Rue Solférino!
Il y a à Paris une adresse fâcheuse, pourtant les locaux sont vastes et très logeable pour les éléphants ? Les éléphants dites-vous ? Feriez-vous allusion au zoo de Vincennes ? Que nenni, puisque de la rue Solférino, il s’agit ! Une adresse malsaine et de fâcheux renom.
Dans le tumulte de la vie, on y entendit des cliquetis d’armes que l’on aiguise et, si l’on y prête une oreille un tant soit peu attentive on y perçoit des murmures, des énigmes, des dessous peu avouables.
Le tumulte semble venir de loin. Peut-on dire que dès 1920, au congrès de Tours la scission entérinait l’idée que ce parti ne pouvait marcher que de scissions en ruptures, de rassemblements en fédérations, d’alliances en trahisons, de motions en synthèses, d’amendements en pataquès, d’insultes en mépris. Pourtant l’idée était belle, les objectifs humanistes, les envies émancipatrices, les luttes pour le progrès, la démarche pour l’intérêt général, le réformisme révolutionnaire, les Droits de l’homme respectés (remarquez que j’écris HOMME avec un petit H, signifiant ainsi que ceux de la Femme ne sont pas l’apanage des partisans qui n’hésitent pas à saboter la candidature de l’une des leurs et de la déconsidérer d’une manière honteuse), mais n’allons pas refaire l’histoire, seul le présent nous importe et l’avenir, sans doute.
Aussi les habitants de ces locaux qui n’en sont que des occupants à titre précaire passaient-ils des nuits affreuses et sans sommeil et le manque de sommeil provoquait des rancoeurs et comme la maladie s’aggravait, le malade était proche de la mort. Pendant un temps, l’un d’eux patelin, parvint par ruse, à mettre un peu d’ordre dans la maison mais à sa mort il laissait les locaux en bien mauvais état. Le temps de se refaire une santé sur le dos de l’occupant de l’Elysée qui n’en pouvait mais et, de la porte cochère sortit une belle et volontaire jeune femme. Comme la petite chèvre de Mr Seguin, elle dut se battre toute seule contre les loups car, elle eut à faire à une meute dans laquelle elle ne pouvait faire la différence entre les vrais loups et les faux, tous unis pour la manger.
Elle dut laisser la place mais en ayant bien combattu.
L’adresse était libre et sur la façade une pancarte trônait avec cette inscription « à louer, ou à vendre » !
Arrive de Washington, en Amérique, un homme replet, imbu dirait-on dans certains cercles qu’il fréquente et le microcosme s’agite, et le panier crabite ! (Pardon pour ce néologisme mais ce bruit que j’entends me fait grincer des dents comme la craie sur le tableau noir ou le couteau d’acier sur la porcelaine.) C’est un homme important, très important puisqu’on l’imagine dictant, au monde entier, surtout aux pauvres du monde entier, la liste de leurs courses et n’hésitant pas à supprimer de la liste des denrées de première nécessité, qui est bien coiffé, bien rasé, bien soigné et toujours souriant ; j’oserais dire, pour peu que je le connaisse un petit peu mieux, qu’il est toujours de bonne humeur ; il faut dire, et ma grand-mère avec moi, qu’il a une belle situation, une trrrès belle situation.
Il s’enquiert du prix dont la modicité l’étonne, il se renseigne, il hésite, il ne se prononce pas ; mieux, il envoie ses lieutenants qui visitent et qui expriment des réserves ! On entend qu’il loue ou qu’il achète ; certains de ses proches ont des vues sur la chambre du premier, celle qui donne sur les affaires étrangères, d’autres pensent qu’ils seraient mieux au bureau d’à côté d’où ils pourraient mieux s’occuper de la trésorerie, certains envisagent déjà de changer la décoration et font les expositions, chacun va où le vent le pousse en priant de ne pas se tromper de ris.
Il demande enfin qu’on lui dresse un lit de camp dans un coin d’une pièce car on ne sait jamais ! Il décide de passer une nuit sur place mais il ne souhaite pas s’installer maintenant car une occupation plus importante l’attend aux Amériques et il a une belle maison à Marrakech ! La concierge des lieux, travailleuse émigrée, volontaire mais peu portée comme son père à s’occuper de l’immeuble et se contentant de la loge s’occupera des affaires courantes ; il peut dormir sur ses deux oreilles et continuer d’affamer les peuples.
D’abord règne le silence, les bruits de fond sont étouffés mais soudain c’est le fracas ; il s’approche et grandit et rien ne pourra plus l’arrêter, l’empêcher. C’est la Président de Poitou-Charentes qui passe ; elle ne le voit pas, allongé sur son petit lit, peu lui importe qu’il se lève sur son passage ou qu’il reste couché, elle vient signer le bail et elle, elle a envie de prendre possession des lieux. Elle a une légitimité, celle que lui confère le fait d’avoir déjà combattu, d’avoir résisté à la horde, d’en vouloir encore, de remettre l’ouvrage sur le métier.
La pauvre petite chose fragile ne se laisse pas impressionner par ces vieux décharnés, par ces jeunes impolis, ces jaloux chroniques, ces politiciens d’opérette. Dans le chemin qu’elle trace depuis quelques années, l’expérience qu’elle additionne et la compétence qu’elle empile ne peuvent rester sans suite. Parmi les co-locataires beaucoup leur seront utiles, le petit Montebourg qui veut changer de république, des hommes et des femmes qui sauront la rejoindre et peut être même le petit homme trapu trouvera sa place mais il n’est pas indispensable.
CL