Conflits d'intérêts...La lèpre démocratique.
Dans une introduction en forme de réquisitoire, Martin Hirsch liste quelques « anomalies » bien françaises sur les conflits d’intérêts dont certains de nos élus profitent en toute légitimité, hors ceux dont ils abusent en toute illégalité ; j’apprends qu’un député peut exercer la profession d’avocat d’affaires, qu’il ne peut pas diriger une entreprise dont l’activité dépend des commandes del’Etat sauf s’il le fait par le biais d’une holding dont les filiales travaillent pour l’Etat, qu’il peut travailler comme conseil d’entreprise et que rien n’est prévu pour l’empêcher de déposer des amendements qui peuvent favoriser la dite entreprise, qu’il n’a pas obligation de déclarer les cadeaux qu’il reçoit lorsqu’ils dépassent un certain montant , qu’il n’est pas tenu de déclarer des intérêts qui peuvent entrer en conflit avec l’exercice de ses responsabilités parlementaires et qu’il n’a aucun compte à rendre sur son patrimoine et sur son enrichissement pendant son mandat ; ce qui donne une idée assez juste des possibilités qui lui sont offertes par l’absence de rigueur légale dont notre pays est un des meilleurs exemples au contraire des Etats-Unis, de l’Allemagne ou de la Grande-Bretagne, beaucoup plus rigoureux ; bien entendu, chez nous la confiance règne et nos parlementaires ne sont heureusement pas tous à ranger dans le même sac !
Cependant après les affaires du sang contaminé, de l’amiante, de l’hormone de croissance, de la tempête Xinthia et, en pleine affaire Woerth-Bettencourt, on comprend la portée de l’intervention du Président de la République du 12 juillet 2010 qui disait qu’il « était très attentif aux propositions des uns et des autres sur la question des conflits d’intérêts » il continuait par « je demanderai à une commission (super NDLR) de réfléchir DES LA SEMAINE PROCHAINE (attention les yeux NDLR) à la façon… » Bla, bla, bla, bla, blaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa et de préciser, enfin, que cela « ne devrait pas concerner que les ministres mais les parlementaires et POURQUOI PAS (attention ça va barder NDLR) telle ou telle personne qui exerce une responsabilité » (même les responsables bénévoles d’associations ? NDLR)
Les affaires précitées peuvent conduire à la mort des victimes. Je sais la rhétorique utilisée pour discréditer ceux qui s’émeuvent de situations qui conduisent à se mal comporter dès que l’on a des responsabilités et une once de pouvoir : on les traite de populistes, de démagogues, de voyeurs, on les menace de faire le lit de l’extrême droite et peut être même qu’on les soupçonne, tant on voit les autres comme on est, de ne pas être aussi blancs qu’ils le disent. L’autre traitement déstabilisateur consiste, et je l’ai entendu dans la bouche d’hommes politiques haut placés, à développer l’idée que de vouloir trop faire dans la transparence on prend le risque de se retrouver dans une république du soupçon. Plus grave, Mr BH Lévy n’a-t-il pas soupçonné, lors d’une émission télé et à mots couverts, Mr Mélenchon d’avoir un discours fasciste sous le prétexte que le titre de son dernier livre était « Allez vous-en …tous ! » alors qu’il visait les élus au pouvoir ? N’a-t-on pas entendu des ministres et leurs aboyeurs professionnels hurler au complot de journalistes qui dénoncent les affaires ? Il semblerait donc que ce sont les fautifs qui sont les victimes et qu’il faudrait les ménager ! En France, il semblerait que l’homo politicus soit honnête par définition, qu’en quelque sorte l’honneur lui soit inné et que le soupçonner confine au délit de faciès et pourtant, il n’est qu’à voir les rapports qu’il a avec l’argent, comment il protège sa feuille de paye ou les montants de ses rémunérations, comment il s’étrangle de colère quand on a l’impudeur de mettre en cause leur honnêteté ! Lisez « Pour en finir avec les conflits d’intérêts » de Martin Hirsch pour être édifiés ; la réaction des Coppé et Longuet s’explique aisément.
Il faudrait croire sur parole des individus qui ont fait la preuve, souvent, de leur indélicatesse ; n’y a-t-il pas beaucoup de Français capables de réélire avec des majorités confortables des gens qui ont été condamné pour malversations par la justice de leur pays.
On aura eu la preuve manifeste de tout cela avec l’affaire Woerth, un homme doté par le pouvoir exécutif de grandes responsabilités. Voilà un ministre du budget qui accepte d’être trésorier de son parti politique et qui est chargé de faire entrer des fonds et qui utilise les micro partis pour détourner la loi sur le financement des partis politiques grâce à la participation de personnes fortunées pour financer son parti, qui n’est pas interpellé, dans le meilleur des cas, que son épouse soit employée par la plus grande fortune de France pour gérer ses biens, et qui trouve, pour toute défense à ces bizarreries, l’argument massue de son honnêteté !
Il reste que dans les affaires du sang contaminé, de l’amiante, de l’hormone de croissance, de la tempête Xinthia il y a eu des morts !
Toutes ces affaires ont, à la base, des conflits d’intérêts. Pour aller vite dans le cas du sang contaminé comme dans les autres, les responsables savaient que leur comportement pouvait entraîner la mort de citoyens mais leur intérêt particulier est passé avant la défense de l’intérêt général.
En conclusion, je reprendrai l’exemple de Mr Hirsch sur l’arbitre du match de football. Dans ce monde assez corrompu, qui accepterai que l’arbitre du match France-Allemagne soit Allemand ou Français ? Mais c’est du football, c’est donc sérieux !!! Plus que la politique ? Non !
CL