Aventure américaine.
Le printemps s'était installé, durablement, sur Center Parc. Ce matin-là, les tobggans, au-dessus des piscines d'eau bleue, étaient déserts, les allées gravillonnées n'étaient plus sillonnées par les pelotons de cyclistes de tous âges.
Dans son bungalow, Sedeskan ouvrait les yeux sur une journée qui devait changer sa vie. Cet après-midi, il devait prendre un bus pour assister, dans la ville de Merkelle, à une réunion des plus importantes.
Il envoya voler le drap qui recouvrait son corps musclé et bronzé, sauta du lit et, tout nu, se dirigea vers la baie vitrée en effectuant des mouvements d'assouplissemnent qui faisaient saillir ses muscles sous des bourrelets de graisse naissants qui trahissaient son goût pour la bonne chère. La nature était magnifique et une sorte d'éblouissement illumina, un instant, cet instant magique où le corps et l'esprit s'éveillent.
Se collant à l'immense vitre qui chauffait au soleil, déjà bien haut, il sentit la chaleur irradier son corps et un désir impérieux faire frissonner son dos. Il plaqua ses deux mains, largement ouvertes, sur la vitre, de chaque côté de sa tête et, fermant les yeux, une sex-story s'installa dans son esprit. Il avait quelques heures à attendre, il comptait les passer le mieux du monde.
Il se détacha de la vitre, à la fois avec regret et avec une certaine jubilation et se jeta sur le lit défait pour attraper le combiné téléphonique qu'il porta à son oreille. Sous lui, son sexe durcit et une délicieuse sensation prémonitoire fouetta ses sens.
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Allo ? Bonjour, ici, le bungalow P 911, je voudrais que vous m’envoyiez, dans une heure, une jeune artiste de votre studio.
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Bien Monsieur ; Avez-vous une exigence particulière, un souhait que nous puissions satisfaire ?
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Aucun ! Ou plutôy oui
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, préparez ma note, je partirai tout de suite après.
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Cela sera fait et envoyé, comme d'habitude, à votre bureau.
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Parfait, parfait
Sedeskan roula sur lui-même. Son regard, pendant quelques instants, suivit la progression d'un rayon de soleil sur le plafond taupe d'où pendait une boule à facettes comme il en existe dans certaines boites de nuit. D'un bond il se leva et se dirigea vers la cafetière qui fumait dans le coin cuisine. Il se versa un grand bol de café noir et, saisissant une viennoiserie, il alla s'asseoir dans un fauteuil-club profond d'où il voyait, dans toute sa largeur, le jardin exotique, au pied de son bungalow.
A la réception, l'équipe de jour succédait à celle de nuit. La « commande » de Sedeskan avait été diligentée et le partant demanda à son remplaçant de s'occuper de la note du client et du bungalow P 911.
Le nouvel extra du week-end s'affaira. Il sortit la note de l'imprimante et, tout en la regardant d'un air détaché, il appela le service d'entretien des chambres.
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Maria, qu'on ajoute le bungalow P 911 pour ce matin !
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Entendu, monsieur !
Il raccrocha et, vu le calme qui nimbait la réception, à cette heure matinale, il regarda les nouvelles sur le petit écran plat qui trônait sous le comptoir.
Pendant ce temps, Sedeskan s'enferma dans la salle de bains et commença sa toilette en sifflotant « Clap your hands ». Douché, rasé, parfumé, il entendit sonner à sa porte. Il claqua ses mains, les frotta et, toujours tout nu, se précipita vers la porte. Il l'ouvrit en se dissimulant derrière le battant ouvert et vit passer devant lui, une belle femme vêtue d'une courte robe noire et montée sur de hauts talons qui mettaient, en releif, sa cambrure. Il mit sa main sur les fesses de la femme et la poussa dans la chambre puis, il referma la porte et donna un tour de clé.
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Qu'est-ce qui vous prend ? Demanda la jeune personne en se tournant vivement vers lui. Ca va pas, non !
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Oh là, ça va ma petite ; on n'a pas le temps de jouer à ça. Viens là ; dit-il en lui saisissant l'avant bras et la tirant vers lui.
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Mais vous êtes fou ! Je viens pour faire la chambre !
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C'est ça, c'est ça ma poulette mais moi c'est une gâterie que je veux que tu fasses. Et il l'attira, des deux mains fermement posées sur les hanches.
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Mais, enfin je vous assure que je viens pour la chambre, dit-elle en se débattant et en essayant de le gifler.
Cette réaction inattendue et imprévisible le frappa comme un coup de semonce ; il la lâcha, interdit, se recula et, prenant conscience de son erreur, souriant pour rétablir la confiance, il essaya de prendre la femme par les épaules et commença à s'excuser avec cette morgue dont il a, en toute circonstance, du mal à se défaire. La jeune femme, choquée, prit ce mouvement de sympathie pour une nouvelle agression et elle se dégagea assez violemment, se cogna contre la table basse, courut à la porte, l'ouvrit, la franchit en se cognant au chambranle et se précipita dans le couloir en pleurant, devant un Sedeskan, honteux et fataliste.
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Va donc, espèce de gourde ! Prononça t-il à mi-voix en se détournant de la porte qui venait de claquer.
Puis, comme si cela n'importait pas plus que cela, il alla s'habiller en marmonnant sur la sottise des femmes, leur tendance à faire des histoires pour peu de choses mais, surtout, frustré, marri et déçu !
Il quitta le bungalow sans regret, la vie continuait, une longue journée l'attendait et cette pérpétie ne devait pas assombrir inutilement une journéee si radieuse.
Il ignorait, mâle sûr de lui, que l'incident allait se transformer, pour lui, en véritable drame.
Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existées est purement fortuite.