Fable : L'entre deux tours chez les rats des villes et les rats des champs.
Il était une fois un petit village heureux dans une campagne riante.
Comme tous les cinq ans, les rats se réunissaient sur la place du village pour choisir leur chef. Les deux prétendants s’opposaient dans des joutes orales qui duraient jusqu’à ce que le plus menteur des deux recueille l’adhésion de la majorité des habitants que l’on déterminait par un vote à patte levée après chaque duel. Il n’était pas extraordinaire que les joutes durent plusieurs jours et il n’était pas surprenant qu’au bout du compte il n’y ait plus que quelques habitants, vacillants mais encore debout, qui décident pour tous les autres.
Les rats Riches, les rats Planqués, les rats Traités, les rats Cons, les rats Cistes, les rats Gaulois, les rats Bêtes étaient très inquiets pour leur tranquillité, leur gamelle, leur parc de loisir et ils se tournèrent vers leur favori pour le supplier de trouver une solution pour qu’il les débarrasse, une fois pour toute des rats Tons, des rats Degauche, qui utilisaient plus que d’autres leurs neurones en pure perte.
Chef Nicolas, aux matines, harassé, le poil hérissé, en dernier recours fit appel au joueur de flûte. Il lui demanda de jouer de sa flûte pour endormir les rats Travailleurs, les rats Ruraux, les Petits rats Petits, les rats Sans Grade et de les perdre !
Le petit joueur de flûtiau, embouchant sa flûte, souffla des airs bien connus : Viens poupoule, viens poupoule viens ; Dodo, l’enfant do ; Au clair de la lune…Les rats Indécis, les rats Planqués, les rats Cons, les rats Cistes, les rats Gaulois qui s’étaient égarés dans un champ de lys d’argent et que beaucoup avaient crû bon de penser qu’ils pourraient être enterrés avec fleurs et couronnes, furent attirés par les notes du petit joueur de flutiau.
Dans un coin du décor, Chef François avait beaucoup de mal à suivre la même voie que Chef Nicolas bien qu’il fût tenté d’y recourir pour asseoir sa relative avance. Cependant, la tentation était grande d’essayer de faire venir au patronage quelques rats un peu moins Cons, un peu moins Racistes et même très Gaulois.
Ne participant plus à la compétition Cheftaine Marine pavoisait et Chef Jean-Luc déprimait.
Le petit joueur de flûtiau très confiant se dirigeait vers un champ de ruines suivi par tous ceux qui pensaient – enfin c’est une façon de parler – que l’avenir était dans le pré. Mal leur en pris car, après leur avoir promis de revenir pour leur annoncer de bonnes nouvelles, le petit joueur de flûtiau prit ses jambes à son cou, retourna voir Chef Nicolas et ne revint pas.
Car, entre-temps, il s’était passé une chose prévisible mais à laquelle beaucoup se firent encore prendre, c’est que lorsque le petit joueur de flûtiau demanda sa récompense pour la distribuer à tous ceux qui avaient crû en lui et qui l’attendaient dans le champ de ruines, le Chef Nicolas porté en triomphe sur le grand pavois le regarda avec un grand sourire et lui dit d’aller relire la fable du Corbeau et du Renard et les contes de M.Grimm.
Seuls les rats Riches, les rats Planqués, les rats Sportifs de Haut Niveau…suivaient en une longue procession le grand Menteur qui ne les avait pas abandonnés.
Il était plusieurs fois, des joueurs de flûtiau accompagnés d'une ribambelle de rats, à qui il ne restait que les yeux pour pleurer et quelques neurones pour penser, qui s’éloignaient sur la longue route de l’espoir. C’est tout ce qui leur restait.