman ou juif. La France, que d’aucuns qui se gargarisent de guimauve bien-pensante continuent d’appeler la patrie des droits de l’homme, ce qui me paraît de plus en plus usurpé et surfait bien que peu de pays, effectivement, fassent mieux, la France de 2012 ose ! Encore récemment par la bouche de son premier ministre que l’on entend peu et qui, pour l’occasion, aurait mieux fait de se taire, une droite de plus en plus perdue s’autorise des débordements dus, probablement, à la peur.
Les différentes réformes de la justice sur les peines planchers par exemple, les débats avortés sur la nationalité, ou jamais faits comme celui sur le nucléaire, l’euthanasie ou encore bâclé comme celui sur le voile, stigmatisent une population ciblée, un sujet tabou, musèle une justice que l’on voudrait aux ordres…Des deux côtés, la peur est le moteur. Certains préfèrent que l’on ne parle pas de sujets qui, soi-disant, stigmatisent bien qu’ils fassent l’actualité, le buzz dans les médias et qu’ils occupent les conversations du Café du Commerce quand d’autres ne voient, dans le fait de les mettre en avant, que le danger, en faisant peur, de créer les conditions pour de nouvelles lois coercitives, communautaristes, impossibles à appliquer ou ne s’adressant qu’à une petite partie de la population mais avec de fortes répercussions dans l’électorat. Dans les deux attitudes, s’immisce la peur.
La corde sensible est tendue à l’extrême et ceux qui jouent avec font les apprentis sorciers. Quand Fillon, du haut de sa culture judéo-chrétienne qui accepte la virginité de la sainte vierge et la résurrection des corps ( j’en connais, pour n’être pas traité de parti pris, qui disent que si nous nous promenons avec une ceinture d’explosifs qui saute au milieu d’innocents, le récipiendaire pourra « sauter » 1 000 vierges au paradis des terroristes), nous explique, dans une tribune que lui confère son poste de premier ministre de la république laïque qui ne fait pas, c’est vrai, respecter la loi de séparation des églises et de l’état sur tout son territoire, que de son point de vue personnel, qui n’engage que lui, et bla bla bla, la pratique religieuse devrait tenir compte de l’ état de la science, de la technologie, des problèmes de santé et que sais-je encore qu’il n’a pas dit, qui peut croire que c’est pour se préoccuper de la mort douce des agneaux, des poulets et autres viandes de consommation courante. Et ce d’autant plus que c’est sous son gouvernement que la Direction des Services Sanitaires a rendu obligatoire l’étourdissement des animaux sauf pour les abattages rituels ! Qu’il ne vienne pas, aujourd’hui, s’étonner de pratiques qu’il a couvertes la veille !
Alors, je vois dans toutes ces attitudes, toutes ces postures, toutes ces déclarations intempestives, la peur. La peur d’une démocratie qui se réfugie dans le référendum pour, dit M.Sarkozy, débloquer une situation qui serait bloquée par le mécontentement populaire. Il a eu l’idée géniale de nous expliquer que si les patrons, les syndicats, les responsables politiques, les responsables religieux, les hommes, les femmes, les poules et les veaux ne peuvent pas se mettre d’accord sur un sujet d’actualité qu’il qualifie abusivement de problème de société, alors il demandera à tous ceux-là qui ne sont pas d’accord, à l’exception des poules et des veaux, de se déterminer par référendum. En matière de courage, on devrait pouvoir trouver mieux.
Nos sociétés modernes n’ont pas vaincu la peur parce qu’elles fonctionnent encore sur des schémas anciens et inconscients – l’apocalypse annoncée par les Mayas en est une des dernières traductions – sauf Fillon qui, tenant compte des progrès de la science et de la technologie, sait ce qui est bon pour nous. Heureusement que nous avons des élites éclairées qui vont tout étiqueter : comment l’animal a été tué mais pas comment on l’a nourrit, ou quel air il a respiré, qui affiche que la cigarette tue mais pas l’alcool, qui nous promet l’indépendance énergétique mais qui nous prépare l’holocauste nucléaire, une élite qui menace de partir de France pour ne pas payer d’impôts et qui nous dit que nous serons bien attrapés, après, car s’il n’y a plus de riches il n’y aura que des pauvres, que nous ne gagnerons plus de coupe d’Europe de football quand ce n’est arrivé qu’une fois, avec l’OM, dans toute l’histoire, et que, car l’énumération fatigue tant elle est exponentielle, que nous allons voir ce que nous allons voir si nous avons l’outrecuidance de leur préférer la gauche pour gouverner.
Les quarante jours qui restent pourraient être du plus haut comique dans l’escalade.
Nb : Mélenchon, à Rouen, a été enthousiasmant quand il a parlé de lutte des classes, émouvant quand il s’est adressé aux femmes, pugnace et convaincant quand il a vilipendé le FN, brillant mais sûrement pas peureux.