Faut-il sauver le général Hollande, une superproduction française.
Le film a reçu, à sa sortie, de bonnes, que dis-je d’excellentes critiques mais aussi, il faut bien le dire un tir fourni d’une bonne partie de la presse spécialisée qui n’admettait pas facilement sa sortie dès ce moi de mai 2012. Il faut se souvenir quelle impatience animait les spectateurs de ce genre de production après l’échec, que nul ne peut contester, du précédent film qui retraçait une épopée de cinq années fort agitées pendant lesquelles bien des certitudes furent ébranlées, bien des principes moraux battus en brèche et qui venait après d’autres productions tout aussi ternes qui, non seulement n’avaient rien apporté de bon au cinéma français mais qui l’avaient déconsidéré pour de nombreuses années.
Plusieurs des acteurs principaux de ce film avaient suivi, pour se préparer à leur rôle, un entraînement sérieux qui les avait vus s’affronter, sans concession et devant un aréopage de téléspectateurs non habitués à ce genre d’exercice, dans des saynètes primaires qui ne reflétèrent pas, nous l’avons appris depuis, leurs vraies personnalités car, dans leur esprit, il s’agissait de présenter le meilleur visage pour être choisis en attendant de montrer le vrai. Certains d’entre eux, et pas des moindres, n’ont cependant pas échappé à l’usure du temps ou à la vindicte des producteurs et font figure de has been, même s’il fut difficile, pour eux, de l’accepter, d’autres plus chanceux, même s’ils ne décrochèrent pas le rôle titre, se consolèrent avec des rôles secondaires propres à flatter leur égo.
L’idée originale fut de choisir « Le changement c’est pour maintenant », un synopsis inspiré directement d’une idée des années soixante-dix « Le changement sans risque », plutôt que « une poule au pot tous les dimanches pour tous les Français » qui fit le bonheur d’un film en costumes d’époque où les mœurs dissolues de cette époque troublée des guerres de religion auraient du mal à passer, aujourd’hui, le filtre de la censure. Par ailleurs, cela évoque sentimentalement le slogan « Maintenant » d’un film précédent qui n’avait pu être terminé et qui tient tellement au cœur de l’acteur principal puisque l’héroïne a été, à une époque pas si éloignée, sa compagne dans une série à nombreux épisodes télévisés.
La longue introduction des scènes sur la constitution du casting, très réaliste et parfois un peu choquante montre bien que les places sont distribuées en fonction de services rendus antérieurement et d’accords secrets ou considérés comme tels. Il faut croire que cela constitue un passage obligé mais ne représente pas la meilleure publicité pour le film. Ce sont des séquences lourdes à digérer et qui traînent en longueur. Il faut dire que la séquence des vacances, où l’on voit tous les acteurs principaux quitter la scène comme dans une mauvaise sitcom pour revenir bronzés et détendus pendant que les figurants se démènent pour se faire une petite place au soleil ou, pour le moins, garder celle qu’ils ont eu tant de mal à obtenir, ce qui ne semble tenir qu’au bon vouloir d’un capitaine, fait penser à un scénario catastrophe d’un mauvais film de série B. Cela ne préfigure pas la scène finale que je ne dévoilerai pas pour ménager le suspense !!! Mais venons-en au film.
Le synopsis se déroule ainsi : le six mai 2012, jour historique du début de la mission normale du général Hollande. Les mensonges, les insultes ont été inefficaces à mobiliser une opposition à bout de souffle et c’est la Nouvelle Compagnie, qui, en ordre dispersé, i va devoir affronter la crise dont les forces sont quasi intactes du fait d’une politique néo-libérale propice. L’adversaire, on le voit tout au long du prologue, n’a pas hésité à employer des moyens que réprouvent les associations de défenses des droits de l’Homme mais après de durs combats, Hollande et ses compagnons prennent l’Elysée et les palais de la République. Les scènes des passations des pouvoirs sont parmi celles les plus jouissives du film et il faut profiter des situations comiques et observer attentivement les têtes des battus car cela ne dure pas longtemps. L’intérêt du film est ailleurs. C’est quand les choses sérieuses ne vont pas tarder à refaire surface.
Après la victoire, Hollande se voit donc confier une mission des plus périlleuses : relever le pays à genoux - n’a-t-il pas annoncé sur les théâtres d’opérations que son ennemi était la finance ? - à rendre son optimisme à une population désabusée – en l’appelant à prendre sa part du destin de la nation ? - et donner confiance à une jeunesse perdue – n’a-t-il pas fait le pari que si la confiance revient dans la jeunesse, c’est dans le pays qu’elle sera confortée ? Notez que certaines associations comme l’UMP, le FN auraient voulu faire couper quelques scènes jugées trop peu flatteuses pour elles, mais elles se sont trouvées face à une joie de potaches, en face, qui les en a dissuadées, certains de leurs représentants allant même jusqu’à les promouvoir pour mieux les dénigrer, ce qui donne au film une séquence tragi-comique.
Le film s’emballe et prend son rythme quand on commence à réentendre les promesses faites pendant le breefing par le général Hollande. La mission des camarades sera d’aider Hollande à naviguer entre les écueils, à passer entre les gouttes et à l’amener, si possible, à bon port pour une deuxième aventure qui pourrait s’intituler « Hollande II », ce qui, par conséquent nous éviterait d’avoir à se farcir la sortie de « Sarko, le retour ». Y parviendront-ils, c’est le sujet de ce film à rebondissements mais la question principale est de savoir s’il faut, à tout prix, sauver le général Hollande ? Est-ce que la vie du général Hollande vaut celles de ceux qui vont essayer de le sauver ?
Après une retraite au fort de Brégançon qui lui permet de reprendre des forces et de resserrer quelques vis, le général Hollande décide de reprendre l’offensive dans la Marne – cela nous permet de passer un bon moment de franche rigolade quand, rendant hommage ainsi à ses prestigieux prédécesseurs qui arrêtèrent puis repoussèrent les Allemands mettant en échec le plan Schlieffen, le général Hollande explique comment il a stoppé provisoirement la mise en application du plan Merkel en oubliant de dire que c’est son premier revers puisqu’il acceptera quand même le plan contre l’assentiment d’une partie de ses troupes et d’une bonne partie des Français. Un film dont la rigueur est présente dans toutes les scènes. Un film qui a connu de graves problèmes de financement dus à l’omniprésence de financiers avides dans le tour de table pour boucler le budget.
Il restera de tout cela un sentiment d’inachevé, de mollesse et on attend avec impatience une super production qui aura le courage de ses ambitions.