Adieu !!!
Comment ce que je cherche à dire depuis très longtemps, à quelques nuances près et beaucoup moins d’intelligence et de connaissance de l’âme humaine, vient de m’être révélé par une amie qui ne se contente pas d’écrire brillamment mais qui me fait redécouvrir Pérec après 35 années d’abstinence.
Je vous livre, amis lecteurs, ces Mots qui mettent un terme à ce blog.
« Ainsi vivaient-ils, eux et leurs amis, dans leurs petits appartements encombrés et sympathiques, avec leurs balades et leurs films, leurs grands repas fraternels, leurs projets merveilleux. »
« Ils étaient (…) de leur temps. Ils étaient bien dans leur peau. Ils n’étaient pas, disaient-ils, tout à fait dupes. Ils savaient garder leurs distances. Ils étaient décontractés, ou du moins, tentaient de l’être. Ils avaient de l’humour. Ils étaient loin d’être bêtes.
Une analyse poussée aurait décelé aisément, dans le groupe qu’ils formaient, des courants divergents, des antagonismes sourds. Un sociomètre tatillon et sourcilleux eût tôt fait de découvrir des clivages, des exclusions réciproques, des inimitiés latentes. Il arrivait parfois que l’un ou l’autre d’entre eux, à la suite d’incidents plus ou moins fortuits, de provocations larvées, de mésententes à demi-mot, semât la discorde au sein du groupe. Alors, leur belle amitié s’écroulait. Ils découvraient avec une stupeur feinte, qu’Un Tel, qu’ils croyaient généreux, était la mesquinerie même, que tel autre n’était qu’un égoïste sec. Des tiraillements survenaient, des ruptures se consommaient. Ils prenaient parfois un malin plaisir à se monter les uns contre les autres. Ou bien, c’étaient des bouderies trop longues, des périodes de distances marquées, de froideur. Ils s’évitaient et se justifiaient sans cesse de s’éviter, jusqu’à ce que sonnât l’heure des pardons, des oublis, des réconciliations chaleureuses. Car, en fin de compte, ils ne pouvaient se passer les uns des autres.
Ces jeux les occupaient fort et ils y passaient un temps précieux qu’ils auraient pu, sans mal, utiliser pour tout autre chose. Mais ils étaient ainsi faits que, quelque humeur qu’ils en eussent parfois, le groupe qu’ils formaient les définissait presque entièrement. Ils n’avaient pas, hors de lui, de vie réelle. » (2).
Les choses, Georges Perec, 1965, René Julliard.
Extraits :