Election, corruption, révolution.
Le personnel politique est condamné à échouer. Le personnel technocratique, sensé prendre la relève, est condamné à échouer. Le peuple est condamné à voter pour les premiers et à supporter les seconds. Il serait temps de mettre un terme à cet imbroglio en faisant la révolution des esprits et, en premier lieu, se persuader que la machine à broyer les peuples peut s’enrayer et être remplacée par une vraie démocratie. La Suisse, qui n’est pas un pays exemplaire à tous les points de vue, montre l’exemple d’une démocratie plus accessible à tout un chacun en organisant aux différents niveaux de la société, des referendums sur des questions qui ne nécessitent pas des tonnes de règles mais l’avis de tous ceux que ça intéresse. Pour verrouiller un système et canaliser les idées quoi de mieux qu’un répertoire de lois, de règles qui s’entassent, se contredisent, s’oublient, se retrouvent ? Pendant que certains passent le temps à édicter des règlements et les modifier d’autres passent le leur à les contourner, les déformer, les dévier, les débaucher, en supprimer toute substance.
Je suis atterré, au soir de chaque élection, de voir tous les politiciens de droite comme de gauche se lamenter sur le taux de l’abstention et pleurer toutes les larmes de leur corps tant il est vrai que cela leur renvoi une image peu respectable de l’audience qu’ils suscitent malgré leurs contorsions de campagne et les sommes souvent très importantes dépensées pour un si piètre résultat. Je ne parle pas ici des élus communaux mais dès que nous abordons l’échelon départemental, régional et à fortiori national les sommes dépensées peuvent être colossales et son corolaire désastreux : il s’agit bien sûr de la corruption. Tout homme politique qui fait financer sa campagne électorale est, au bout du compte, prisonnier des financiers qui ont permis son élection. Toute campagne électorale est un blanc seing donné au fournisseur de moyens qui a barre sur l’élu et qui demande le retour sur investissement. Les « affaires » qui ont jalonné la vie « démocratique » de ces cinquante dernières années l’ont largement montré.
Pour moi cela a commencé avec la condamnation du maire de ma commune à deux ans de prison avec sursis pour recel de biens sociaux en 1983, avec sa nomination de directeur de cabinet de sa femme élue maire en 2001 et enfin, dirais-je, poussé à la retraite en 2008 quand même, suite à l’annulation de son contrat par le tribunal administratif de Marseille pour rémunération excessive. (Que les esprits chagrins se rassurent, il reste le conseiller politique de madame le Maire.) D’autres maires on suivi, des députés, des ministres. Suffisamment pour que l’on se pose la question de base qui pourrait se libeller ainsi : La démocratie moderne, celle qui s’impose – car qui, aujourd’hui pourrait se permettre de critiquer le système de l’élection sans passer pour un anarchiste ou pire – doit-elle nécessairement être le jouet, la victime de la corruption ?
L’arrivée au pouvoir en Italie d’un « employé » des banques, le dictat à Chypre de la troïka à la solde de la finance mondiale, la corruption des hommes politiques et des banquiers chypriotes, les tricheries des élus grecs, les mains liés par le financement exorbitant de sa réélection du leader, que l’on avait espéré charismatique, du plus grand état fédéral du monde sont autant de preuves sinon d’interrogations sur la vérité démocratique des états modernes.
Est-il venu le temps que le peuple décide sans intermédiaire, par référendum de questions importantes qui font leur quotidien ? Des problématiques comme le mariage pour tous, le port du voile, la taxation des plus fortunés pourraient être réglées bien plus vite par des votations populaires qui ne seraient pas soumises à la prolifération des sondages qui font l’opinion, aux discussions politiciennes sous les dorures de l’hémicycle, dans les cercles fermés des lobbys, dans les cabinets ministériels pléthoriques.
La réponse, malheureusement – cela valait-il seulement un article dans un blog, même peu lu comme le mien ? – n’est pas simple. Sommes-nous prêts et suffisamment préparés pour une telle démocratie directe ? Le peuple, dans sa grande majorité, est trop perméable à des discours primaires, élémentaires voire grossiers. Les discours qui agitent la peur de l’autre, la peur de la différence, la peur du changement, la peur du progrès font courir un autre danger, mais pas le moindre, à la démocratie. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder ce que disent les enquêtes d’opinions sur le mariage pour tous, sur le vote des étrangers aux élections locales et les scores que font les partis d’extrême droite en Europe…
Beppe Grillo en Italie avec son programme anti-establishment et sa démocratie participative numérique est en train d’illustrer ce que pourrait être ce grain de sable que j’appelle de mes vœux pour que les femmes et hommes politiques prennent conscience de l’écart qui grandit entre les populations et eux. « Qu’ils s’en aille tous » ne suffit pas. Pour s’en convaincre il suffit de regarder le score du Parti de Gauche à l’élection présidentielle et sa marginalisation par celui qu’il a contribué à faire élire. Le ras le bol d’un peuple, manipulé par des élites passées maître dans le lavage de cerveau, pourrait contribuer à réunir beaucoup de monde sur un des objets essentiels pour l’avenir qui est la protection de notre environnement. On assiste, actuellement, en Europe, à une course à la croissance qui s’apparente à une cours à l’échalote sans se poser la question de savoir si cette surenchère va dans l’intérêt général et si on ne ferait pas mieux de parler d’une autre façon de vivre, d’aller vers une décroissance raisonnée, un meilleur partage des richesses, des économies d’énergies, plus de modestie quoi !!!
Il est, pour un jeune, plus intelligent d’adhérer à un avenir qui les sorte de l’impasse des manipulations – les jeunes des banlieues ne pourront pas être tous des Zidane ou des Debbouz – des promesses des uns et des autres qui les mettent « au centre de leur projet » en ne leur octroyant que les miettes, plus passionnant de se battre pour une autre vie que celle qui conduit à l’ANPE pour survivre ou au trafic de drogue. C’est ce qu’ont tenté de faire les jeunes femmes et jeunes hommes des printemps arabes mais il semble qu’ils aient encore une fois échoué ; ce qui n’est pas une raison pour abandonner l’idée de changer car le changement ce n’est pas le programme de Hollande, encore moins le conservatisme de Merkel ou les ambitions nauséeuses de ceux qui ont le regard fixé sur les prochaines échéances électorales susceptibles de leur offrir, sur un plateau d’argent, leur bâton de maréchal et une assurance-vie, un parachute doré et une retraite chapeau.
Il ne faut pas espérer que la solution vienne des élections, les élections c’est le problème car elles figent une situation au lieu de la faire avancer. Une fois élu le but du mandat n’est-il pas de faire le nécessaire pour être réélu ? Cela passe, d’abord, par le renvoi d’ascenseur et le passage à « la caisse ». Peut-on se satisfaire encore longtemps d’aller périodiquement aux urnes pour que rien en change sinon la composition du parlement et le nombre d’élus ? Poser la question n’est-il pas déjà y répondre ?