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FEILLETON: Chapitre VII

28 Février 2010

                     La journée s’annonçait belle! Le soleil s’était levé comme pour un pique-nique et, dans le ciel, qu’aucun nuage ne venait assombrir, les grands goélands blancs lançaient leurs becs ouverts dans la brise du matin.

Le fleuve Nyabarongo étalait, entre ses murailles végétales impénétrables, une eau vert émeraude qui faisait miroiter son long serpent où les rayons du matin venaient se briser. Aujourd’hui, il a retrouvé son cours majestueux, mais il garde en mémoire ces milliers de cadavres d’enfants, de femmes et de combattants qu’il entraîna jusqu’au lac Victoria.

La pirogue qui glissait dans un bruissement liquide faisait s’envoler des myriades d’oiseaux caquetants et de singes hurlants. Le Président subissait cette promenade diplomatique avec quelque agacement provoqué, en particulier, par ces insectes qui ne cessaient de tourner autour de son visage en sueur et trépignait de se trouver là alors qu’il avait tant à faire, pensait-il, ailleurs!


                    Pendant ce temps , dans des lieux plus cléments mais tout autant chargés d’histoires, les Consciences sont réunies pour faire le point sur la campagne des élections régionales.

 
                   Le doute se trouve à l’origine de toutes les grandeurs et nos Consciences, on peut le dire, sont dans le doute le plus absolu et donc le plus fécond! Sondage après sondage, les résultats sont de plus en plus préoccupants. A l’intérieur de la salle éclairée par deux fenêtres hautes, masquées en partie par des rideaux épais d’un rouge cardinalesque, encadrant un large comptoir surmonté d’un tableau représentant une scène guerrière et à l’abri duquel les députés fatigués par des réunions nocturnes prolongées eussent, sans aucun doute, trouvé refuge pour un court somme réparateur, six ou sept tables, recouvertes de draps verts que l’on avait plus l’habitude de trouver sur des plateaux de billards ou dans des salles de bridge, étaient occupées par les Consciences avachies.

A l’allure et au maintien désinvolte des uns, ceux-là même qui entretenaient une conversation bondissante et futile sur les dernières vacances ou leur dernière sortie sans leur femme, on sentait la jeunesse et le peu d’intérêt que présentaient, pour eux, ces élections; pour les autres, qui avaient l’air préoccupé des personnes plongées dans un dilemme, les feuilles qu’ils agitaient devant eux, les cigarettes qui fumaient dans les cendriers de fortune depuis que l’on avait supprimé ceux en faïence aux couleurs de la république, les verres à demi pleins, ne permettait pas de douter du profond marasme dans lequel les plongeait les derniers chiffres des sondages.

                  Dans un coin, une Conscience, déchaussée, frottait ses pieds l’un contre l’autre, d’un air absent. C’était Georgi, car c’est bien de lui qu’il s’agissait, orphelin de son Président qui bourlinguait en Afrique, qui les mâchoires serrées prenait connaissance de l’agenda du Président, pour les jours à venir. Tristeno s’approcha de lui et, se penchant susurra, à son oreille: « Je me demande s’il ne faudrait pas fermer les établissements scolaires où la situation est intenable! ». Il se releva avec un petit sourire de satisfaction, vous savez ce rictus qu’il affiche lorsqu’il vient de trouver un bon mot, qui s’effaça vite quand il vit l’air sombre de Georgi. «  Je disais ça parce qu’il me semble que ce ne sont pas les mesures envisagées par Lulu qui vont régler le problème. Un portique de détection n’empêchera jamais les intrus de passer par dessus les grilles et ce ne sont pas ses brigades du tigre rebaptisées EMS ( Equipes Mobiles de Sécurité) qui règleront le problème des violences quotidiennes qui usent les enseignants. Même le Figaro classe cette solution dans la catégorie de celles qui laissent perplexe. Tu veux mon avis, moi elle me font rigoler! »

- Putain, mais il faut que je fasse tout moi même! Recadrer Princesse pour que la campagne de Valéria en Ile de France ne s‘embourbe pas après l‘affaire Soumaré, brider le Conseil Constitutionnel en leur fourrant un emmerdeur comme Charasse ce qui m’oblige à nommer un des meilleurs socialos qui va contrôler le moindre de mes chèques, c’est comme si je lui confiais ma carte bancaire, heureusement qu’il me reste celle de mon ami Bol! Alors, s’il te plait, lâche-moi avec Lulu, et occupe toi plutôt du discours que je dois faxer au président, insiste surtout sur la fidélité de la France, son amour pour l’Afrique et patati et patata! 

- Et pour les traders qu’est ce qu’on fait?

- Il n’y a qu’à faire comme les rosbifs! Ils intègrent les primes dans les salaires fixes et comme ça ils échappent à la taxe promulguée à grands renforts d’annonces par Brown.

- Super! La vache, ils sont quand même bons ces rosbifs!

- Et E.pinal? Il faut lui trouver quelqu’un à s’occuper maintenant que Maître Sequin est clamsé.

- Je pensais qu’on pouvait lui laisser quelque répit, il a eu des années difficiles et il a besoin de se désintoxiquer.

Dans le fond de la salle que l’obscurité commençait à gagner, Rudy venait de rentrer en poussant la porte à la volée et criait dans un grand éclat de rire sardonique: « Georges Frêche, c’est Mussolini!!! »

- Qu’est-ce que c’est cette histoire, l’interpella Brive.

-Réfléchis, ducon! On arrive en deux à Montpellier, devant le PS de la Mandroux, devant le Front de Gauche et derrière Frêche. Et alors, tu veux me dire ce qui se passe au second tour? Eh bè voilà!!! On fédère toutes les voix anti-Frêche, celles des socialos qui ne peuvent pas faire autrement, celles du Front de Gauche qui ont annoncé qu’ils ne voteront jamais Frêche et les restes de l’UMP! Et le tour est joué, on gagne la région!

- Putain, t’es bon toi!

- Et, banane, pourquoi tu crois que je suis toujours là?

 

Christian Laurans.

 

PS: J’apprends que Berlusconi ne veut plus que les auteurs de délits demeurent membres d’un parti politique et qu’ils ne puissent plus se présenter à des élections.
Cela confirme ce que j’écrivais, dans Justice encore…, mise au ban de la société des petits délinquants et absolution pour les grands bandits, parmi lesquels Berlu, himalayen. On ne rêve pas, le progrès est en route.

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