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Empathie, assez ! Indignation, encore !

11 Juin 2011 , Rédigé par C

 

Des conversations amicales et quelques articles de magazines puis, des élections qui me tiennent à cœur au Pérou me conduisent à réagir, ce jour. Le Pérou où nous séjournions en 2006 pendant la campagne présidentielle qui mettait aux prises Alan Garcia Perez et Ollanta Humala, après l'invalidation de Fujimori, aujourd'hui en prison.

 

« L'empathie, l'avenir de l'humanité » selon Jérémy Rifkin et Jean Lefèvre et « la revanche indienne au Pérou » selon Médiapart ou encore, « les printemps arabes » et « Les réflexions sur la survie de l'humanité » d'André Lebeau. Autant d'interrogations, d'improvisations, d'approximations et d'actes politiques qui ont le mérite de nous faire réagir et de nous engager dans des débats salutaires et nécessaires.

 

Quand j'observe les comportements de mes contemporains sans exclusive, je constate que chacun profère, professe même, que notre mode de vie n'est plus tenable et que, malgré les qualificatifs de durable, solidaire, la majorité n'en tient pas compte dans les gestes de la vie quotidienne et personne ne réduit volontairement son niveau de consommation. De l'empathie, certes, mais de l'engagement point.

 

Une nouvelle attitude face au monde en crise, une nouvelle conscience pour une Terre blessée motivent les nouveaux philosophes à développer l'idée que la nature humaine profondément sociale prend le pas sur l'individualisme, la cupidité et la maximisation du profit.

Il est utile de dire que je n'adhère pas du tout à cet angélisme. Prenons l'exemple des élections au Pérou et les printemps arabes. Dans les deux cas, tout être humain généreux ne peut que s'en réjouir. Au Pérou, les Indiens sont, depuis la révolution industrielle et l'économie de marché, écartés des décisions importantes sur l'avenir du pays dont ils sont les autochtones et, ils ne profitent pas de la croissance et des progrès du pays. Dans une nation où la croissance ne s'est pas démentie depuis dix ans et où les profits explosaient, les salaires des Indiens baissaient et le niveau de vie de la moitié d'entre eux, parmi laquelle une grande majorité d'Indiens, demeurait au-dessous du seuil de pauvreté. Cette année Ollanta Humala a été élu et cette élection ne doit rien à l'empathie subite des riches péruviens touchés par la grâce mais, plus prosaïquement, à la revanche d'un peuple opprimé. C'est un vote « des exclus, des cuivrés, un vote ethnique»du Pérou révolté, du Pérou indigné. Les Indiens ne doivent rien à un quelconque effort rationnel de compréhension de leur ethnie ni à une adhésion intellectuelle à leurs souffrances, ils ont juste besoin, si l'on peut dire, de sympathie, de solidarité et d'aide, pas seulement d'empathie.

 

De même les printemps arabes, même si une classe sociale s'est regroupée grâce aux nouvelles techniques numériques qui assurèrent le lien, je ne trouve pas le côté empathique de l'aventure humaine mais, plutôt, l'utilitarisme d'une classe d'âge qui, agissant à des fins personnelles, a poussé un pouvoir usé, corrompu, vieux et dépassé, à laisser tomber un pouvoir que ceux-là même qui en ont été les complices complotent afin d'en ramasser les morceaux.

 

Que sont les attitudes de l'Algérie, du Maroc, de l’Égypte sinon des comportements individualistes, protectionnistes et où le soutien pour les mouvements se résume à une non-intervention et au souhait que chaque printemps, surtout ne fasse pas éclore des fleurs en dehors des frontières ? Réponse : de l'empathie !

 

Concrètement, je crois que nous sommes dans le règne de l'empathie, c'est-à-dire que nous comprenons la souffrance des Tunisiens mais que nous excluons tout jugement moral, que nous ne souhaitons pas être impliqués personnellement et qu'il faut rapidement sortir de cette posture. La preuve, notre attitude devant les bateaux débarquant quelques tunisiens sur les côtes italiennes. A l'empathie, je préfère l'indignation, la révolte, la sympathie. Il y a quelque chose de choquant à comprendre sans s'engager, mais n'est-ce pas ce qui nous reste quand nous n'avons plus de prise sur la réalité ?

 

Que reste t-il aux indignés ? Des réunions sur des places emblématiques avec l'espoir que leur mouvement fédère et fasse tâche d'huile et qu'en est-il ? Un relatif soutien empathique de la population, suivi d'un relatif désintérêt si cela dure trop longtemps puis d'un agacement car « un petit peu ça va mais quand ça gêne ça devient un problème ! »

 

Que reste t-il aux damnés de la Terre ? Des élites qui sortent des livres sur le sujet, des riches qui ne lâchent rien, l'antipathie d'élus qui passent des nuits à l'assemblée nationale pour réformer un bouclier fiscal insupportable pour le rendre encore plus odieux, ou qui passent leurs loisirs à réfléchir sur la façon la plus brutale d'enlever le peu d'aide aux plus défavorisés, l'empathie de la « gauche » et des bien-pensants.

 

J'ai vraiment du mal à trouver des vertus à l'empathie et si je peux comprendre l'ami Jean quand il dit que « notre société sera empathique ou ne sera pas », je crois qu'il se trompe et je pense que l'empathie n'a pas la noblesse qu'il lui prête ou que, c'est un problème de terminologie mais j'ai peur que cela soit plus grave. L'empathie est une posture intellectuelle, elle me fait penser à l'attitude de Ponce Pilate, trop de compréhension mais trop de distance avec les faits .

 

L'homme, depuis Néandertal, n'a pas appris grand chose et s'il a mis 30 000 ans à ne pas se servir de son cerveau pour respecter la femme, je le vois mal ne mettre que cinquante ans pour changer son mode de vie. Même si la violence et les crises ne sont pas les seuls modèles dont nous disposons, l'histoire a prouvé abondamment que les sociétés se structurent par des crises et que les avancées sociales sont l'issue de combats rudes, de luttes de classes jamais démenties.

 

Lorsque j'entends que l'avenir de l'humanité passe par la maîtrise de l'énergie et de la démographie, j'ai froid dans le dos et je me demande où va se situer la frontière de l'empathie lorsqu'il va falloir choisir les « techniques » de la maîtrise de la démographie.

 

Question empathique : la population mondiale se trouvant, en très grande majorité, dans les pays en voie de développement et dans les continents africain, indien, asiatique et sud-américain, ne serait-il pas faire preuve d'empathie, vis à vis de ces populations longtemps spoliées, que de délocaliser nos grandes entreprises industrielles pour développer l'emploi et lutter contre la pauvreté ? Ah, oui, mais le problème est qu'il ne suffit pas de délocaliser dans les pays où règne encore l'exploitation humaine, il faut encore revoir le modèle du marché et ça, ça, cela nécessite plus que de l'empathie.

 

 

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