Devoirs de ...vacances.
Le monde est dominé démographiquement par l'Asie. La démocratie et le marché tentent de conquérir la planète, les technologies révolutionnent la production d'énergie, d'objets, les communications. Nul ne sait si les marchés sont à la veille d'une vague de croissance ou au paroxysme de leurs contradictions. Les inégalités sont considérables entre les riches, les puissants et les pauvres ; des groupes de pression, parfois violents, voire désespérés s'opposent à la mondialisation des marchés et à la démocratie. Des gens espèrent une vie plus fraternelle, le capitalisme règne en maître, pèse sur le coût du travail, modèle l'organisation du monde.
C'est la description de la société du XIX° siècle que décrit Attali dans son Karl Marx ou l'Esprit du monde mais cela pourrait être le constat de ce début de XXI° siècle à une nuance, importante près, c'est que la Terre depuis, s'est considérablement appauvrie en énergies renouvelables, qu'elle est sous la menace d'un réchauffement qui met en péril de grandes zones de peuplement, que le nucléaire et sa technique morbide essaime et que la recherche du bonheur pour tous n'a pas effacé les frontières de l'égoïsme.
Dès l'industrialisation, au XIX°, la quantité de travail donne toute sa valeur à la marchandise produite. La quantité travail devient elle-même une marchandise que le capitaliste achète. L'achetant à un prix décidé par lui, il la paye au travailleur en fixant les règles qui sont de veiller à ce que celui-ci puisse se nourrir, se vêtir, se reproduire suffisamment bien pour continuer à produire, à augmenter sa quantité de travail, sa performance et ceci, le plus longtemps possible.
Si le travailleur "usine" pendant huit heures un produit et que deux heures suffisent à financer l'estimation que le capitaliste a faite du "pack vital" (je répète : nourriture, satisfaction des besoins matériels minimale, reproduction c'est-à-dire capacité à élever ses enfants) les six heures qui restent sont une plus-value que le capitaliste encaisse, à charge à lui et à son bon vouloir d'en redistribuer une partie (C'est le paternalisme qu'a su si bien promouvoir Boussac dans l'industrie textile) qui entamera, mais pas trop, son bénéfice et embellira son aura.
Le capitaliste a donc tout intérêt à faire travailler plus longtemps et c'est la véritable fonction de l'allongement de la durée de travail décidée par le gouvernement avec l'âge de la retraite qui ne cessera de reculer.
Augmenter le rendement, en revanche, est affaire d'organisation du travail. Historiquement cela a mené à la division du travail, au travail à la chaîne et à l'utilisation de la machine, non pas comme outil d'émancipation mais comme organe d'esclavage.
Puis la concurrence des marchés, l'obligation pour une entreprise de grandir ont nécessité des investissements lourds qui conduisent à des phénomènes de concentration, d'OPA, de monopoles.
Les petites entreprises sont absorbées par les grandes qui pratiquent le dumping, la délocalisation et dégagent des marges de manœuvres plus grandes du fait de la garantie patrimoniale que leur confèrent leurs tailles face aux investisseurs.
La conséquence est un appauvrissement des classes moyennes. Marx pensait que la classe moyenne rejoindrait un prolétariat qui s'accroîtrait de plus en plus à mesure que sa déchéance augmenterait. Nous y sommes.
Le capital est concentré dans les mains de quelques-uns dont la puissance est basée sur le vol de la valeur travail : le nombre d'heures équivalentes au "pack survie" (nouvelle définition du pack vital) diminue sans cesse dans une culture du profit maximum au détriment des conditions de travail. On constate la baisse de qualité des produits et, le libéralisme passant par là, les bénéfices n'étant plus investis, les maîtres ne voulant plus assurer la subsistance de leurs esclaves ou ne le pouvant plus pendant les crises où leur seul objectif est de conserver leur niveau de vie, ils s'en remettent à la charité officielle ou privée. Alors fleurissent des multitudes d'ONG, d'initiatives caritatives et l'acceptation d'un volant de chômeurs entretenu par les finances publiques.
Marx pensait qu'un jour viendrait où l'immense armée des opprimés indignés se retrouverait devant la poignée de maîtres indignes et ce jour-là serait le jour de la révolution ; "La ruine de la bourgeoisie et la victoire du prolétariat sont également inévitables".
Mais aujourd'hui, à la masse toujours plus importante des exclus, s'ajoutent la pénurie des matières fossiles, les problèmes de l'exploitation de l'énergie nucléaire. Nous sommes loin de l'invention de la machine à vapeur et nous voici tombés dans le règne de l'obsolescence programmée pour renouveler des marchés et débloquer, par le gaspillage, les échanges de biens de première consommation.
La prophétie de Marx est que l'avenir ne peut être que révolutionnaire puisque l'économie l'est. Le libéralisme est en train de détruire la société capitaliste comme chaque crise de société a détruit la société précédente arrivée au summum de ses antagonismes.
Qui peut croire que la théorie de Marx puisse résister longtemps encore à tous les maux qui frappent, pour la première fois de son histoire la société humaine ?
La réalité, pensait-il – ou bien c'est Camus qui l'écrivait dans "L'homme révolté",- est un perpétuel devenir scandé par le choc fécond d'antagonismes résolus chaque fois dans une synthèse supérieure qui, elle-même, suscite son contraire et fait de nouveau avancer l'histoire.
Cependant ce que Jaspers disait, je le fais mien :"C'est une pensée chrétienne que de considérer l'histoire des hommes comme strictement unique". L'homme se bat toute sa vie pour gagner son salut mais depuis qu'il a été chassé du paradis terrestre il a oublié de vivre avec la nature et s'en repaît, l'use, et cela débouchera inévitablement sur son châtiment et qu'importe le sacrifice des hommes de bonne volonté s'il ne doit pas servir au salut de l'humanité toute entière.