Demain, la révolution...
Le monde est, peut-être, à un tournant de son histoire. Les crises secouent des strates de la société. Des destins, des vies sont menacés et des ambitions, des envies, des appétits, des jalousies, des inspirations se font jour, tous continents confondus.
En occident, c'est la crise financière qui a donné le signal du départ à la curée. Il y a eu une déprogrammation de la crise de départ. Quelques données ont été exploitées pour créer un nouvel état comme si, d'une cellule malade, on avait extrait quelques gènes pour obtenir une nouvelle essence, un nouveau prototype. Les financiers ont utilisé la crise pour mieux rebondir et on a assisté à cette chose inouïe d'une catégorie sociale qui, responsable des causes de la crise, a profité de ses conséquences. Les banques, les entreprises aidées, les acteurs économiques coupables d'inconscience, voire d'incompétence, ont utilisé les retombées de la crise pour s'enrichir et se renforcer.
En Chine, le mode de développement autoritaire conduit par le parti unique, l'hébergement des délocalisations européennes, le maintien dans la pauvreté d'une population rurale qui alimente une main d’œuvre bon marché et une volonté d'impérialisme économique qui se concrétise, par exemple, par la politique d'expansion par l'achat de terres sur le continent africain, contribuent à développer un état cyclopéen dont la faiblesse est dans son développement exponentiel.
Au Maghreb et au Machrek, les printemps arabes sont le révélateur d'un changement des mentalités et pose la seule question qui vaille : la révolution est-elle devant nous ? Le traitement inégal, que subissent les individus, les corps sociaux, les nations, concrétise parfaitement une civilisation des abus et contribue à un monde fragilisé par les envies de protectionnisme et de repli qui peuvent créer les conditions de la révolution ou de la guerre ! Pour ma part, je préfère la révolution.
Cette jeunesse indignée, à qui on a promis un succès social en échange de son comportement exemplaire et de la quête du diplôme, ne croit plus les phrases vides et les images vides que tous les hommes politiques et les médias véhiculent à satiété. Les jeunes ont bien compris qu'il est urgent de faire le deuil d'une certaine manière de gouverner, d'appréhender l'avenir. Ils ont bien compris que la classe politique ne détient plus la vérité et, plus important, n'a plus les hommes ou les idées pour préparer l'avenir. Ils ont commencé par chasser les vieux dictateurs corrompus et rien ne peut plus être comme avant. Les blogs ont libéré la parole et la démocratie, celle de la Grèce antique, et ce qui, hier, ne sortait pas des cénacles des élites est, aujourd'hui sur la place publique.
Regardez l'indignation que de vieilles pratiques, comme celle dont a bénéficié Luc Ferry**, provoquent. Si l'on cherche de la morale dans les comportements, les habitudes, les « fromages républicains » on va, sûrement, y perdre son latin et sa conviction que la république est plus légitime que la monarchie.
Le monde, tel qu'il est, est pré révolutionnaire, le monde tel qu'il sera pourrait être révolutionnaire. L'empathie ne suffira pas, il y faudra de l'engagement et de la prise de risques.
**Tous les détachements de fonctionnaires ne sont pas aussi lucratifs et intéressants que celui de Mr.Ferry ; certains même sont un frein pour la carrière mais il ne faut pas les chercher du côté des agrégés ou des ministres de la république.