Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Démocratie en Libye ? Pas tout de suite ...

31 Août 2011 , Rédigé par C

La "révolution" en Libye prend des libertés avec la justice  telle que nous la concevons depuis des siècles et, pour le moins depuis le retentissant tribunal, sous juridiction militaire, qui jugea les criminels au procès de Nuremberg où les vingt-quatre responsables nazis étaient accusés de crime contre la paix, crime de guerre et crime contre l'humanité et, plus récemment avec la création du TPI pour la Yougoslavie et le Rwanda.

 

Aujourd'hui, de hauts responsables du Conseil National de Transition ont déclaré, faisant référence à la fuite présumée de Kadhafi " s'il ne se rend pas, c'est notre droit de le tuer".

Ahmad Darrar, chargé des Affaires Intérieures, un ministre de l'intérieur en somme, a explicité l'argument de cette façon " il nous tue, c'est un hors-la-loi. Partout dans le monde si un criminel ne se rend pas, il est du droit de ceux qui font respecter la loi de le tuer".

Les rats, en Libye, ont changé de camp et de drapeau.  Car s'il y a quelques jours, le Guide traitait les révoltés de rats, c'est au tour d'Ali Tarhuni, haut responsable du CNT de déclarer que Kadhafi "courait d'égout en égout".

 

Cela rappelle fâcheusement le simulacre de procès de Saddam Hussein, l'exécution de Ben Laden et inaugure mal du pouvoir qui risque de se mettre en place en Libye. C'est vrai que de nombreux transfuges qui hier, servaient avec diligence et empressement leur colonel et qui, aujourd'hui font partie du nouveau pouvoir qui se met en place, ont tout à craindre d'un procès juste et équitable.

 

Sommes-nous si éloignés du moment où les responsables politiques de la nouvelle Libye, qui ont déjà précisé à maintes reprises qu'ils ne voulaient pas d'intervention étrangère sur leur sol, nous accuseront d'avoir porté la guerre sur leur sol ?

 

Concernant cette notion de droit de tuer, c'est une négation de l'obligation qu'ont les sociétés civilisées de juger si un homme est coupable avant de le condamner. "La notion d'obligation prime celle de droit qui lui est subordonnée et relative." Le droit de tuer n'est pas la propriété de celui qui le possède, pas plus que celui d'une société développée. Toutes les démocraties qui se respectent ont aboli la peine de mort et le droit de tuer n'est plus reconnu par elles, ce qui signifie qu'il n'est plus rien, rien qu'un crime.

 

Il est vrai que la notion de droit est objective, elle est conditionnée par des états de faits et des situations particulières. L'état de guerre est une de ces situations. Un des problèmes est de chercher comment faire pour que les citoyens et à fortiori ceux qui les représentent n'aient pas le droit de désobéir aux lois humanistes qui prévalent dans toute démocratie moderne ; l'idée est d'obliger les dirigeants d'un pays qui veulent se démarquer d'une dictature qui les a oppressés d'être moralement obligés de ne pas reproduire les mêmes horreurs que celles contre lesquelles ils se sont élevées.

 

Si nous avions encore Mme Alliot-Marie  garde des sceaux, elle pourrait proposer aux membres du CNT de leur envoyer une aide psychologique ou philosophique, sauf si la place est déjà prise par BHL, dont la réaction à de tels propos ne peut qu'être intéressante. De même, Mr Juppé toujours prompt à se gargariser des victoires quotidiennes de la démocratie, de la France et de Sarkozy en Libye, serait bien inspiré de montrer rapidement sa détermination à demander, pour Kadhafi, un procès, pour éviter un règlement de compte qui ternirait l'intervention de l'ONU, de l'Otan et de tous ceux qui se sont mobilisés pour que le dictateur quitte un trône usé jusqu'à la trame et qu'il a transporté jusque dans la cour du palais de l'Elysée – c'était il n'y a pas si longtemps !

 

 

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article