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ETHIQUE, un gros mot!

11 Février 2011 , Rédigé par C

Le 20 janvier, je m’envolais pour des cieux plus cléments, à l’autre bout du monde dans un avion des lignes régulières de la British Airways et, à mes frais.

 

Je suis resté quinze jours dans une république islamique entre l’océan Indien et la mer d’Arabie. J’y ai suivi les développements politiques au Maghreb avec l’équipage musulman du bateau et grâce à la chaîne de télé al jazira.

Il est vrai que ce n’était pas notre centre d’intérêt principal mais, c’est sans surprise que nous avons repris pied avec l’actualité.

 

Par un phénomène qui se répand de plus en plus dans l’actualité, la petite histoire et la grande se percutent, se télescopent, s’achoppent et nous avons de plus en plus de mal, par fainéantise, nonchalance, indifférence et atonie (par relâchement du tissu social ou/et moral) à équilibrer nos indignations, nos jugements et nos intérêts.

 

Ainsi, au moment où des peuples jouent à la roulette russe (car au moment où j’écris ces lignes, on ne sait pas comment vont évoluer les événements en Egypte où l’armée à beaucoup plus d’importance qu’en Tunisie puisque les trois derniers raïs égyptiens sont tous des officiers généraux de cette armée !), le microcosme français est agité par les vacances de ses élites.

 

Ce n’est pas une coïncidence qui fait que nos ministres vont en vacances dans le Maghreb et l’Egypte, il y fait plus chaud à noël qu’à Paris mais surtout nous y avons des « attaches » beaucoup plus  intéressées qu’avec les démocraties occidentales où nous avons moins à « gagner ».

 

Après Air Sarko One au Maroc, Air François Fillon en Egypte, Ma Air Maghreb en Tunisie, les avions qui transportent nos gouvernants défraient la chronique.

Soit par ce que l’on trouve le premier un peu trop luxueux et gros pour ses usagers.

Soit parce que le deuxième, on l’a bien compris, est un Falcon qui doit être utilisé pour des fonctions politiques publiques alors que le premier ministre l’utilise pour ses vacances en famille et qu’il en rembourse le vol au prix du tarif de lignes régulières (vous me suivez ?) au motif qu’un premier ministre est toujours premier ministre où qu’il aille, pas comme la ministre des Affaires Etrangères qui ne l’est plus lorsqu’elle est en vacances (vous me suivez toujours ?).

Soit parce que ce n’est pas l’avion de la troisième qui pose problème même si c’est celui d’un très proche de Ben Ali, mais qu’en revenant notre ministre, après avoir survolé le champ des opérations, a proposé gentiment de faire parvenir au régime de Ben Ali les moyens logistiques pour assurer l’ordre public !

 

Ajoutez que Air Copé a atterrit, pour les mêmes vacances de noël, à Cuba ; les dictateurs ont la côte de nos ministres. Et alors me direz-vous ? Et toi, tu n’es jamais allé en Tunisie, en Egypte, au Maroc ou à Cuba ? J’avoue ! Mais cela est aussi intelligent et bien à propos de comparer mes voyages qui n’engagent que moi avec ceux de ministres qui engagent la politique de la France, comme était ridicule et impertinente la comparaison de madame la ministre des Affaires Etrangères qui, pour se défendre d’être en Tunisie avec un proche de Ben Ali, reprocha au Parti Socialiste qui n’est pas au pouvoir, qui ne représente que lui et peut-être dix pour cent des Français, d’avoir invité, un jour Ben Ali à une de ses réunions de l’Internationale Socialiste !

 

Je ne veux pas tomber dans la caricature comme une partie de l’opposition qui se marre quand notre président interdit, dorénavant, à nos chers ministres de prendre leurs vacances à l’étranger ; moi pas !  Je trouve cette recommandation tout à fait acceptable pendant leur mandat électif et, plus particulièrement, s’agissant de voyages où leur fonction semble les contraindre, les pôvres, à accepter des invitations contraires à leur déontologie !

 

Alors si on y mêle l’éthique comme l’a fait la ministre, là, je pense avoir mon mot à dire.

J’ai pu, au cours de mes années d’observation, recueillir, au moins, trois cent quatre-vingt-deux témoignages de cas tout à fait remarquables de distorsion de l’éthique parmi nos gouvernants. Il est regrettable qu’un phénomène aussi fréquent dans les arcanes du pouvoir et aussi douloureux laisse indifférent « la grande majorité des gens de pouvoir ». Faites, vous-mêmes, l’expérience ; si vous interrogez les copains des petits resquilleurs, ils sont toujours d’une gentillesse, d’une amabilité, d’une courtoisie pour les coupables que la seule idée qui vous vient à l’esprit est qu’ils ont tous, en tête, que ça leur pend au nez car, qui peut dire « fontaine je ne boirai pas de ton eau ? » C’est beau la solidarité ; j’aimerai qu’elle s’exprime autrement et ailleurs mais n’est-ce pas trop demander ?

 

 Les malades, ceux atteints de « distorsion éthique», au moins quand ils ne sont pas trop avancés, et ceux qui sont menacés de le devenir, ont tout intérêt à connaître les manifestations et les causes de cette maladie pour s’en défendre. Il est facile d’inspirer une grande confiance et d’amener une amélioration notable et rapide, parfois la guérison radicale, en s’appuyant sur une théorie simple. Cette théorie est inspirée surtout par le bon sens, et, par exemple :

 

Je ne critique pas le coût de l’hôtel des footballeurs de l’équipe de France quand je fais payer, au budget de l’état, une chambre d’hôtel au prix de location mensuel d’un trois pièces ;

je ne voue pas aux gémonies un juge qui ne le mérite pas ;

je n’accepte pas d’être ministre du budget lorsque ma femme travaille pour la plus grande fortune de France qui « s’ arrange » avec le fisc ;

je n’essaie pas de faire nommer mon fils pas encore sorti de l’école à un poste de haute responsabilité ;  

je ne me délecte pas de blagues racistes lorsque je suis chef de la police ;

je ne dis pas que je veux une république irréprochable à la moindre occasion quand je ne le suis pas ;

je ne profite pas de mon statut pour ne pas respecter les règles élémentaires ;

 

Trois cent quatre-vingt-deux observations, c’est beaucoup et c’est peu mais, rassurez-vous je ne vais pas toutes les énumérer, il suffit, pour les voir, d’ouvrir les yeux et de ne pas penser que ce sont broutilles mais choses importantes lorsque cela intéresse ceux qui ont la prétention et l’envie de nous gouverner, et qui ne perdent pas une occasion de nous faire la leçon.

 

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