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Fable : Le poulailler, Renart et la crise.

11 Août 2012 , Rédigé par c laurans

Rico le coq régnait, sans partage, sur le petit monde de la poulaille. Coco Rico veillait au grain, au bon fonctionnement de la petite entreprise, mettait de l’huile dans les rouages quand cela était nécessaire et n’avait pas peur de la crise. Il réglait les problèmes domestiques, les conflits d’égo et s’occupait, quand cela devenait nécessaire,  de faire réparer le grillage pour empêcher tous les Renart de la création de s’emparer du petit poulailler.

Les poules pondaient, les poules couvaient, les poussins poussaient, les poulets au grain grossissaient puis s’en allaient remplir les cocottes en fonte des ménagères du dimanche. Tout ce petit monde bien pensant cocoricotait, caquetait, salivait et rotait en famille, le dimanche après la messe puis allait faire la sieste sous le micocoulier. 


Puis vint Maître Renart par l’odeur alléché. Il sentait bien le vent et surtout le fromage que Rico le coq tenait en son bec. Mais Rico avait lu La Fontaine et il était têtu et un Rico têtu vaut deux députés cocus. Rico ne connaissait que le petit poulailler et ne se laissa pas distraire par les sirènes de Maître Renart.

C'était sabns compter avec Maître Renart, plus têtu que Rico, qui, un soir de pleine lune, réunit son aréopage d’experts têtes d’œufs, spécialistes de lois scélérates, laudateurs du Grand Poulailler et de la Grande Distribution, pour développer la petite entreprise. Tous ces beaux esprits n’avaient qu’une ambition : développer la filière pour qu’elle devienne la poule aux œufs d’or. Tous ces contempteurs de l’artisanat pas assez lucratif, trop bohême, repartirent chacun avec une mission bien précise auprès de Monsieur le Maire pour pouvoir agrandir le poulailler, auprès de monsieur le Député pour le vote d’une loi qui ferait passer la petite entreprise dans le monde des grandes !


« Quand on ne sait pas où l’on va, il faut y aller le plus vite possible » dit l’un, « il vaut mieux pondre une loi même si nous n’en connaissons pas toutes les conséquences  que de risquer qu’il se passe quelque chose de pire si l’on n’en fait pas car on risque de mécontenter tout le monde ! » dit l’autre. Et le petit poulailler connut des temps bien héroïques. Seul contre tous, Rico ne fit pas le poids !


« Qu’on agrandisse le grillage » dit l’un, « qu’on fasse venir plus de poules » dit l’autre, « qu’on les mette en cage » dit un troisième ! Et cela fut fait. Et les poules pondaient, pondaient, pondaient, leurs petits corps serrés dans leurs barreaux se déplumaient, certaines déprimaient et les actionnaires se remplumaient ! Les poules firent des poussins pour assurer la relève, les poulettes remplacèrent les vieilles poules éreintées et le poulailler grandissait, grandissait, grandissait et phagocytait tous les petits poulaillers qui n’en pouvaient mais ! Oh, ils avaient bien essayé de résister mais Renardoux était le plus fort des Renart. Il fit bientôt venir des poules qui n’avaient jamais pondu, des coqs qui n’avaient jamais chanté, la Société Anonyme vit le jour et les députés que du feu.


Assuré d’avoir enfin la bonne combine et ne craignant plus de perdre ses deniers, Renardoux s’agrandît et, bientôt, le petit poulailler devint le plus grand poulailler de la région.


Ah si vous l’aviez vu le brave petit Renart, se gonfler d’importance. Quand il arriva dans la Grande Distribution, ce fut un ravissement général. Jamais les frigidaires n’avaient contenu un si grand choix. On le reçut comme un grand capitaine. Les financiers ouvraient leurs portefeuilles pour le caresser de leurs fonds de pension. La Bourse se déboutonnait sur son introduction. Toute la finance lui fit fête.

Tu penses, mon ami, si le Renart était heureux ! Plus de règle, plus de risque…Rien qui l’empêchât d’acheter, de vendre, de grandir. C’est qu’il y en avait de la place pour les téméraires et des Fonds de Pension plus qu’il n’en fallait prêts à prendre les risques avec l’argent des petits épargnants. Renardoux se vautrait dans l’or.  Il grossissait, grossissait, grossissait. Parfois quelques œufs se cassaient surtout ceux qu’on envoyait à l’étranger car il est bien connu que tout est plus beau en dehors de chez soi mais Maître Renardoux caressait une crête, flattait le fier coq et tout ce beau monde repartait comme en quatorze, la fleur au fusil, la plume au cul, l’œil égrillard. On avait même mis un grillage en or et tout le monde était fier comme Artaban mais ne connaissant pas assez bien l’histoire, ils ne purent prévoir que le funeste destin qui échut à Artaban pouvait leur arriver.


On voyait bien que des petits trous se creusaient dans le grillage mais Maître Renardoux disait alors « qu’il y avait toujours une solution" car "s’il n’y en a pas c’est qu’il n’y a pas de problème » et tout le monde était fier de pondre pour un coq aussi fort, aussi intelligent, aussi beau ! Puis les trous s’agrandirent et on commença à parler de refaire le grillage. On le ferait plus petit ici, pour peut-être le faire plus grand ailleurs car, depuis quelques temps il y avait du nouveau.

Le coq se faisait vieux, il chantait moins, les poules pondaient moins mais il fallait toujours sortir le même nombre d’œufs. Et alors il se passa la chose suivante. Quelques quidams bien intentionnés, surtout pour leur portefeuille, commencèrent à se poser la question de la poule et de l’œuf.

Oh non, n’allez pas croire que leur raisonnement alla jusqu’à se demander qui de la poule ou de l’œuf vint en premier ce serait là leur donner trop d’influence sur la réflexion, non, non, ce qu’ils se demandèrent c’était de savoir d’où la poule tirait cette capacité à faire de l’or avec ses œufs ?


Ils eurent donc cette idée saugrenue, insensée, aberrante de tuer la poule pour voir si elle ne cachait pas, en son sein, une fabrique d’or ! Adieu veau, vache, cochon, couvée, la poule tuée, il ne restait qu’un amas de chair et d’os informes et des regrets. Il fallait agir vite et bien. On convoqua derechef spécialistes aux crânes d’œufs, découpeurs de volailles, vendeurs de hardes à la découpe, pour savoir comment se sortir de la situation.

 

La réponse fut vite trouvée par tous ceux qui avaient profité de la gloire du poulailler et qui pensaient qu’ils pouvaient encore presser le citron. « Il faut, dirent-ils, toujours taper sur les mêmes et quand on ne sait pas où l’on va, il faut y aller le plus vite possible ! » Fichtre, la solution semblait trouvée même si elle paraissait un peu brutale. Y aller vite d’accord, taper toujours sur les mêmes avait au moins l’immense avantage de ne pas augmenter le nombre des mécontents et on verrait bien ensuite où l’on allait ! Banco ! L’idée fut agréée par tous et on décida de fermer le poulailler ! Et les poules ? Pfuuuiiitttt ! Les députés ? Occupés à bosser sur de nouvelles lois !

 

Vint alors le ministre du redressement de grillages de poulaillers. Volontaire, dynamique et nouveau dans le métier. Il se présente, un beau matin, devant le grillage déplumé avec un entrepreneur décidé à le remonter. De tous les fourrés sortent les poules apeurées. Le coq les réunit. Ils entourent, l’aile basse et le regard mouillé ceux qui, peut-être vont pouvoir redonner du lustre au grillage éventré. L’œil averti du remonteur de grillage s’aperçoit que la réparation peut se faire au moindre coût – il faudra bien sacrifier quelques poules, les plus vieilles pour que les autres aient assez de place – mais l’affaire se présente plutôt bien. Le ministre est aux anges, il pousse un cocorico qui fait pouffer tout ce joli monde et s’apprête à serrer dans ses bras tout ce qui se présente. C’est compter sans Maître Renardoux qui s’interpose : 

    Amis, jamais ne laisserai mon poulailler

Que l’anglo-saxon, sur le champ fasse retraite

(Il faut dire que le redresseur de grillage faisait aussi office de banquier en pays saxon)

Point n’est besoin encore de discutailler

Il faut derechef sans tarder payer les traites.

Compère syndicaliste apportez sur l’instant

A tous ces braves gens, cet avis important :

Pour que le poulailler vive il faut sans rouscailler

Mettre les moins rentables, très vite à la retraite

Choisissez-les vous-mêmes et sans trop brétailler

Virez-les sans regrets et sans me tenir tête !

 

Le poulailler est en émoi, le ministre en faillite et l’anglo-saxon en fuite.

Les poules les plus courageuses sont effondrées mais qu’importe aux Renart quelques poules déplumées, des poussins orphelins et des destins brisés ! C’est la crise au poulailler, circulez, il n’y a rien à espérer !

 

En son grand désarroi, la poule infortunée

Poussait de tels caquètements

Que tous les poulaillers étaient importunés

Jusque dans leurs fondements.

La  vie, ni sa réalité

Ses soucis et ses charmes,

De la poule déshéritée, n’arrêtait le vacarme.

Renardoux enfin lui dit : Ma poulette

Un mot, sans plus, crois-tu qu’on peut des œufs

Casser sans faire une omelette ?

Les poulaillers grincheux

Seront dans la charrette

Personne n’y gagnera

Surtout pas les fâcheux !

 

Mes chers amis lecteurs, il faut que je vous dise,

Les Renart sont partout prêts à prendre votre chemise

Ils se servent de vous en arguant de la crise

Ils n’hésiteront pas pour sauver, à tout prix, leur mise

A partir à l’étranger, aveque leurs valises !

 

Un merci à Esope, à Daudet et aux Shadocks.

 

 

 

 

 

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