Imposer les riches, c'est le pied de nez à tous ceux qui n'y croyaient pas.
'aime ces moments de campagne, quand le ronron endort les plus acharnés d'entre nous, quand nous nous escrimons à trouver quelque chose d'intéressant dans les loghorrées des candidats, quand nous avons tant de mal à ne pas tomber dans les pièges des porte-paroles qui mentent, quand nous sommes sans cesse agressés par les supporters qui enfilent les contre-vérités, les insultes, les rumeurs et que, tout d'un coup, surgit dans le débat la bombe – pas celle dont M.Boutin menaçait son mentor Sarkozy avant de se rallier à lui pour un siège de député – la bombe qui aère, qui exulte, qui jubile, qui réjouit et ceci d'autant plus qu'elle rend verts de rage tous ces pierrots qui depuis cinq ans se prennent pour le centre du monde quand ils ne sont qu'un peu de chair autour du nombrile et quelques neurones dans le cerveau.
Ce moment de campagne c'est celui, par exemple, de la promesse du candidat Hollande de créer une tranche de 75% pour l'impôt sur le revenu à partir de UN MILLION d'euros a déclenché la panique dans les rangs de la droite et du centre et à une levée de boucliers pour protéger ces « pauvres » riches !
Le chef de file des députés UMP, à pieds et à cheval, M.Jacob, a carrément qualifié la proposition de « marxisation du PS » - la réaction « historique » ne s'est pas fait attendre en provenance des USA où, après l'emballement des salaires dans les années 20, le taux marginal a pu atteindre 91% en 1941 pour des revenus comparables au million d'euros d'aujourd'hui et était encore de plus de 80% dans les années 60 ! - M.Accoyer, qui voit mieux que tous du haut de son perchoir de l'assemblée nationale a brandi la menace que cela allait « chasser de France, les quelques riches qui peuvent y rester »– on aime le quelque et le verbe pouvoir – quant au chef du Modem, agrégé de grammaire averti, il a copié un célèbre humoriste pour faire plus fun et a déclaré que « le déconnomètre fonctionnait à plein tube » montrant ainsi, s'il en était besoin, que lui aussi pouvait élever le débat lorsqu'il le voulait !
Le baron Ernest-Antoine Sellières, ex-président du Medef, patron de la holding des aciéristes Wendel, très riche parmi les riches, a apporté de l'eau au moulin de M.Hollande en disant, sur France Inter, que « le capitalisme sortait de la crise plus que jamais ragaillardi ». C'est le retour de la lutte des classes avec un PS en pleine marxisation (voir plus haut) et un capitalisme ragaillardi !
Les footballeurs vont tous devoir aller jouer à l'étranger si on les veut bien – les gros salaires français jouent déjà tous ou presque à l'étranger - les Sud-Américains pourront continuer à signer au PSG, à Lyon et ailleurs pour des salaires déconnométriques, le ciel se dégage pour les Africains qui pourront signer en France, les stars en fin de carrière pourront toujours aller jouer en Chine ! Pour les tennismen qui défendent les couleurs de la France en coupe Davis, ils pourront continuer à ne pas payer d'impôts en France en toute citoyenneté. Les salaires de ces stars sont si grotesques dans leur montant que l'on a pris l'habitude de parler du salaire hebdomadaire pour que le Français normal puisse encore avoir un moyen de comparaison raisonnable avec son salaire annuel.
Cet impôt ne rapportera que 2 à 300 millions d'euros ! Une paille quand on en est encore à proposer à des salariés d'une compagnie d'aviation d'aller travailler en Grèce pour 900 euros mensuels.
Quoi encore ?
Que M.Chiffet, patron du Crédit Agricole, se plaint de la dureté de son job, lui qui ne perçoit que 2,16 millions d'euros par an, officiellement.
Que nous sommes à l'abri de voir débarquer, en France, les techniciens de l'économie comme M.Monti, le président du conseil italien installé par le monde de la finance, car avec ses revenus de 1,5 million par an et un portefeuille d'actions largement fourni, il n'a aucun intérêt à venir dans l'hexagone sauf à vouloir se faire étriller par M.Hollande et alimenter le trésor public.
Assez de chiffres, élevons le débat, méprisons ces déballages qui nuisent au vivre ensemble, excluons l'idée que la transparence puisse être un moteur efficace de la lutte contre les inégalités, acceptons que certains puissent gagner dans l'année ce que la majorité des Français ne gagne pas dans toute sa vie, cessons de croire qu'avoir de l'argent est une sinécure et battons-nous la coulpe : je suis jaloux,
ce n'est pas beau d'être jaloux
les riches ont mérité de l'être
les pauvres aussi !
Ite missa est !