Feuilleton: chapitre IX, Reforme des retraites, un projet d'envergure
La rédaction du journal L’Indépendant, qui appartient au groupe de presse le plus influent de l’Europe de l’ouest, avait convié, dans ses locaux du Boulevard des Maréchaux, les Conscience des Conscience du gouvernement, des partis, des patrons, des syndicats et du concierge de la rue d’Ulm. Tout ce joli monde avait réuni, au préalable, ses instances, avait consulté à COR et à CRI, les françaises et les français, les beurettes et les beurs, les cacahuètes et les olives, les uns et les autres ; enfin tout le microcosme politique et le macrocosme social avaient donné leur sentiment sur le sujet à l’ordre du jour, à savoir le problème des retraites.
Les Conscience des Conscience arrivaient l’une après l’autre et étaient accueillies par d’accortes jeunes femmes blondes issues de l’immigration volontaire d’Europe de l’est qui les débarrassaient de leurs pelisses et leur donnaient un petit bristol avec leur numéro de téléphone.
La première arrivée fut la Conscience des Conscience du gouvernement que, par facilité dans la rédaction de l’interview, nous appellerons GOUV. Elle débarqua d’une limousine de six mètres aux vitres fumées portant les sigles de Renault et Peugeot Citroën conduite par un chauffeur blanc, catholique et à la mine patibulaire, d’aucuns diraient à la tête pas catholique.
Elle était suivie de près par la Conscience des Conscience de l’UMP qui sortit d’une Velsatis rallongée et conduite par un chauffeur issue de la diversité mais qu’on avait du mal à classer telle la diversité peut-être, si l’on y prend garde, diverse et variée. Mr Lefebvre, pour la circonstance, resta dans la voiture avec un almanach Vermot qu’il avait déniché aux puces sans oublier, toutefois, de re-redire à son compagnon : « et, surtout n’oubliez pas de placer dans la discussion que le bouclier fiscal autant que le RSA symbolisent la valeur travail car l’une et l’autre de ces mesures permettent que le travail paie dans ce pays ! » Ce brave Lefebvre ne changera donc jamais ! (NDLR)
Le troisième à arriver fut le représentant des Conscience ECOLO, à vélo s’il vous plait et, dans son sac à dos son casse-croûte composé d’un sandwich de steak végétarien, d’une pomme véreuse et d’une bouteille d’eau de source de Lourdes.
Le suivant, toujours pressé et représentant le PS, arriva au volant d’une voiture électrique que pas un photographe de presse ne remarqua étant donné sa petite taille et son absence de bruit d’échappement.
C’est qui celui-là ? Les questions fusaient et l’un des stagiaires accrédité par une radio rurale dit qu’il lui semblait que ce pourrait bien être le représentant du Nouveau Centre ( NC) qui débarquait d’un espèce de véhicule de l’armée recyclé mais dont on avait oublié, dans la précipitation et le désir de précéder le représentant du MODEM, d’enlever le drapeau bleu, blanc rouge au grand dam de la Conscience des Conscience du FN qui, tout juste sauté de l’automobile blindée d’un chef d’état du siècle dernier, éructait que le NC n’avait pas le monopole du drapeau français.
Il ne manquait plus que les responsables des Syndicats qui n’allaient pas tarder car la Conscience des Conscience de l’extrême gauche avait décliné l’invitation, celle du MODEM s’était trompée d’adresse, celle du Front de Gauche n’avait pas été invitée depuis que son co-président s’était permis de dire son fait à un trublion de journaliste ce qui avait fortement déplu à toute la profession qui se prend, de plus en plus, pour le chevalier blanc, les mani pulite françaises, le contre-pouvoir nécessaire et suffisant à tout fonctionnement démocratique. Les autres petites formations n’ayant pu se fédérer autour de Rudy qui, boudé par les Verts, essayait de rassembler dans une association tous ceux qui ne savaient pas où aller, assisteraient aux débats comme observateurs privilégiés ou, pour le moins, le croyaient-ils.
Assis, autour de la table ovale, les Conscience des Conscience, imbus d’eux-mêmes et cependant émus, feuilletaient leurs dossiers ouverts devant eux.
Georgi arriva précédé par la garde républicaine au complet dans une mise en scène dont la sobriété laissait bien augurer de la suite des débats. On lui demanda de vouloir bien demander aux supplétifs de cette armée de pacotille d’attendre dans le hall qui était large et chauffé et Georgi avant de s’asseoir se recueillit une minute en l’honneur de Mr Pasqua qui était, au moment même, jugé pour des délits d’abus de biens sociaux et autres joyeusetés du même acabit.
L’interview pouvait commencer.
Question du journal : Quel est, pour vous, la limite à ne pas dépasser et sur laquelle vous serez intraitable ?
UMP- Pour nous il est totalement impossible de remettre en cause le RSA et le bouclier fiscal ! (Ouf ! Je l’ai placé) Des amis riches de mme Fadéla Amara lui ont dit que si on devait supprimer le bouclier, ils partiraient à l’étranger !
PS- Sans idéologie (sourires à droite), ni démagogie (toux à gauche) ou dogmatisme (toux et sourires partout), nous voulons un état protecteur donc tout ce qui ira à l’encontre de l’intérêt général nous trouvera en face !
NC- Il faut une retraite européenne et si nous ne pouvons pas nous mettre d’accord avec les Allemands et les Anglais, nous prendrons notre temps et mettrons toutes nos forces pour parvenir à un système italo-suédo-polonais que nous trouvons idéal.
FN- Nous…
Arrivée de la Conscience des Conscience du MEDEF, échevelée, rouge d’avoir couru après sa libération, le matin même, par des ouvriers en colère qui avaient bloqué la sortie du plus grand hôtel parisien.
MEDEF- Nous n’accepterons aucune remise en cause de nos avantages qui aurait pour conséquence de rendre nos entreprises fragiles ce qui entraînerait iné-vi-ta-ble-ment une délocalisation massive et un chômage important. Nous conseillons aux salariés de compter d’abord sur eux, d’être leurs propres entrepreneurs en se constituant un capital retraite, comme nous ! (Noms d’oiseaux du côté des Syndicats, tiens ils sont là, ceux-là !)
GOUV- No limit ! On ne touche pas aux retraites chapeaux, à celles des parlementaires, des ministres, du Président, on n’impose pas les stock-options et on n’intègre pas la CSG dans le bouclier qui reste le symbole de notre président. La seule limite que nous acceptons de franchir est la suppression de l’ISF.
ECOLO- La limite à ne pas dépasser est celle de la teneur en CO2 dans l’atmosphère. Comment peut-on parler de retraite alors qu’un nuage de cendres menace l’Europe et que chacun se demande si on pourra arriver à l’âge de la retraite.
FN- Nous…
Question du journal aux Syndicats : De quelle profession de foi vous sentez-vous les plus proches ?
SYNDICATS- D’aucune ! Nous, nous voulons qu’on mette tout sur la table ! No limit, d’accord mais no limit vraiment ! C’est-à-dire que l’âge ne doit pas être un critère car comment comparer la vie professionnelle d’un parlementaire, d’un professeur d’université, d’un chanteur yéyé, d’un footeux avec celle d’un salarié sans qualification, sans papier qui construit les maisons, nettoie les bureaux, travaille dès seize ans, vit dans des cités merdiques, sans vacance et au péril de sa santé ?
FN-Nous…
LE CONCIERGE DE LA RUE D’ULM- Une de mes locataires rue d’Ulm m’a demandé de vous poser la question suivante : comment doit-elle s’y prendre pour faire reconnaître ses droits à la retraite, elle qui « a connu des stars de cinéma, des sportifs de haut niveau, des hommes d’affaires puissants, des ministres, des chefs d’états étrangers, qui a dîné chez Maxim’s ou Castel à 3 000 F ( oui, parce que c’était avant l’euro), passé une soirée avec un émir pour 10 000 F » et qui tapine aujourd’hui à 66ans en haut de la rue St Denis pour 50 euros la passe ?
FN- Nous…
Conclusion du journal : Eh bien, mesdames, messieurs, merci pour votre aimable collaboration, je crois que nous avons fait le tour d’un problème important certes mais qui, j’en suis convaincu, trouvera une juste solution en repoussant l’âge de la retraite à 62 ou 63 ans, en augmentant les cotisations et en bloquant les petites retraites qui sont beaucoup plus nombreuses que les grosses. Quant au problème de la locataire de monsieur, je vous propose de nous retrouver chez mme Catherine, je vois parmi nous des têtes connues qui connaissent l’adresse, où nous pourrons, plus calmement, exposer son problème et nous y pencher avec efficience et pertinence. Merci !