Drame américain.
L'actualité, ces jours-ci, alimentent la réflexion sur l'âme humaine.
Que de mesquineries, de petites phrases, de jugements hâtifs. Mais, aussi, quelles réflexions sur la justice américaine, les médias et la police de cette démocratie.
Que de marques d'amitié, que d'atermoiements pour l'inculpé présumé innocent mais dont les chefs d'accusation qui pèsent sur lui recouvrent des faits présumés de viol et d'agression sexuelle mais, aussi, quelle indifférence, voire quelle suspicion vis-à-vis de la victime présumée.
D'abord le drame humain. Dans l'état actuel de nos informations, largement diffusées par la police New-yorkaise, relayées, sans pudeur, par les médias du monde entier, commentés à foison par des quidams qui se prennent pour des juges, transformées en brèves de comptoir par une population avide de scandale, la victime présumée est bien une jeune femme qui officiait, dans un grand hôtel , comme femme de chambre ! Beaucoup semblent l'oublier, d'autres en ont déjà fait le sujet volontaire ou involontaire d'une manipulation ou d'un piège dans lequel devait tomber l'inculpé, plusieurs souhaitent déjà ausculter son passé pour y trouver, peut-être, des comportements douteux qui permettraient de la confondre.
Si, dans un mouvement naturel d'humanité, nous pouvons avoir une pensée pour la famille de l'inculpé, la décence voudrait que l'on en ait une, aussi, pour celle de la victime et on peut même considérer, si les faits sont avérés, que l'inculpé lui même eût été bien inspiré de penser aux deux avant d'exécuter son acte.
Certains se vantent d'aimer trop les femmes ; peut-on avancer l'idée non saugrenue, à mon sens, qu'à trop aimer les femmes, on en aime, bien, aucune ?
Pour autant, dans les commissariats de police américains n'y a-t-il pas un coin douche où un prévenu puisse se raser et se laver avant de comparaître devant une juge ? A t-on peur qu'on se suicide avec un rasoir jetable du baron Bich ? On sait que la police américaine met en scène les arrestations, les incarcérations, les interrogatoires des accusés. Les chaînes de télé privées complices en font leurs choux gras et leurs « lives » les plus dégradants mais, aussi, on sait que près de 90% des affaires de ce type se règlent par des arrangements à l'amiable contre espèces sonnantes et trébuchantes surtout si on est WASP. Le petit dealer ( M.Badinter disait, ce matin sur France Inter, qu'on avait traité DSK comme un vulgaire petit dealer ; cette comparaison est un peu choquante venant d'un ancien garde des Sceaux car le présumé violeur a t-il plus de droits que le présumé dealer?) a beaucoup plus de souci à se faire, surtout s'il est noir et petit. (dealer s'entend!)
La décence n'a pas empêché, déjà, quelques femmes et hommes politiques de sonner l'hallali et de participer à la curée ; l'un deux a même affirmé être au courant des turpitudes de l'inculpé ; que ne les a t-il dénoncées avant ? Cela donne une image bien falote du courage de certains de nos élus. Le FMI se sortira très bien de l'épreuve, de même que la France que d'aucuns voient déjà humiliée et que l'élection présidentielle de 2012 pour laquelle l'inculpé n'avait pas dit, encore officiellement, qu'elle l'intéressait !
Deux douzaines de jurés, choisis au hasard (mais combien de réfutés par les avocats de la défense et ceux de l'accusation?) vont décider, vendredi du sort de DSK.
Il faut simplement croire que le show américain ne va pas, encore un peu plus, faire souffrir les femmes et les hommes concernés par cette dramatique affaire pour faire du spectacle. Car, c'est le scénario le plus probable, on va tout faire pour démolir la jeune femme, tout tenter pour que triomphent les avocats même au détriment de l'honneur d'une femme et de la justice. Gageons que l'on va beaucoup parler argent et ce n'est pas là, le côté le plus joli de l'histoire, qui ne fait que commencer.
Le plus grave n'est-il pas le fait que la plus belle chose au monde, l'amour entre deux êtres, ne puisse être à l'abri des turpitudes d'une société déliquescente ?