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Des ministres de l'éducation nationale mais pas de grand projet pour l'école

28 Septembre 2011 , Rédigé par C

 Un ministre de l’Éducation Nationale en un demi siècle, c'est un ministre tous les vingt-deux mois !

Et après cela étonnons-nous que l'école n'aille pas si bien que ça.

J'ai connu la valse des ministres puisque, pendant ma carrière, je l'ai commencée sous le ministre Fouchet Christian qui est resté cinq ans ministre - un record et terminée, dix-sept ministres après sous Allègre Claude. La moyenne est respectée !

 

Fouchet instaure la carte scolaire avant de devenir ministre de l'intérieur - l'éducation nationale mène à l'intérieur !

  

Peyrefitte Alain, ministre de la censure au ministère de l'information, il sera viré par les événements de mai 68.

  

Pompidou Georges, ministre intérimaire succédant à Peyrefitte, il négocie avec les syndicats les accords de Grenelle.

  

Ortoli François-Xavier est encore plus rapide, il occupe le siège éjectable, un mois et demi .

 

Faure Edgar, sa loi d'orientation sans concertation prend en compte quelques revendications des syndicats sur la participation de la gestion des établissements et la promotion de l'interdisciplinarité ; deux mesures bidons qui ne changent pas la vie scolaire mais qui piègent tout le monde. Il reporte l'étude du latin de la sixième à la quatrième : c'est sa façon de donner des gages à ceux qui pensent l'éducation nationale trop élitiste.

  

Guichard Olivier. Le seul souvenir que j'ai de lui c'est une silhouette massive sortant du rectorat d'Aix en Provence sous les huées des enseignants qui manifestent pour s'engouffrer dans une limousine noire.

 

Fontanet Joseph va, de ministère en ministère, atterrir dans celui de l'éducation nationale où il ira de sa petite réforme. Mal lui en prit, il met les lycéens dans la rue et doit céder sa place à :

  

Haby René. Présenté par Giscard d'Estaing comme un technicien de l'éducation (aïe, aïe), recteur, il est nommé ministre sous trois gouvernements pendant quatre ans. Il met en place le Collège Unique ! Il devait accueillir, dans un même établissement, tous les élèves de la 6° à la 3° pour leur offrir un enseignement identique afin de démocratiser l'accès aux connaissances.

S'il a fait progresser le niveau moyen, il n'a pas réussi à gommer les différences et a continué à respecter la hiérarchie sociale. Après l'échec de Fouchet et de ses classes d'observation, la massification et l'hétérogénéité du corps scolaire a entravé ces objectifs et le collège unique ne peut pas être considéré comme une victoire démocratique de l'enseignement en France. Comme le dira Bayrou, quelques années plus tard, le collège n'est pas unique, il est uniforme.

  

Beullac Christian, venant de l'entreprise il ouvre l'école sur l'entreprise sans préparation. Il réforme la formation des instituteurs et initie les Projets d'Action Éducative sans donner les moyens de les mettre en place, faisant confiance à la débrouillardise, parfois à des sponsors non dénués d'objectifs commerciaux.

 

Savary Alain, premier ministre de la gauche élue en 1981. Il allume ou rallume la guerre entre école publique et école privée dite libre. Avec la circulaire Savary, il organise les enseignements des langues et des cultures régionales. Il s'en ira avec le tournant à droite de Mitterrand.

  

Chevènement Jean-Pierre, se distingue en rétablissant l'enseignement de l'éducation civique abandonnée officiellement depuis 1968 mais toujours enseignée par les instituteurs sérieux et qui n'ont pas l'habitude de se jeter à l'aveuglette sur les circulaires ministérielles comme la grenouille de bénitier sur son missel.

C'est fini pour un ministre de gauche rue de Grenelle (5ans).

  

La cohabitation conduit Monory René au ministère pour deux ans, le temps de se mettre à dos les étudiants par la réforme avortée de son ministre délégué Devaquet. les manifestations sont marquées par la mort d'un étudiant tué sous les coups de"voltigeurs",

flics anti manifs. Son projet de Maître Directeur pour créer une hiérarchie dans l'enseignement primaire fait des remous.

 

Après la réélection de Mitterrand, c'est Jospin Lionel qui s'y colle. Il fait des réformes : le plan Universités 2000, la loi qui porte son nom et qui réforme la formation des enseignants Lang Jack lui succède. Il calme le jeu et le feu allumé par Jospin. Il a de bonnes idées, il est adroit et à la mode mais ses arrangements entre amis avec l'enseignement catholique ne peuvent pas être mis à son actif.

 

Une nouvelle cohabitation envoie Bayrou François au ministère. Il réforme la loi Falloux, propose de financer l'enseignement privé et met un million d'enseignants du public dans la rue. Son projet est rejeté pour inconstitutionnalité. Il conduit une réforme du collège, réforme les études supérieures (semestre d'orientation en première année, création d’universités de professionnalisation technologique), met en place le baccalauréat actuel (filières S, ES, L, STT, STL et STI), introduit les langues vivantes à l’école primaire sans former les instituteurs et sans donner la possibilité aux directeurs d'organiser cette initiation.

Revient la gauche et arrive Allègre Claude. Il a de bonnes idées et une méthode méprisante. Ses prises de parole mobilisent enseignants et étudiants car elles sont provocatrices et son action est autoritaire.

Exit Allègre, revoilà Jack Lang, mais j'ai pris ma retraite.

 

Pas un ministre de l'éducation nationale n'a eu un vrai projet pour l'école. Chacun a voulu faire sa réformette et laisser son nom. C'est le drame de l'école française : manque de compétences, gourous, essais avortés, provocations gratuites, lois contradictoires mais aucune vision, aucun grand débat. Du bricolage tous les deux ans, aucune cohérence, pas de vision d'avenir sinon des annonces tonitruantes genre "80% des lycéens doivent avoir leur baccalauréat ce qui conduit à dévaluer l'examen et à faire prendre des vessies pour des lanternes.
Beaucoup d'enfants sacrifiés, d'enseignants découragés, de parents déçus.

 

Et croyez-vous que ça change avec mr Chatel ? Des coups de pub, de la com mais toujours un manque de cohérence et d'intelligence.

 

 

 

 

 

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