Les leçons de Nicosie, île de Chypre !
Tout le monde, sauf peut-être ceux qui défilaient contre le mariage pour tous – à chacun sa priorité – commente les élucubrations ou les décisions, c’est selon votre état d’esprit, des institutions européennes et étatiques chypriotes de ces dernières heures et tout le monde donne sa version, toujours la même – je n’ai pas encore entendu celles de mes proches voisins qui n’ont pas antenne ouverte comme tous nos experts si chers à mon cœur qui vivent, il faut l’avouer, une période historique – qualificatif employé à tout bout de champ pour désigner un fait commun – où, tous les jours, une affaire dramatique ou drolatique surgit des esprits perturbés de nos contemporains.
J’ai du mal, du fond de ma campagne provençale, à croire que le calme règne encore dans nos grandes villes – quoiqu’à Marseille, un peu plus proche de moi, le calme est relatif – où se côtoient, tous les jours, des milliers d’individus harcelés, concassés, assaillis, ensevelis sous une pluie de catastrophes – heureux ceux qui passent à travers les gouttes – mais il est un fait que cela ne pourrait durer ainsi encore très longtemps. Il leur faut, je présume, beaucoup de sang-froid ou d’indifférence pour ne pas se distribuer des baffes dans le métro aux heures de pointe. A moins, à moins qu’ils soient atteints par le syndrome d’Irkoutsk, celui qui gèle les neurones.
Donc, il y a les affaires et chaque déplacement d’air, aujourd’hui, devient une affaire. La mise en examen d’un ancien président de la république ou les histoires de cul d’un ancien possible candidat, la loi pour le mariage pour tous … Celle de la ponction automatique des dépôts bancaires de l’île de Chypre est intéressante à plus d’un titre. Des orthodoxes de Bruxelles, non encore identifiés, soufflent à la BCE, au FMI et à l’Eurogroupe (17 états membres et leur ministre des finances qui « travaillèrent toute la nuit » - vous remarquerez comme ils ne perdent aucune occasion de nous seriner qu’ils travaillent même la nuit tant il est vrai que l’on ne peut être au four et au moulin, sue des plateaux de télé et à Bruxelles – et aiguillonnés par Mme Merkel dont l’omniprésence dans tous les coups n’est plus à démontrer ce qui pourrait faire penser à des esprits tordus que l’Europe c’est Elle, qu’il fallait, pour sauver l’Europe et l’Euro, renflouer l’état chypriote mis en faillite malgré son statut de paradis fiscal connu de tous et utilisé par le plus grand nombre comme, d’ailleurs, entr’autres, le Luxembourg et autres petits états où îles anglo-normandes qui ont une marine marchande pléthorique grâce au pavillon de complaisance et plus de banques que le village de Roquefort n’a de caves à fromages !
Pour ce faire, « on » décide que les comptes bancaires seront taxés de quelques % pour ceux inférieurs à 100 000 euros et à 30% pour ceux au-dessus. C’est vrai que c’est plus facile que de taxer les armateurs ou l’église grecque, les entreprises du CAC 40, les riches qui délocalisent leur fric dans les paradis fiscaux comme la Suisse… Aussitôt les chypriotes protestent et je peux les comprendre mais laissons cela, c’est leur problème et peut-être bien leur faute et sûrement celle de leurs élus puisque Chypre est une démocratie répondant aux critères de Maastricht sinon comment expliquer qu’elle fasse partie de l’Union ? Intéressons-nous aux réactions en France et à la réaction des Européens. Ceux qui trouvaient la taxe de 75% scandaleuse et confiscatoire s’étranglent à l’énoncé de la solution et trouvent que la purge est trop dure. Cependant, les états sont dans un état de dépendance qui les empêche de décider de leur politique et il n’y a rien qui ressemble plus à une politique de gauche actuellement, qu’une politique de droite. Si l’Europe n’intervient pas, Chypre sort de l’euro et dévalue (et déjà son euro ne vaut plus rien) et ce seront les petits épargnants qui seront ruinés ! Les gros, eux, peuvent supporter la dévaluation surtout ceux qui n’habitent pas sur l’île – les plus nombreux – car leur vie quotidienne ne sera pas affectée et ils trouveront d’autres paradis fiscaux pour les accueillir et des hommes politiques pour leur dérouler le tapis rouge.
Et qu’attendons-nous pour descendre dans la rue pour exiger une réforme fiscale et une harmonisation fiscale pour les 28 ! Condition sine qua none pour faire partie de la nouvelle UE ! Quelque chose me dit que la France y perdrait beaucoup car l’harmonisation se ferait par le bas et comment y arriver tant que cette décision dépendra d’un vote à l’unanimité si le peuple ne prend pas les choses en main, si « on » ne fait rien ? Sauf que le « on » en question est quasi aussi identifiable que celui qui a eu l’idée de taxer les comptes en banque des chypriotes, ce qui est une « horreur totale car aucun pays de l’Union ne sera à l’abri et que les comptes de moins de 100 000 euros ne seront plus garantis » et croyez-moi ça c’est encore plus stressant, pour beaucoup, que toutes les centrales nucléaires construites ou à construire.
Ce qui ressort de tout cela c'est la perte de repères, la sensation de bricolage, la perte de maîtrise, toutes choses bien ennuyeuses quand on veut faire faire des progrès à la société. Jamais comme aujourd'hui, ou peut-être en mai 68, je n'ai senti autant le besoin de renverser la table autour de laquelle tous les convives qui se goinfrent sont si englués dans leurs certitudes et attachés à la protection de leurs privilèges.