Cantona 1 - Reste du Monde 0
Bettencourt, la fin du match vient d’être sifflée et les deux équipes ont partagé les points. Il y en eut pour dire que « cela n’aurait pas dû faire les grands titres » et d’autres que « les frais engagés par les instances chargées de faire respecter les règles pouvaient passer aux pertes et profits. »
Basta des comparaisons entre le sport et la vie publique, mais cela m’était inspiré par l’ « Appel Cantona », car, depuis quelques jours il y a une affaire Cantona ! Notons que l’on fit moins d’histoires lorsqu’un autre saltimbanque affirma, avec sa morgue habituelle et concernant les manifestants qui défilaient contre la réforme des retraites, « qu’au lieu de défiler dans la rue avec des pancartes, ces cons feraient mieux de travailler !»
Il est vrai que l'on ne touchait pas au sacro-saint fric mais que vilipender le gréviste est un divertissement qui divertit le bourgeois.
Deux réactions ministérielles et une d’une responsable politique prouvent que l’élite politique est bien inquiète, pas du tout sereine :
Madame Lagarde qui a autre chose à faire, crois-je, qu’à répondre à une « galléjade » de footballeur, s’est crue obligée de dire que le footballeur devait s’occuper de football et pas d’économie surtout, précise t-elle qu’il n’en maîtrise pas les mécanismes comme si, « au jour d’aujourd’hui », comme elle aime à utiliser ce pléonasme, elle les maîtrisait. Après nous avoir encouragé à prendre le vélo elle nous conseille de nous occuper de nos affaires : le footballeur de football, le retraité de ses pantoufles, le pauvre de sa misère, le riche de ses affaires et si chacun ne s’occupe que de soi, le monde ira beaucoup mieux !
Madame Bachelot, ministre de la cohésion sociale !! Elle a exhorté Eric (Cantona pas l’autre) à faire preuve de responsabilité et s’est empressée de dire sur une radio que ce sont les plus modestes qui morfleraient (morfleraient, elle a dit : morfleraient ; puis-je proposer à la ministre les expressions synonymes suivantes : les pauvres seraient sanctionnés, punis, châtiés, pénalisés…). Bien sûr, Eric, si le système bancaire est mis en difficulté, pauvre gourde, il va falloir que ce soient nous, encore nous, toujours nous qui le renflouions !!! Regarde ce qui s’est passé quand il s’est mis lui-même en difficulté (il n’a pas eu besoin de toi pour cela) c’est nous qui avons remboursé ses dettes, ses turpitudes et ses malversations ! Mme Bachelot l’a bien compris depuis l’histoire des vaccins H1N1 ! (Pas la peine de revenir là-dessus). Et je comprends qu’elle soit en colère « on voit bien ce qu’il se passe en Irlande. Si c’est de ça qu’on a envie, eh bien moi, j’en veux pas » (sic-pour les titulaires du certificat d’études primaires on dit : je n’en veux pas ndlr). Oserait-elle dire que ce dont elle ne veut pas, pour elle, c’est l’extrême rigueur que fait peser le gouvernement irlandais sous l’injonction du FMI sur la population qui n’en peut mais ? On en frémit d’avance, surtout si l’on se souvient des émoluments que touche un ministre au surplus titulaire d’une confortable retraite ! Cependant, dans un éclair de lucidité, elle note que « Une fois de plus, ce sont les plus modestes d'entre nous qui paieraient la facture d'un système bancaire ébranlé ! » Il eut été plus juste de dire « les plus pauvres d’entre vous » mais ne chicanons pas car voila un ministre qui avoue que nous paierions « une fois de plus » la facture !
Concernant l’exemple irlandais, alors là, bravo ! Il n’y a pas si longtemps madame Bachelot et tous ses copains, dont madame Lagarde, prenaient l’Irlande en exemple pour ses performances en matière de dynamisme économique en oubliant de dire que cela était dû, essentiellement, à un dumping éhonté qui promettait aux entreprises, qui s’installaient en Irlande, des conditions si avantageuses que même la Chine ne pouvait lutter à armes égales ! Malheureusement pour l’Irlande cela ne dura pas et il s’est trouvé une république de l’Est encore plus laxiste, on peut prédire son écroulement lorsque nos ministres l’auront suffisamment montée au pinacle.
Pour en terminer avec la pertinence de la ministre elle a précisé : « il fait de la pub pour les voitures, pour les rasoirs. Son épouse fait de la pub pour un système bancaire. Je trouve qu’il faut avoir un peu de responsabilité dans la vie quand on est justement un des chantres de la société de consommation. » Alors là, chapeau ! L’hôpital qui se fout de la charité !
Car, enfin, donner des leçons de responsabilité à Eric…Lui reprocher de travailler là où on lui donne du travail, signaler un peu bassement (il est vrai que les journalistes bien informés ont fait de même avec les fonctions qu’elle a confiées à son fils dans son ministère) que son épouse faisait de la pub pour LCL (ex Crédit Lyonnais que nos impôts ont contribué à renflouer puis que nos élus ont privatisé), est-ce bien responsable ?
Madame Martine Aubry, perdant ainsi, une fois encore, une bonne occasion de se taire a déclaré, en parlant de Canto : «à l'évidence, sa réponse n'est pas la bonne. Je dirais même qu'il marquerait vraiment un but contre son camp, contre la France, contre nous tous en réalisant cela !»
Canto n’a pas de camp ou bien s’il en a un c’est celui de la révolution et là, on voit mal comment on peut dire qu’il marque un but contre son camp alors qu’il mettrait le but décisif ; et puis un but contre la France ? Où a-t-elle pris que marquer contre les banques c’est marquer contre la France ? Le Crédit Agricole est exposé à hauteur de 850 millions d’euros à la dette de l’Etat Grec par l’intermédiaire d’une filiale grecque et non française, Emporiki, responsable pour 600 millions ! Heureusement que le CA est une des banques la mieux placée en vertu de ses fonds propres mais les rachats de filiales étrangères n’est pas une garantie pour le contribuable et le citoyen français.
C’est pour ce genre d’opération que l’eurodéputé Pascal Canfin d’ « Europe Ecologie-les Verts et le « collectif Sauvons les riches » en soutien à l’Appel Cantona proposent que l’on retire l’argent des banques qui ne respectent pas l’éthique et de citer le Crédit Agricole, la BNP et la Société Générale pour le placer à la Banque Postale, au Crédit Coopératif et à la Nouvelle économie fraternelle (Nef) qui sont des établissements à l’ « engagement éthique et responsable ».
En me relisant je constate que je viens de produire deux articles sur le mode ironique, je le déplore mais « Point d’injures, beaucoup d’ironie et de gaieté ; les injures révoltent, l’ironie fait rentrer les gens en eux-mêmes, la gaieté désarme » disait, en son temps, Voltaire, les trois sont, « au jour d’aujourd’hui » encore vraies, m’absolvent et me dédouanent.
CL