Cinéma et télévision : la Rafle de R.Bosch
Les 16 et 17 juillet 1942, 13152 juifs dont 4115 enfants furent arrêtés par la police française en réponse à des accords passés entre le gouvernement de Vichy conduit par Pierre Laval et Karl Oberg, chef des SS et de la police allemande.
Paris, le 13 Juillet 1942
Circulaire n° 173-42
À Messieurs les Commissaires Divisionnaires, Commissaires de Voie
Publique et des Circonscriptions de Banlieue.
[...] Les Autorités Occupantes ont décidé l’arrestation et le rassemblement d’un certain nombre de juifs étrangers. La mesure dont il s’agit ne concerne que les juifs des nationalités suivantes : – Allemands,Autrichiens, Polonais, Tchécoslovaques, Russes (réfugiés ou soviétiques, c’est-à-dire “blancs” ou “rouges”), Apatrides, c’est-à-dire de nationalité indéterminée.
Elle concerne tous les juifs des nationalités ci-dessus, quel que soit leur sexe, pourvu qu’ils soient âgés de 16 à 60 ans (les femmes de 16 à 55 ans).
Les enfants de moins de 16 ans seront emmenés en même temps que les parents
[souligné par nous].
Le 4 octobre 1940, Philippe Pétain avait déjà pris un arrêté qui précisait : « Article 1°-Les ressortissants étrangers, de race juive, pourront, à dater de la promulgation de la présente loi, être internés dans des camps spéciaux… »
C’est René Bousquet, secrétaire général à la Police de Vichy qui est le responsable de l’opération baptisée du nom de code « Vent printanier » qui cible, pour la première fois, les enfants de moins de 16 ans car, jusqu’alors, les Allemands ne tenaient pas à inclure les enfants dans les convois vers Auschwitz de peur que leur déportation fit comprendre que le but du voyage n’était pas les camps de travail comme annoncé.
Un rapport adressé à Philippe Pétain sur les déportations de la zone non occupée exprime le regret qu’un certain démembrement des familles ait eu lieu, mais fait observer que “devant l’émotion produite partout par cette mesure, le président du Conseil du gouvernement, Pierre Laval, demanda et obtint que les enfants ne seraient pas séparés. Aussi, dans les arrestations de la zone non occupée, les enfants ont-ils suivi leurs parents”. Pétain qui est soucieux de montrer sa grande empathie pour La Famille, ne souhaite pas que la séparation des enfants et des parents se fasse au vu et au su de tout le monde.
Le comble, c’est la réaction de l’opinion internationale, qui ne s’offusque pas des déportations de juifs adultes mais qui se propose, comme le dictateur de la République dominicaine, R.Trujillo, d’accueillir 3500 enfants dans son pays. Le gouvernement canadien exprime, lui aussi, sa préoccupation de même que des associations de secours américaines qui, par l’intermédiaire de la femme de l’ambassadeur de France à Madrid, sollicite une démarche auprès de madame Laval. Tout ce beau monde semble se préoccuper du sort des enfants de déportés juifs.
« Il faut se séparer des Juifs en bloc et ne pas garder de petits. » Phrase de Robert Brasillach, un des « penseurs » de Vichy.
C’est sur cette histoire que Rose Bosch revient avec son film « La Rafle » qui sortira en salle le 10 mars. « Ambitieux et courageux, maladroit et déconcertant, le film a d’indéniables qualités et de trop nombreuses faiblesses » précise Danièle Heymann qui avait 9 ans en 1942, l’âge de beaucoup de ces enfants qui ne sont pas revenus des camps de la mort.
En 1995, dans une émission de télévision aujourd’hui disparue: “La Marche du Siècle”, un vieil homme, Joseph Weismann, témoigne. Soudain, sa voix se brise. “Si quelqu’un ose un jour faire un film sur ce qui nous est arrivé...” Puis il se reprend. “Non, je ne crois pas. Je ne pense pas que quelqu’un osera un jour”....2009 -Nous faisons un film sur la Rafle du Vel d’Hiv. Du point de vue de Joseph Weismann, qui avait dix ans à l’époque, tous les personnages du film ont existé, tous les évènements ont bien eu lieu. (Première.fr).
VIDEO - La Rafle du Vel d’hiv’ : Soirée spéciale mardi 9 mars sur France 2
La Rafle le 10 mars prochain. Pour l’occasion la réalisatrice se rend sur les plateaux de télévision accompagnée de toute l’équipe du film. Plus que la promotion du long-métrage, elle commémore le tragique événement de 1942, la Rafle du Vel d’hiv. Marie Drucker l’accueillera mardi 9 mars prochain à 20h35 sur France 2.
Rose Bosch sera l’invitée principale de l’émission. En effet, la réalisatrice viendra présenter son nouveau film La Rafle dont la sortie en salle est prévue pour le 10 mars.
Parmi les invités, Max Gallo, historien, Joseph Weismann et Anna Traube deux survivants de la rafle dont le film retrace l’histoire. Leur présence est donc la plus attendue aux cotés de Marie Drucker.
Klarsfeld, avocat, conseiller historique du film. Il est connu pour avoir mené devant les tribunaux Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon.
A noter aussi les interventions des historiens Renée Poznanski et Denis Peschanski. Les Muller, arrêtés puis internés à Beaune-la-Rolande et Drancy, Maurice Rajfus, arrêté le 16 juillet 1942, devenu historien du Vel d’Hiv, Adolfo Kaminsky, interné à Drancy en 1943, résistant, Jean-Louis Crémieux-Brilhacest connu pour avoir été informateur depuis Londres à destination de la France à partir de 1942 et enfin, Boris Cyrulnik arrêté lors d’une rafle à Bordeaux.
Christian Laurans.